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Fake news: Comment le Brésil lutte-t-il contre la désinformation ?

Par Vincent Bosson | Publié le 28/03/2022 à 10:11 | Mis à jour le 29/03/2022 à 12:16
Photo : Partisans du Président Jair Bolsonaro avec une affiche: "ne croyez pas aux médias" - 09/2021 / Vincent Bosson
Manifestation du 7 septembre 2021

Alors que Telegram vient de signer un accord avec le Tribunal Supérieur Électoral (TSE) afin de lutter contre la désinformation, le Tribunal Suprême Fédéral (STF) a levé la procédure de blocage qui visait l’application de messagerie, en raison de son refus de se conformer à une décision justice. Pendant ce temps-là, Google divulgue une lettre contre un projet de loi appelée le « PL des fakes news », actuellement débattu par les députés à Brasília. Explications.

 

Élection présidentielle et milice numérique

Il est nécessaire de revenir aux élections présidentielles de 2018, pour comprendre le débat qui anime actuellement la justice et les parlementaires brésiliens. En effet, pendant cette période électorale, une commission d’enquête parlementaire a été créée afin d’examiner des supposés faits relatifs à la désinformation et des menaces envers les autorités publiques.  

Ainsi, en 2019, le député Alexandre Frota, un ancien acteur pornographique élu sous l’étiquette du parti du président Jair Bolsonaro et expulsé après avoir critiqué ouvertement le gouvernement, a témoigné devant la commission d’enquête.

 

Des conseillers de la présidence de la République agissaient au sein de milices numériques, un réseau d'attaques virtuelles, utilisant de faux profils pour diffuser de la désinformation et menacer les personnes critiquant le gouvernement, a-t-il affirmé.

La députée Joice Hasselmann, elle aussi affiliée au parti de Bolsonaro qu’elle a quitté en 2021, a témoigné devant la commission en accusant les fils du président Jair Bolsonaro, le député Eduardo Bolsonaro et le conseiller municipal de Rio de Janeiro Carlos Bolsonaro, de diriger le « cabinet de la haine ».

 

Eduardo Bolsonaro pendant la "motociata" à São Paulo
Eduardo Bolsonaro pendant la "motociata" à São Paulo - 06/2021 / Vincent Bosson

 

Les attaques contre l’institution et les membres du STF

Gardien de la constitution de 1988, le Tribunal Suprême de Justice est sans cesse la cible d’attaques provenant des extrêmes de l’échiquier politique brésilien. Ainsi, nombreuses sont les allocutions dans lesquels le président Jair Bolsonaro critique le STF qui, depuis, a suspendu ou annulé plusieurs décrets présidentiels.

L’enquête des fake news du STF a été instruite dès 2019 afin d’investiguer des actes liés à des menaces, des propos calomnieux contre les membres de la Cour suprême et leurs familles. Son rapporteur, le juge Alexandre de Moraes, a déjà ordonné diverses actions judiciaires à l’encontre du président Jair Bolsonaro et d’influenceurs digitaux suspectés d’avoir diffusé des désinformations et des attaques contre les institutions démocratiques.

 

En 2020, un mandat de perquisition et de prison a été émis et, parmi les personnes recherchées se trouve le blogueur Allan Dos Santos, lié au Bolsonarisme et soupçonné de financer les milices numériques divulguant de fausses informations.

Cible de la Police fédérale, Allan Dos Santos a fui vers les États-Unis et, pour le moment, ne court pas le risque d’être extradé. Avec la plupart de ses comptes de réseaux sociaux bloqués, l’auteur a pu néanmoins continuer son activité criminelle en utilisant Telegram, beaucoup moins contraignant que les autres applications au regard de la lutte contre la désinformation. Le STF avait alors enjoint Telegram de collaborer et, faute de réponse, la justice brésilienne a menacé de bloquer la messagerie avant de revenir en arrière. Fin de l’histoire rocambolesque, l’application a finalement décidé de collaborer avec les autorités brésiliennes.

 

Manifestant contre le vote électronique
Manifestant contre le vote électronique à São Paulo 09/2018 / Vincent Bosson 

 

Les attaques contre le vote électronique

Le vote électronique fait également partie des cibles des partisans du président Bolsonaro, alléguant des fraudes électorales infondées. En outre, l’instance juridique a mis en place un programme de lutte contre la désinformation qu’elle a soumis aux principaux acteurs de la toile. À ce titre, Telegram vient de signer (le 26) l’accord avec le Tribunal Supérireur Électoral dans l’objectif de réduire les fausses informations pendant la période électorale.

 

Le projet de loi des fake news au Brésil

Le projet de loi débattu actuellement à la Chambre des députés fait l’objet d’un vif débat au sein de la communauté du web, mettant en exergue le fragile équilibre qu’il existe entre liberté d’expression, droit contre la désinformation et protection des données.   

Dans une lettre ouverte, Google souligne, entre autres, que le projet de loi peut rendre les plateformes numériques moins sûres, « en les forçant à divulguer des informations stratégiques qui pourraient être utilisées par des personnes malveillantes ».

Un autre point mis en évidence par le contenu est la possibilité que le texte approuvé réduise l'accès aux informations pertinentes et provenant de sources diverses.

Outre le moteur de recherche, différents réseaux sociaux et sociétés internet tels que Facebook, Instagram, Twitter et Mercado Livre se sont mobilisés contre le projet.

Malgré les interrogations qui planent sur les prochaines élections et la législation relative à la désinformation, les débats qui animent la société brésilienne actuelle et toutes les connaissances produites autour de la désinformation devraient conduire le Brésil vers davantage de justice et de démocratie. 

Vincent Bosson

Vincent Bosson

Formé en science de l’éducation et en sociologie, Vincent Bosson est photojournaliste installé à São Paulo, correspondant de lepetitjournal.com pour ses éditions au Brésil (Rio de Janeiro et São Paulo).
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