Almir Suruí: un chef indien en France pour défendre l’Amazonie

Par Vincent Bosson | Publié le 19/05/2022 à 10:57 | Mis à jour le 20/05/2022 à 10:22
Photo : Almir Narayamoga Suruí / Vincent Bosson
Almir Narayamoga Suruí

Almir Narayamoga Suruí, le grand chef indien du peuple Suruí, dont les terres se situent dans le Mato Grosso, en Amazonie, voyage en France et en Europe pour défendre une biodiversité menacée. Il sera présent à Paris le 20 mai 2022.

 

Le peuple Suruí d’Amazonie

Nous avions rencontré Almir Suruí lors d’un reportage sur l'Amazonie, en 2018. Récit:

Depuis Cacoal, le chef indien roule à vive allure sur la route goudronnée, dénommée « estrada das communicações » qui permet d’accéder à différentes pistes de terre numérotées, appelées quant à elles, les lignes.

 

Je roule vite, car ceux qui veulent m’assassiner n’ont pas le temps de me voir passer !, nous dit-il en plaisantant, alors qu’il s’arrête sur le bord de la route.

Après les paysages transformés par les pâturages, le territoire indien apparaît dans son cocon forestier, tel un majestueux rempart végétal. À l’entrée se trouve la tombe du père d’Almir, un grand guerrier Suruí qui a participé au premier contact avec la FUNAI (Fondation nationale des Indiens) en 1969.
Après ce contact, le peuple Suruí a été réduit de 5000 à 500 individus, en raison de deux épidémies de grippe et de rougeole, suivies d’une autre maladie, qui ont disséminé rapidement la population. Toutefois, la FUNAI a tenté d’éviter le massacre, en toute incompétence, en prodiguant des soins qui n’étaient pas appropriés aux maladies.

 

Territoire Suruí dans le Mato Grosso
Territoire Suruí dans le Mato Grosso / Vincent Bosson

 

Les Suruí étaient divisés autrefois en une dizaine de clans ; il n’en reste aujourd’hui plus que quatre : les Kaban, Gamir, Malok et Gameb. La famille de Mopiri fait partie des Gameb, nom d’une terrible guêpe noire, et sa femme vient du clan Kaban, d’où la plupart des chamans, appelés « wáwá », sont issus.

« Après que le pasteur ait dit que le shaman était quelque chose du diable, les gens ne voulaient plus me parler », explique Perpera Suruí, dans le documentaire de Luiz Bolognesi, L’ex-shaman. Dans une imagerie sonore et onirique, le réalisateur nous interpelle sur la notion d’ethnocide, une manière élégante d’exprimer l’extermination de la culture d’un peuple, au lieu de son corps physique.

Le peuple Suruí a créé́ un parlement qui est composé du conseil des anciens, des caciques des 25 villages du territoire et du grand cacique. Le parlement Paiter Suruí vise à protéger la culture, la langue et l’environnement indien, en s’appuyant sur un code établissant les droits et devoirs du peuple, tel que parler la langue Suruí dans le village - le portugais et le Suruí sont enseignés à l’école -, ne pas utiliser de pesticide dans les cultures, développer la médecine traditionnelle, etc.

 

Panneau publicitaire dans le Mato Grosso
Panneau publicitaire dans le Mato Grosso / Vincent Bosson

 

Le combat d’Almir Narayamoga Suruí et de son peuple

Pour préserver leur forêt et restaurer les zones dégradées par les colons qui avaient envahi leur territoire, les Suruí, grâce à la ténacité d’Almir et de ses proches, ont mis en place un plan de sauvegarde pour les 50 prochaines années, avec un système de compensation carbone et de monitorage des bois par satellite, en association avec Google Earth.

Les médias internationaux les ont même désignés d’Indien high-tech.  Pendant plusieurs années, Almir a été placé sous la protection d’un garde du corps de l’État (2012-2014), après avoir réussi à obtenir un moratoire sur l’exploitation du bois sur le territoire Suruí.

Devant la recrudescence de l’action des bûcherons et face à l’inaction de l’État brésilien, voire sa complicité, les Indiens Suruí cherchent des soutiens internationaux.

Avec Thomas Pizer et l’association Aqua Verde, le peuple Suruí a pu mettre en place le projet Pamine - « renaître » en Suruí - dont l’objectif est de replanter les zones où la forêt a été détruite. Grâce à la pépinière et la ténacité de la tribu, les Suruí peuvent planifier de nouveaux printemps pour ce fragile écrin vert. Crenivel, l’un des fils de Mopiri, nous explique qu’avec les arbres les animaux reviennent à nouveau et, ainsi, les Suruí peuvent continuer à pratiquer la chasse, activité dont les Indiens sont d’habiles artistes.

En 2008, Almir Surui a reçu le Prix des Droits de l’Homme à Genève et, avec le Cacique Matuktire Raoni, il porte plainte en 2021 à la cour pénale internationale contre le président brésilien Jair Bolsonaro, accusé de persécuter les peuples autochtones en détruisant leur habitat et ne respectant pas leurs droits. Le Brésil est signataire de la convention 169 de l'Organisation internationale du travail, relative aux peuples indigènes. Tous les enfants et proches d’Almir sont mobilisés pour lutter contre la déforestation et l’exploitation minière illégale sur le territoire. Sa fille, Txai Surui l’a aussi rejoint dans son combat ; elle a tenu un discours important dans une tribune de l’ONU, lors de la COP26.

 

Almir Narayamoga Suruí sera présent le 20 mai 2022 à la cantine de la Cigale

124, bd de Rochechouart 75018 Paris

À partir de 21h00

Vincent Bosson

Vincent Bosson

Formé en science de l’éducation et en sociologie, Vincent Bosson est photojournaliste installé à São Paulo, correspondant de lepetitjournal.com pour ses éditions au Brésil (Rio de Janeiro et São Paulo).
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