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La culture du tremblement de terre au Chili : épisode 1

Par Édouard Maury | Publié le 06/05/2021 à 13:00 | Mis à jour le 06/05/2021 à 17:39
Photo : Bernard Spragg | Source : Flickr.com
une route s'ouvre en deux après un puissant tremblement de terre

Le Chili est le pays avec la plus forte activité sismique au monde. Ces prochaines semaines, nous vous proposons une série d’articles sur la relation séculaire qui lient les tremblements de terre à ce territoire coincé entre les Andes et l’océan Pacifique. Aujourd’hui, nous répondons à 4 questions générales sur les séismes au Chili.

Pourquoi y a-t-il autant de tremblements de terre au Chili ?

Le Chili est situé à la limite entre deux plaques tectoniques : la plaque océanique de Nazca, sur laquelle se trouve le pays, et la plaque terrestre sud-américaine. La plaque de Nazca glisse sous la plaque sud-américaine de 7 à 8 centimètres par an, et c’est cette convergence qui provoque des chocs sismiques réguliers dans la zone côtière du pacifique. Cette subduction d’une plaque sous une autre amène à des déformations visibles : des chaînes de montagnes, et dans notre cas, la cordillère les Andes.

Plaque tectoniques Nazca Sud Américaine Chili
Source : Wikipédia.org


À quand remonte le dernier séisme au Chili ?

Hier. Du moins pour ce qui concerne les tremblements de terre de faible intensité. L’activité sismique au Chili est telle que des tremblements de terre ont lieu chaque jour. Pour ce qui en est des secousses plus violentes - celles de magnitude 8 et plus – elles surviennent généralement tous les 8 ans. La dernière en date remonte à 2015, quand un séisme de magnitude 8,3 a été ressenti au large des zones côtières d’Illapel. Quatorze personnes sont mortes et plusieurs milliers de Chiliens ont dû être évacués. Nous reviendrons dans un prochain article sur le terremoto de 2010 qui avait fait 525 morts, à cause d’une erreur commise par les autorités chiliennes. Enfin si vous vous demandez où a eu lieu le plus grand tremblement de terre jamais enregistré… c’est au Chili qu’il s’est produit. Le 22 mai 1960, un séisme de magnitude 9,5 a frappé la commune de Valdivia ainsi que le sud du pays. C’est un grand mouvement de plaque qui engendra cette secousse et forma un tsunami dévastateur pour la région. Trois milles personnes ont perdu la vie et presque deux millions se sont retrouvées à la rue.

Quelle est la différence entre un terremoto et un temblor ?

Il faut distinguer les terremotos des temblores. Les premiers sont très puissants, rares, et peuvent détruire des bâtiments entiers. On considère généralement qu’une secousse supérieure à 6 sur l’échelle de Richter est un terremoto. Mais la différence entre les deux est surtout émotionnelle. Un séisme engendrant d’importants dégâts et des pertes de vies humaine sera davantage considéré comme un terremoto, qu’une secousse sans gravité. Les temblores, sont eux plus fréquents. On peut en ressentir un presque tous les jours au Chili. Ils sont inférieurs à 6 sur l’échelle de Richter et causent peu de dégâts. Là où les terremotos effraient, les temblores fascinent. Ils font partie de la culture chilienne et sont appréciés par une partie de la population. C’est cette relation de crainte mais aussi de fascination que nous essaierons de comprendre dans cette série d’articles.

Palais détruit tremblement de terre 2010 santiago
Ignacio Nuñez | Source : Flickr.com


Comment le Chili se protège-t-il de ces tremblements de terre ?

Un service sismique national a été créé en 1908 par le polytechnicien français Fernand de Montessus de Balore. Au total, 30 observatoires ont été installés dans le pays, formant l’un des réseaux les plus à la pointe de la technologie de l’époque. Depuis, le Chili a étoffé son arsenal pour pouvoir au mieux anticiper les catastrophes. La défaillance des protocoles d’actions lors du tremblement de terre de 2010 avait montré qu’il restait des lacunes. Mais en 2015, le pays avait tiré les leçons de ses erreurs. Alors que la magnitude du séisme d’Illapel était comparable au tremblement de terre de 2010, les dégâts humains et matériels furent bien moindres. Quelques minutes après le tremblement de terre, la marine nationale lançait une alerte tsunami sur tout le territoire, entraînant l’évacuation de plus d’un million de personnes. Au-delà de ces systèmes d’alerte rapide, les investissements dans une architecture résiliente aux secousses ont porté leurs fruits. Aucun dégât majeur n’a été signalé dans les grandes villes du pays, et ce grâce à des normes de construction rigoureuses et une technologie innovante de "dissipation sismique". L’éducation s’est également améliorée. La prévention auprès des enfants a permis à toute une génération d’acquérir les bons réflexes en cas de séisme. Aujourd’hui le Chili peut se vanter de savoir coexister avec des conditions naturelles extrêmes.

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Édouard Maury

Étudiant à Sciences Po Aix, j'effectue un stage au sein de la rédaction de lepetitjournal.com Santiago. Passionné de sport, et de nature, je découvre le Chili pour la première fois.
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