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Un quartier à découvrir : l’EUR, la nouvelle Rome de Mussolini

Par Karine Gauthey | Publié le 14/01/2019 à 17:14 | Mis à jour le 14/01/2019 à 17:25
Photo : Le monument le plus spectaculaire du quartier est sans conteste le fameux Palazzo della Civiltà del Lavoro, plus connu sous le surnom de « Colisée carré ».
Colisée EUR

Au sud du centre de Rome, loin de ses monuments empreint d’antique et de médiéval, l’Italie fasciste nationaliste a tenté d’ajouter au lustre de l’éternité celui de la modernité. En longeant le Tibre, depuis l’Aventin, puis le quartier Testachio, on découvre un quartier à l’idéologie monumentale, qui possède une architecture aussi particulière qu’il a une étrange dénomination : EUR.

Ce quartier doit cet acronyme à l’Exposition Universelle Romaine prévue en 1942 pour célébrer le vingtième anniversaire du pouvoir fasciste en Italie sous la férule de son dirigeant, Mussolini et le choix de l’emplacement naquit d’une volonté touristique en raison de sa proximité avec les ports d’Ostia et plus particulièrement de ses plages. À la fin des années 20, Marcello Piacentini fut mandaté en qualité de maître architecte pour créer un quartier de toutes pièces, à 5 kilomètres au sud de la ville. C’est à lui que l’on doit l’architecture actuelle, un mélange entre l’esthétique classique de la Rome antique (proportions exagérées, tailles extraordinaires) et le modernisme.

Nouvelle identité ou glorifier le passé?

L’ensemble des bâtiments érigés pour l’exposition furent construits en pierre de travertin, le même matériau utilisé pour la construction du Colisée. On pourra alors gloser longtemps sur l’expression qui consacrerait une telle entreprise, « coup de balai » ou « couche de verni » : s’agissait-il de donner une nouvelle identité à la ville ou de glorifier encore une fois son passé impérial ?

Le résultat d’une telle entreprise est alors teinté de mégalomanie, mais non dénué d’une impression « futuriste » qui représente bien la première moitié du XXe siècle italien et peut être plus typique que les autres réalisations du chevalier Piacentini. En effet, on lui doit aussi la place centrale de l’université de la Sapienza et l’avenue du borgo pio qui relie le château saint Ange à la place Saint Pierre.

Palazzo della Civiltà del Lavoro

Le monument le plus spectaculaire du quartier est sans conteste le fameux Palazzo della Civiltà del Lavoro, plus connu sous le surnom de « Colisée carré ». D’une forme quadrilatérale parfaite, il abrite aujourd’hui le siège de la célèbre maison de couture Fendi (née à Rome il y a 90 ans).

Durant la Seconde Guerre mondiale, le développement du quartier EUR a été suspendu ; mais il a repris à partir de 1955, intégrant de nouvelles structures comme le Palazzo dello Sport (stade en forme de dôme circulaire pouvant accueillir jusqu’à 12 000 personnes), construit spécialement pour accueillir les jeux olympiques de Rome de 1960. Derrière ce palais se trouve le célèbre lac artificiel Central Park.

Ce quartier a également servi de toile de fond cinématographique à de nombreux réalisateurs, le plus récent étant le film James Bond Spectre, et le plus ancien L’Eclisse film en noir et blanc d’Antonioni de 1962 (avec Alain Delon et de magnifiques exemples de la musique twist italienne des années 60), dans lequel on découvre Monica Vitti se promenant dans les colonnades. Si l’on n’aura pas besoin de vouloir jouer de complexes romances pour y déambuler, une ballade sous un beau soleil hivernal ou printanier semble être une belle échappatoire à une Rome toujours plus touristique.

Quartier des affaires

Pour illustrer l’importance de ces entreprises architecturales mussoliniennes, il est essentiel de rappeler qu’aujourd’hui l’EUR est devenu un quartier d’affaires (on peut trouver des banques internationales telles que Procter & Gamble ou UniCredit), mais également un centre de loisirs et un quartier ministériel et culturel (palais des Congrès, palais de la Civilisation romaine, Basilique des Saints Pierre-et-Paul, Archives centrales de l’État).

Si Paris s’est transformée sous l’influence d’Haussmann et de de Napoléon « le petit », on érigera de même le dirigeant fasciste en réformateur de l’espace urbain romain.

Karine Gauthey

Karine Gauthey

Karine Gauthey est professeure de lettres et historienne. Passionnée par l'histoire de l'art, les mythes et l'antiquité, elle a décidé de poser ses valises à Rome après être tombée amoureuse de la ville durant son échange Erasmus il y a quelques années.
1 Commentaire (s)Réagir
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dominique mer 16/01/2019 - 08:53

Merci. Bel article. Cependant il ne faudrait plus appeler cette superbe architecture qui a inspiré le monde entier (en particulier l'Argentine et l'Uruguay qui à l'époque comptaient parmie les nations les plus riches du monde) "mussolinienne" mais plutot "piacentinienne" car on ne dit pas des Grands Boulevards parisiens que c'est une architecture "napoléonienne".

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