Mardi 26 mai 2020
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

« Le syndrome K », histoire d’une épidémie romaine

Par Karine Gauthey | Publié le 05/12/2019 à 06:56 | Mis à jour le 05/12/2019 à 07:02
Rome hôpital

Tout le monde connaît l’hôpital situé sur l’île Tibérine, mais ce dernier regorge encore de secrets, comme l’histoire d’une mystérieuse épidémie survenue durant la Seconde Guerre Mondiale.

En 1943, un service de l’hôpital (le service K) s’occupe de patients atteints du syndrome K, épidémie alors inconnue, mise à jour par le docteur Giovanni Borromeo, et qui faisait fuir tous les soldats nazis chargés de perquisitionner les lieux, à la recherche de Juifs (1200 Juifs avaient déjà été déportés).

Mais cette maladie n’était en réalité qu’un subterfuge orchestré par Borromeo pour protéger les innocents ; il inventa le syndrome K au nom révélateur, puisque « K » est l’initiale des noms de Kesselring, commandant en chef du groupe d’armées C, et de Kappler, chef de la police nazie à Rome.

Genèse du syndrome K

Le médecin-chef avait refusé un poste similaire dans deux autres hôpitaux romains, ceux-ci l’obligeant à adhérer au Parti national fasciste, ce qu’il refusait catégoriquement ; il accepta de travailler au Fatebenefratelli parce que l’hôpital était tenu par des moines catholiques, de fait, les employés n’étaient pas tenus de s’associer à un parti politique.

Ainsi, Borromeo recruta Vittorio Emanuele Sacerdoti (médecin juif à qui l’hôpital avait fourni de faux papiers, il travaillait alors sous le nom de Vittorio Salviucci), qui avait caché des Juifs dans l’hôpital au moment de la rafle du 16 octobre 1943 ; et Adriano Ossicini, psychiatre antifasciste catholique qui avait échappé à la prison à plusieurs reprises. Néanmoins, les actions de Borromeo devaient être découvertes et il n’échappa pas aux nazis.

En effet, il avait fait installer un émetteur radio dans la structure, dans l’optique d’organiser la résistance, mais décida, avec l’aide des moines de l’hôpital, de jeter tout l’attirail dans le Tibre alors que les nazis avaient repéré le signal de l’émetteur.

Persuadé (à juste titre) que les nazis allaient lancer une perquisition dans les plus brefs délais, le médecin eut l’idée d’inventer une maladie des plus contagieuses, le syndrome K. Cette dénomination devint un véritable symbole, puisqu’elle permit de sauver de nombreux réfugiés jusqu’à la libération de Rome le 5 juin 1944. Effectivement, alors qu’ils s’étaient introduits dans le bâtiment à la recherche de Juifs, les soldats rebroussèrent rapidement chemin, craignant d’être contaminés par l’épidémie.

En 2004, le mémorial israélien dédié aux victimes de la Shoah Yad Vashem de Jérusalem (créé en 1953) décida de décerner à Borromeo, à titre posthume, le titre de « juste parmi les nations », titre décerné aux hommes et femmes ayant risqué leur vie pour sauver les Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale (il avait notamment sauvé cinq membres de l’Almagià et sa famille élargie).

En 2014, l’histoire de Giovanni Borromeo est devenue le sujet d’un film commandé par la Fondation « L’Italie et l’Holocauste » au documentariste Oren Jacoby, My Italian Secret : The Forgotten Heroes. Outre l’histoire de Giovanni Borromeo, l’on peut aussi y découvrir les actions du célèbre cycliste Gino Bartali, surnommé « Gino le Pieux », qui utilisait son vélo pour porter des messages et des documents à la Résistance italienne durant la Seconde Guerre Mondiale.

Karine Gauthey

Karine Gauthey

Passionnée par l'histoire, l'histoire de l'art, la littérature, les mythes et l'antiquité, Karine Gauthey a décidé de poser ses valises à Rome après être tombée amoureuse de la ville il y a de nombreuses années.
0 Commentaire (s)Réagir

Actualités

Milan Appercu
Coronavirus

Italie : la phase 2 officiellement annoncée et détaillée

Giuseppe Conte s’est exprimé ce dimanche soir pour détailler les différentes étapes de la phase 2 du déconfinement en Italie pour un retour progressif vers une nouvelle normalité jusqu’au 1er juin.

Vivre à Rome

HISTOIRE

École française de Rome, portrait de membres : Nina Valbousquet

Nina Valbousquet, historienne et membre de l’École française de Rome, mène actuellement un projet de recherche sur les relations diplomatiques entre Vatican et organisations juives de 1914 à 1948.