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COS’È ? – Les lois raciales du régime fasciste de Mussolini

Par Lepetitjournal Rome | Publié le 26/01/2014 à 23:30 | Mis à jour le 24/01/2014 à 13:57

En juillet 2000, le vote d'une loi à l'instigation du centre-gauche instaure le 27 janvier, jour de la libération d'Auschwitz, comme "journée de la mémoire" pour se souvenir "des déportations et des persécutions du peuple juif et des déportés militaires et politiques italiens dans les camps nazis". L'année dernière à cette date, Berlusconi défendait Mussolini, tout en rejetant les lois raciales, provoquant l'ire de certains. Mais quelles sont les lois raciales mises en place sous Mussolini ? Qui était concerné ?

La question juive

Benito Mussolini annonce, le 18 septembre 1938 depuis le balcon de l'hôtel de ville de Trieste : "Il est temps que les Italiens se proclament franchement racistes". Selon le Duce, "la question du racisme en Italie doit être traitée d'un point de vue purement biologique, sans intentions philosophiques ou religieuses."

On retrouve pour la première fois l'idée de race dans le manifeste des scientifiques racistes, publié de manière anonyme sur le Giornale d'Italia, le 15 juillet 1938. Ce manifeste, dirigé par Telesio Interlandi, est ensuite publié dans le numéro en date du 5 août 1938 de La difesa della razza. Suit une série de mesures qui amènera aux Leggi razziali. 

Tout d'abord, le décret royal du 5 septembre 1938 fixe les "mesures pour la défense de la race dans les écoles fascistes". Deux jours après, un nouveau décret établit les "mesures à l'encontre des juifs étrangers". Le 6 octobre, une "déclaration sur la race" est émise par le Grand Conseil du fascisme. Cette déclaration est par la suite adoptée par l'État toujours par décret royal en date du 17 novembre. A la fin de l'année 1938, plusieurs décrets furent donc signés par le chef du gouvernement Benito Mussolini et promulgués par Victor-Emmanuel III, décrets qui légitimaient une vision raciste de la "question juive". C'est l'ensemble de ces décrets et documents qui constituent ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de lois raciales.

Les mesures contre les Juifs adoptées par l'Italie sont donc radicales. Mais paradoxalement, le gouvernement du Duce ne semble pas vraiment prêt à appliquer ses décrets. De plus, chaque loi entrainait son lot d'exceptions, ce qui rendait la pratique encore plus difficile.

L'Italie a largement bénéficié dans l'après-guerre, dans l'historiographie comme dans l'opinion, de l'image d'un pays favorable aux juifs. En effet pour beaucoup de personnes, la bonne intégration des Juifs italiens a fait que le fascisme ne se focalisait pas sur l'antisémitisme. Le racisme fasciste, plus tourné contre les "races" africaines, se situerait donc plus dans une logique d'exclusion ou d'exploitation que d'extermination.

Dans un ouvrage intitulé L'Italie fasciste et la persécution des juifs, Marie-Anne Matard-Bonucci, chercheur au CHRIPA (Centre de Recherche en histoire et histoire de l'art, Italie, pays alpins) remet en cause cette théorie. Selon elle, "le fascisme brûla [?] les étapes, accomplissant en cinq mois ce que l'allié germanique avait opéré en cinq ans en s'appuyant sur un parti de masse antisémite".

D'ailleurs, alors que certains soutiennent que Mussolini n'était pas antisémite, Galeazzo Ciano indique dans son journal personnel en date du 14 juillet 1938 : "Le Duce m'annonce la publication de la part du Giornale d'Italia d'un article sur les questions de la race. Il est indiqué qu'il a été écrit par un groupe de scientifiques sous l'égide du ministère de la culture populaire. Il me dit qu'en réalité, il l'a presque entièrement rédigé lui-même".

La question homosexuelle

En Italie, l'arrivée au pouvoir des fascistes en 1922, n'amène pas de changements immédiats quant au sort des homosexuels. En 1930, à l'occasion d'une discussion sur le nouveau Code pénal, Mussolini refuse l'introduction d'une législation homophobe, sous prétexte que les Italiens étaient "trop virils pour être homosexuels".

Derrière cette excuse de façade, il semble que l'intérêt économique ait prévalu sur le reste. En effet, le tourisme homosexuel en Italie, source d'argent, ne devait pas être entravé.

Ce n'est qu'après la création de l'axe Rome-Berlin en 1938 que Mussolini promulgua des décrets anti-homosexuels. Vraisemblablement en écho au régime nazi, de nouveaux décrets furent votés, visant cette fois-ci directement les homosexuels. Dés lors considérés comme des criminels "politiques", ces derniers risquaient la prison et l'exil dans des îles lointaines. Les membres soupçonnés d'homosexualité dans les hautes sphères du régime fasciste étaient quant à eux forcés de démissionner.

Aujourd'hui encore, une Italie divisée sur la question

Le 27 janvier dernier, à Milan, sur le quai de la gare d'où partaient les trains pour Auschwitz, Berlusconi faisait l'éloge du Fascisme et de Mussolini, tout en se disant contre les lois raciales. Cette sortie avait provoqué un véritable tôlé, aussi bien en Italie qu'à l'International.

Si pour certains, comme Marie-Anne Matard-Bonucci, les lois antisémites furent adoptées en 1938 et non pendant la guerre par un régime souverain, sans pression de l'Allemagne, Robert Castellana, auteur d'une préface intitulée "la mémoire et ses enjeux", affirme que c'est sous l'influence de l'Allemagne nazie que le régime fasciste italien aurait adopté les lois raciales.

Toujours selon lui, la politique mise en place par les autorités fascistes auraient, sans l'excuser, relativisé cette politique xénophobe. Cette banalisation visant à rendre le fascisme plus fréquentable, cette "défascisation du fascisme", inquiète de plus en plus, dans une Europe ou la montée des partis d'extrême droite semble s'accélérer depuis quelques années.

Romain Designolle (Lepetitjournal.com de Rome) ? lundi 27 janvier 2014

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