Édition internationale

ROMAN - Nicolas Fargues : la place du Concordin

Après les succès de One man show ou de J'étais derrière toi, Nicolas Fargues signe Beau rôle où il brosse le portrait d'un acteur aux portes du succès. Entre cinéma, métissage et pose de trentenaire, la charge est parfois agaçante mais plutôt vive, construite et très contemporaine

Nicolas Fargues (photo POL)

Antoine Mac Pola, le héros du nouveau roman de Nicolas Fargues, est plutôt beau garçon. Comme son auteur d'ailleurs qui a lui-même prêté son image à Chanel, pour la campagne publicitaire du parfum Allure en 2002.
Antoine Mac Pola, a 35 ans, comme Nicolas Fargues. C'est un comédien qui monte, remarqué dans un film à succès. Forcément, il est un peu cynique et très attentif à l'effet qu'il produit sur les autres -que ce soit sur une actrice célèbre rencontrée lors d'un casting ou sur un ancien camarade de classe, devenu professeur, qui l'invite à parler de son métier devant ses élèves.
La première partie de Beau rôle est donc une sorte d'exhibition auto commentée et un peu crispante où transperce une pointe d'angoisse sous la fatuité du narrateur. Avec de longues digressions pseudo cinéphiles, Nicolas Fargues joue habilement avec nos nerfs et installe un malaise intéressant.

Le je et les Iles
Un coup de téléphone modifie la géographie de la seconde partie du récit. Antoine est appelé au chevet de son père, sur les Iles Concordines (inutile de chercher sur un atlas), une sorte de territoire d'Outre mer devenu indépendant.
Une information de taille est lancée, qui déplace totalement le centre de gravité du roman : Antoine Mac Pola est noir, enfin métisse, puisque sa mère est française et vit a Paris.
Le beau rôle du titre n'est alors plus seulement celui que le trentenaire agité se donne, fort de sa notoriété naîssante, mais aussi celui que peut ou non décrocher un comédien noir, ou celui que tient toute sa vie un demi blanc chez les noirs, ou un demi noir chez les blancs.
La langue de Nicolas Fargues est rapide, faussement relâchée. Elle alterne les dialogues nerveux et les réflexions parfois sentencieuses de son héros, pas franchement aimable, mais tiraillé par ses origines, ses aspirations au clinquant de la gloire, ses ratages sentimentaux et, finalement, par une éternelle peur du vide.
Jean-Marc JACOB (www.lepetitjournal.com) vendredi 1er février 2008

Beau rôle, Nicolas Fargues (P.O.L), 275 pages, 18 euros

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