

Pour son premier roman, Tonnerre fait juste et drôle (Photo : Grasset-Swirc)
Les dernières volontés de nos proches sont parfois difficiles àinterpréter et àmettre en ?uvre. Ainsi, lorsque Anna Tonnerre demande, sur son lit de mort, àêtre incinérée et dispersée dans l'Atlantique Sud, elle plonge ses enfants dans une certaine perplexité. C'est grand l'Atlantique Sud, et c'est vague, d'autant plus qu'a priori la défunte n'a jamais mis les pieds dans l'autre hémisphère.
En attendant de statuer sur la marche àsuivre, c'est àJérôme que revient la garde de l'urne, puisque la fréquentation du récipient funéraire ne convient guère àsa s?ur ou àla femme de son frère, qui prendrait même la chose assez mal. C'est donc àlui qu'incombe de mener àbien l'ultime souhait maternel et de chercher les indices qui permettraient de savoir oùprocéder àla dispersion.
Mais la tâche n'est pas aussi simple qu'il pourrait paraître, surtout pour quelqu'un qui a du mal àsortir de chez lui et ressent un profond empêchement àl'idée de voyager.
Un voyageur immobile
Pourtant, les voyages, le petit Jérôme en rêvait. Aujourd'hui encore, il est incollable sur les horaires et les moyens de faire le tour du monde. Mais àl'inverse de sa s?ur lesbienne engagée et globe trotteuse, ou de son frère juriste, il ne semble décidément pas taillépour la route. Il cultive plutôt dans son studio proche de l'appartement de maman, son goût pour les palindromes, sa détestation du chiffre 11 et son amour absolu pour le thon en boîte. Pourtant la petite enquête avance et remonte le fil des névroses familiales et des amours maritimes secrètes.
Scénariste, collaborateur de Sautet, Rappeneau ou Leconte, Jérôme Tonnerre signe un premier roman vivace et attachant. Il dépeint avec un humour cinglant un homme portant son nom, face àl'affreuse difficultédes choix, un homme clouésur place mais avec le charme un peu pathétique des voyageurs immobiles.
Entre une mère fumeuse et alcolo et un père sosie de François Perrier et travaillant au Musée de l'Homme, le Jérôme du roman retrouvera peut-être dans le passéles racines de son empêchement. L'auteur nous entraîne, lui, dans un très chouette voyage.
Jean Marc JACOB. (www.lepetitjournal.com) 29 septembre 2006
L'Atlantique Sud, de Jérôme Tonnerre (Grasset), 276 pages, 16,90€
www.grasset.fr et sur le site de TV5
Egalement en librairie
? Seul ce qui brûle, de Christiane Singer (Albin Michel), 154 pages, 14,50€
Voila un roman troublant. Au XVI°siècle en Bavière, Sisgismund d'Ehrenburg aime follement Albe mais la surprend avec son page, qu'il transperce aussitôt de son épée. Dès lors, il condamne la jeune femme àla réclusion. Elle devra aussi boire dans le crâne serti d'argent du jeune homme. Composéen partie sous une forme épistolaire, Seul ce qui brûle regorge de souffrance et de rédemption, s'interroge sur la nature de l'amour, sur la douleur de la beautéet sur la résolution du deuil, dans une belle écriture hypnotique et philosophe.
? La Course du chevau-léger, de Jacques A. Bertrand (Julliard), 114 pages, 14€
Quoi de plus évident que l'intrigue du roman de Jacques A. Bertrand : un homme cherche une femme, d'Annecy àGenève, du Portugal àla Thaïlande. L'homme a un certain âge et cette femme, c'est sa fille. La retrouver, c'est désormais la seule chose vraiment importante, le reste, il est facile de s'en défaire. Un roman bref, simple et personnel.
? Passage du gué, de Jean-Philippe Blondel (Robert Laffont), 336 pages, 20€
Dans les années 80, un drame intime, une perte irréparable lie deux hommes et une femme. Pendant quelques mois, leurs vies vont se mêler, leurs sentiments se confondrent. Chacun àleur tour Myriam, Fred et Thomas racontent leur histoire, d'amour, de mort et de renaissance. Un roman sentimental d'ombre et de lumière qui sait souvent émouvoir. (www.lepetitjournal.com ? 29 septembre 2006)




































