Tandis que Mademoiselle Chambon, un de ses précédents livres est l'objet d'une adaptation actuellement sur les écrans, Eric Holder poursuit son œuvre romanesque précise et économe avec Bella Ciao
Eric Holder n'est pas un défenseur du roman fleuve. Son travail littéraire joue la concision et, malgré les litres d'alcool, d'une certaine sécheresse. C'est le cas de Bella Ciao qui en 146 pages aérées tend un miroir à l'écrivain. Le roman se termine peu ou prou par la lecture des premières lignes d'un texte en cours d'écriture par le narrateur : les premières lignes de Bella Ciao.
Cette boucle raconte une renaissance, un détour initiatique de l'écriture à l'écriture. Les livres du narrateur ont connu un certain succès mais sa veine créatrice s'est noyée. Après 33 ans de vie commune, sa compagne Myléna n'en peut plus. Elle ne veut plus d'un homme saoul dans son lit.
Noyade toujours, il se jette dans l'Atlantique. Il en ressort vivant et renouvelé.
La tentative de suicide ratée le voit émerger piteux vers une reconstruction.
L'écrivain retourne à la terre, et dans un chemin paradoxal vers l'abstinence, travaille le vin. Il se fait embaucher comme ouvrier agricole et partage, face à un patron parfois déroutant, la dureté du travail manuel, d'abord à la scierie puis dans les vignes.
Petite musique et grands mouvements
La lecture de Bella Ciao procure des sentiments mélangés. Son apparente simplicité, son goût pour le détail quotidien et la retenue n'exclue pas une certaine grandiloquence, des mouvements atmosphériques, un symbolisme océanique et des Alfa Romeo fracassées. Comme Sagan, Holder est typiquement un de ces écrivains à petit musique. Elle charme souvent, entraine comme un joueur de flûte. Elle crispe aussi parfois avec son goût des choses du terroir, ses lambrusques, ses vignes complantées, espourgueés, épamprées et ses ouvriers bourrus.
La rédemption du personnage passe par ses enfants, adultes et lointains. Les pages consacrées à sa fille sont parmi les plus belles d'un livre tout de même plus séduisant qu'agaçant.
Jean Marc Jacob (www.lepetitjournal.com ) mardi 24 novembre 2009
Bella Ciao, Eric Holder (Seuil) 146 pages, 16 euros
Lire le premier chapitre
http://www.seuil.com/extraits/9782020975353.pdf




































