

Les yeux jaunes des crocodiles expose dans leur complexitécontemporaine les liens qui unissent les membres d'une même famille. Sous une plume alerte et d'apparence légère, Katerine Pancol dresse le portrait d'une folle époque : la nôtre
Les pages les plus riches concernent la manière dont un auteur affronte son sujet. (Photo : Albin Michel)
En dépit du lourd poids physique des 647 pages, il y a quelque chose de franchement réjouissant àlire Les yeux jaunes des crocodiles. Essentiellement parce que Katerine Pancol y dresse l'épopée d'une famille égaillée par une série de portraits taillés sur le vif de l'ère actuelle, et par des seconds couteaux joliment croqués dans l'implacabilitéde leurs faiblesses.
Iris et Joséphine, les s?urs ennemies au centre du tableau de famille se dépatouillent comme elles peuvent des schémas qu'elles ont construits au long de leur quarantaine d'années. L'une est belle et riche, l'autre moche et intello. Une vaste manipulation consentie va les amener àse rapprocher? ou pas.
Pancol se saisit ensuite du prétexte de la dissection des liens intimes pour proposer une vision plus générale mais toute aussi effrayante de la confusion entre les sentiments, l'argent et la puissance. La quête du bonheur passe partout par tant de compromissions qu'on se demande pourquoi elle en vaudrait la peine.
La création en salut ?
Sous un aspect léger et plutôt marrant, la plume de Pancol dessine un univers glacial et cynique oùl'homme est un ensemble de lâchetés et de faux-semblants, la femme une amazone déterminée et sans pitiéet les médias une vaste fumisterie. L'unique secours pour se sortir de cette époque de dingues viendrait de l'inspiration créatrice et de la capacitéàla mettre en ?uvre. D'ailleurs, si Les yeux du crocodile méritent lecture pour l'intrépide divertissement qu'il procure dans le domaine de la connaissance des âmes, les pages les plus riches concernent la manière dont un auteur affronte son sujet.
Comme celle d'Anna Gavalda, l'écriture de Katerine Pancol fait qu'àaucun moment, on ne pose le bouquin. D'autant que, comme chez Gavalda, les histoires finissent toujours bien. Preuve ultime qu'on doit l'emporter en vacances?
Betty RUBY. (LPJ) 27 avril 2006
Les yeux jaunes des crocodiles, Katerine Pancol, Albin Michel, 648p, 22,5€
? Trois thrillers US pour flipper àmort : Le dernier beau jour, Déviances, Cellulaire
Tout aurait pu se passer tranquille si sa meilleure amie n'avait pas étéretrouvée, étêtée dans l'Hudson? Le dernier beau jour est un suspense social sur fond de retour aux sources.
Philadelphie, àl'inverse, est plongée entre les griffes d'un psychopathe savamment cruel et légèrement mystique. Esthète aussi puisqu'il coud les mains de ses jeunes victimes dans un geste de prière? Déviances ne fait pas que glacer les esprits : il les tétanise !
Quant àSteven King, il s'attaque cette fois au téléphone portable àl'origine de la destruction finale. Le maître du fantastique part d'une situation éventuellement plausible ? un virus transmis via le Cellulaire rend celui qui écoute pire qu'animal. Puis ça vire vite aux zombies et àla catastrophe mondiale. Mais comme d'hab, ça marche férocement.
?Le dernier beau jour, Peter Blauner, Seuil Policiers, 502p, 21€
?Déviances, Richard Montanari, Le Cherche-midi, 471p, 22€
?Cellulaire, Stephen King, Albin Michel, 404p, 22€
(LPJ ? 27 avril 2006)




































