Édition internationale

QUI EST ? ... Radovan Karadzic

L'ancien chef politique des Serbes de Bosnie devait comparaître aujourd'hui devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie de La Haye. Or jeudi 22 octobre, coup de théâtre, il a déclaré qu'il ne serait pas présent à l'ouverture de son procès, jugeant n'avoir pas eu assez de temps pour le préparer. L'homme accusé de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide durant la guerre de Bosnie avait été arrêté en juillet 2008 après 11 ans de fuite

Radovan Karadzic démarre comme poète et médecin raté
Né en 1945 dans un village de montagne du Monténégro, d'un père cordonnier et d'une mère paysanne, il grandit dans un environnement de paysan et débarque à 15 ans à Sarajevo profitant d'un programme de migration vers les villes. Complexé socialement, il se lance dans la médecine, symbôle de réussite, et parallèlement s'adonne à sa passion, la poésie, publiant même quatre recueils. Son bilan est médiocre: psychiatre spécialisé dans la paranoïa, la névrose et la dépression, son premier métier est marqué par de la prison pour détournement de fonds publics. Son complexe de paysan lui colle à la peau et il n'arrivera jamais à se faire reconnaître de l'élite bosniaque, ce qui expliquera plus tard sa volonté de revanche.

Il devient le chef politique des Serbes de Bosnie
A la fin des années 1980, Radovan Karadzic (AFP) entame une carrière politique, son mentor est Slobodan Milosevic. En 1990, il fonde le Parti démocratique serbe de Bosnie (SDS) afin de rassembler la communauté serbe. Deux ans plus tard, il devient président de la Republika Srpska qui a proclamé son indépendance unilatérale. L'autre partie du pays est occupée par les croates et musulmans et devient la Fédération croato-musulmane. Il se met au service des projets de Grande Serbie des nationalistes de Belgrade et de Milosevic: "Les Serbes peuvent vivre sans pain, mais pas sans État".
Secondé par le général Ratko Mladic, il devient alors l'un de principaux artisans du nettoyage ethnique qui va ravager l'ex-Yougoslavie lors de la guerre de 1992-1995. Les Croates et Musulmans du pays sont ses cibles: camps de détention, massacres, torture. Il commandite le siège de Sarajevo et les massacres de Srebrenica qui ont fait au moins 8.000 morts musulmans. En 1995, la fin de la guerre sonne avec l'intervention de la communauté militaire internationale. Il doit alors démissionner de la présidence de la Republika Srpska en juillet 1996.

En fuite, il devient le docteur guérisseur Dragan David Dabic
Inculpé en 1995 de crimes de guerre et de génocide par le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, il disparaît en 1997 et entame une fuite qui durera 11 ans. Il se transforme physiquement et le criminel de guerre devient le docteur guérisseur Dragan David Dabic spécialisé dans les médecines douces. Il organise des réunions sous l'égide du magazine de soins alternatives "La vie saine" qui remportent un franc succès, les patients se déplacent en nombre. Il sera finalement arrêté en juillet 2008 à Belgrade où il vit. Il est transféré le 30 juillet 2008 vers le centre de détention du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie.

Il appréhende son procès à sa manière
Karadzic doit être jugé à partir d'aujourd'hui pour 11 chefs d'inculpation de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide, par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie de La Haye. Il a fait le choix de se défendre seul et risque la détention à perpétuité. Jeudi 22 octobre, il avait crée la surprise en déclarant dans une lettre rendue publique qu'il ne serait pas présent à l'ouverture de son procès, n'ayant pas eu assez de temps pour préparer sa défense. Le procès va-il avoir lieu malgré son absence ?
Pour Alexander Knoops, avocat de la défense au TPIY et professeur de droit pénal international à l'université d'Utrecht, le tribunal a plusieurs possibilités notamment le report du procès ou la nomination d'un avocat chargé de représenter Radovan Karadzic."On ne peut pas exclure que le tribunal, confronté à ce dilemme, n'ait d'autre choix que de rechercher un compromis, et peut-être proposera-t-il un report d'un mois ou deux", a précisé Knoops.
Magali MASSA (www.lepetitjournal.com) lundi 26 octobre 2009

En savoir plus:
Article de l'Express- Radovan Karadzic refuse de comparaître lundi à La Haye
Article du Figaro- "Le boucher"voulait offrir Sarajevo aux paysans serbes
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