

Moussa Dadis Camara est un militaire
Moussa Dadis Camara (AFP) est né en 1964 à Koulé, une localité proche de Nzérékoré (Sud de la Guinée). Il dit avoir grandi dans une "famille très pauvre", dans "une case"et précise qu'il marchait tous les jours "pour aller à l'école". Moussa monte vers la capitale Conakry pour y effectuer ses études universitaires et décroche en 1989 une licence en économie et finance. L'année suivante, il échange sa tenue d'étudiant pour un uniforme de soldat. Il suit alors une formation au sein de l'armée guinéenne, qu'il perfectionnera ensuite en Europe. A son retour dans son pays natal, il endosse plusieurs responsabilités militaires.
Le capitaine prend le pouvoir par opportunisme
Alors que le deuxième président de la Guinée, Lansana Conté, décède le 22 décembre 2008, après avoir régné d'une main de fer sur le pays depuis 1984, Dadis Camara, sombre capitaine de l'armée guinéenne, annonce devant les médias de son pays la suspension de la Constitution et de toutes les institutions républicaines ainsi que la dissolution du gouvernement. Le coup d'Etat se fera sans effusion de sang. Dadis Camara est proclamé le lendemain leader du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) puis président de la République de Guinée. Le chef militaire promet cependant à qui veut l'entendre que des élections "libres, crédibles et transparentes"seront organisées en janvier 2010, auxquelles ni lui ni aucun membre de la junte ou du gouvernement provisoire ne pourra prendre part. Se voulant l'apôtre de la transparence, le président "choisi par Dieu"combat avec force les symboles de l'ancienne présidence corrompue par les trafics notamment de drogue.
Le chef de junte s'excuse pour les bavures
Si la population salue sa lutte contre la corruption et le narcotrafic, elle redoute que le chef de junte ne tienne pas sa parole et veuille se présenter à la présidence guinéenne. Une manifestation pacifique contre la possible candidature de Dadis Camara est organisée dans le grand stade de Conakry le 28 septembre dernier. Les militaires la répriment dans un bain de sang. Plus d'une centaine de morts, des milliers de blessés, des viols, des actes de barbarie et des pillages, le monde constate avec effroi ce massacre que la junte a tout fait pour dissimuler. La communauté internationale, furieuse, exige que les coupables soient punis. "Très franchement parlant, je suis très désolé, très désolé", s'était contenté de déclarer Dadis Camara, assurant que ces violences étaient à mettre sur le compte de l'indiscipline de certaines brebis galeuses. La France décide de suspendre sa coopération militaire avec le CNDD et demande qu'une enquête internationale soit ouverte.
Il est au centre du "Dadis Show"
En attendant les conclusions de la Cour pénale internationale (CPI), le personnage de Dadis Camara est de plus en plus critiqué et moqué par ses anciens alliés comme par ses concitoyens. Le chef de la junte est célèbre pour son caractère soupe au lait et ses emportements face à des fonctionnaires, des trafiquants de drogue présumés et même des ambassadeurs (voir vidéo) ! Le "Dadis Show"amuse beaucoup les internautes d'Afrique de l'Ouest mais beaucoup moins les Guinéens, qui à l'instar des "Forces vives"de Guinée (rassemblement des forces d'opposition), fustigent le guignol qui s'autoproclame "capitaine sauveur de la nation".
Dadis Camara essuie une tentative d'assassinat
Le 3 décembre, le capitaine Moussa Dadis Camara est blessé à la tête par son aide de camp et chef de la garde présidentielle, Amoubacar "Toumba"Diakité. Ce dernier se serait senti menacé suite à l'enquête sur le massacre du 28 septembre. Evacué pour être soigné vers le Maroc, les jours du chef de la junte ne seraient plus en danger. On ne sait pas en revanche si de possibles séquelles neurologiques l'empêcheront de reprendre ses fonctions. Le gouvernement de transition se prépare donc à l'après Dadis. Pour l'opposition, c'est l'occasion ou jamais pour la Guinée de changer de cap. "Nous souhaitons que, s'il y a une nouvelle équipe en Guinée, elle puisse ouvrir un dialogue franc avec la classe politique pour conduire le pays vers des élections libres et transparentes", espère Cellou Dalein Diallo, l'ancien Premier ministre et l'une des figures de l'opposition guinéenne.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mardi 8 décembre 2009
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Notre article, Nuage de peur sur Conakry
Article de Libération, Guinée, le pouvoir s'organise sans Dadis, hospitalisé au Maroc




































