

Le climat va-t-il se refroidir sur la célèbre place Pigalle à Paris ? Les députés de tous bords ont voté hier une résolution reconnaissant officiellement "la position abolitionniste de la France" en matière de prostitution. Les associations dénoncent l'hypocrisie du vote
© Zave Smith/Corbis
"Une société sans prostitution", c'est le message que l'Assemblée nationale a voulu faire passer en votant une résolution qui réaffirme "la position abolitionniste de la France" en la matière. Les responsables politiques de tous les partis ont voté en faveur de la proposition, qui s'appuie sur un rapport de la commission des Lois publié en avril 2011. "L'objectif n'est pas de réprimer la prostitution, mais d'aller vers un monde sans prostitution", explique la députée PS Danielle Bousquet, qui a présidé la mission parlementaire contre la prostitution. Avant d'ajouter : "Il faut donner à ces femmes le droit de ne pas se prostituer."
La France championne en matière de répression
Avant le vote de cette loi, la France disposait déjà du dispositif législatif le plus répressif d'Europe en ce qui concerne la prostitution. Le fait "d'aider, d'assister ou de protéger la prostitution d'autrui de quelque manière que ce soit, d'en tirer profit (...), d'entraîner une personne en vue de la prostitution (...)" est puni de 7 ans de prison (article 225-5 du Code pénal). Et les peines peuvent aller jusqu'à la réclusion criminelle à perpétuité, si la prostitution s'accompagne d'actes de torture ou de barbarie. "La lutte vise toutes les formes de proxénétisme et de traite, avec pour priorité le proxénétisme violent, exercé par des réseaux albanais, bulgares et roumains installés en France. Certains ont été démantelés et ont subi de très lourdes peines, ce qui a eu un effet dissuasif, puisqu'une bonne partie de ces réseaux se sont détournés vers d'autres pays européens", souligne Véronique Degermann, vice-procureur au tribunal de grande instance de Paris.
"Nous ne sommes pas des victimes"
Malgré le consensus politique, des associations manifestaient pendant le vote, devant l'Assemblée nationale. "On sera toujours là, on n'est pas près de partir", s'exclame Fabien, prostitué depuis quatre ans. "On nous considère comme des victimes, comme des inadaptés sociaux, mais en faisant peur aux clients, on détériore nos conditions de travail", s'emporte-t-il. Les manifestants craignent également le durcissement de la législation, notamment à travers la sanction des clients. A partir de maintenant, ils pourront être interpellés, et condamnés à des peines de prison ou une amende. "Pénaliser le client rendra la prostitution encore plus clandestine, et donc plus dangereuse", explique Tim Leicester, coordinateur de projet chez Médecins du monde. Une position partagée par un client, venu apporter son soutien aux associations : "Ça ne m'empêchera pas d'aller voir des prostituées, je ferai juste plus attention."
J.B (www.lepetitjournal.com) jeudi 8 décembre 2011
Voir aussi :
La Dépêche - Faut-il abolir la prostitution ?
Le Point - Prostitution : "Nous ne sommes pas des victimes"




































