

L'avocat général a requis hier 10 ans de prison contre Véronique Courjault qui a finalement reconnu l'assassinat de trois de ses nourrissons. Mais s'agit-il de préméditation ou déni de grossesse ? Les jurés doivent trancher aujourd'hui sur la question, les experts, eux, n'ont pas réussi à se mettre d'accord
(Rédaction Internationale) - Depuis le 9 juin, Véronique Courjault (Alain Jocard/AFP) se tient sur le banc des accusés de la Cour d'assisses d'Indre et Loire pour l'assassinat en 1999, 2002 et 2003 de trois de ses nouveau-nés, dont deux avaient été retrouvés congelés dans sa villa de Séoul (Corée du Sud). Si la femme de 41 ans a avoué avoir commis le triple infanticide, les jurés doivent aujourd'hui statuer s'il y a eu ou non préméditation. La tâche s'avère d'autant plus ardue que les différents experts ont des opinions divergentes sur la question.
Déni pour les uns
Les avocats de Véronique Courjault étaient confiants lundi soir après que différents experts (deux psychologues, un gynécologue et une psychanalyste) présents en qualité de "témoins techniques"avaient tous soutenu, sans pour autant avoir rencontré la prévenue, la thèse appuyée par la défense d'un déni partiel ou total de grossesse. Cette pathologie, qui voit la femme donner naissance à un enfant sans avoir eu conscience de l'attendre, aurait donc plongé Véronique Courjault dans un état second, la dédouanant ainsi de toute préméditation et donc de la peine associée : la réclusion à perpétuité.
D'autres nient tout déni
Mais il n'a pas fallu longtemps pour que cette théorie s'écroule avec le témoignage hier de deux experts-psychiatres. Selon eux, Véronique Courjault était bien consciente d'être enceinte et a dissimulé cette grossesse plus qu'elle ne l'a dénié. "La question de déni de grossesse ne se pose pas parce que dans le déni, elle aurait accouché sans même avoir eu l'idée un jour qu'elle était enceinte. Or, Mme Courjault savait", a indiqué la psychiatre Fanny Puel-Metivier, qui a entendu l'accusée à plusieurs reprises durant l'instruction. Le docteur Paul Bensussan affirme également devant la cour : "tous les experts qui n'ont pas examiné Véronique Courjault ont conclu sans l'ombre d'un doute au déni. Mais elle savait qu'elle était enceinte et savait que la mort était la conséquence inévitable de sa dissimulation".
L'avocat général requiert 10 ans de prison
Cette divergence d'opinion entre les différents experts est à l'image de l'histoire dépeinte par Véronique Courjault : confuse. "J'essaie de trouver des réponses. Pour la plupart des questions, je n'en ai toujours pas. J'essaie de comprendre. C'est une réflexion. Une réflexion, ça évolue, ça bouge, ça change ! Je ne sais plus comment vous parler" avait déclaré l'accusée lors d'une précédente audience. Les témoignages contradictoires des experts rendent encore un peu plus opaque le déroulement de cette tragédie ainsi que son issue judiciaire.
Dans sa plaidoirie hier, l'avocat général Philippe Varin n'est pas rentré dans le jeu des expertises contradictoires mais s'est basé uniquement sur le dossier d'instruction qui accable Véronique Courjault.
"Elle se savait enceinte et elle a tué froidement."a déclaré Philippe Varin, qui n'a pourtant requis qu'une peine de 10 ans de prison à l'encontre de Véronique Courjault. Si l'avocat général réfute la thèse du déni de grossesse, la peine requise est en effet moins sévère que prévue à cause d'un "clivage de la personnalité" de l'accusée qui représente, selon lui, une "atténuation de sa responsabilité". "Ne diabolisez pas Véronique Courjault, mais n'en faites pas non plus une icône." a-t-il conseillé à la Cour.
Après la plaidoirie de la défense, les jurés, un peu perdus dans toutes ces explications contradictoires, se retireront pour décider du sort de Véronique Courjault. Le doute devant toujours profiter à l'accusé, les avocats et les proches de Véronique espèrent une peine de prison moins lourde, reflétant la version de la mère infanticide qui avoue être responsable mais pas coupable.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) jeudi 18 juin 2009
En savoir plus
Article du Monde, La défense de Véronique Courjault malmenée par les experts-psychiatres
Article du Figaro, Procès Courjault : la confusion règne parmi les experts
Article de France Soir, Assises - ?Véronique Courjault savait qu'elle allait dans le mur !?




































