

Ce dimanche 16 septembre, le Français Théodore Bitcheff combattra au cours d'un match exhibition au Bayon Stadium, sur l'île du Diamant. Ce boxeur de 21 ans, qui a déjà fait sa réputation sur le ring, a grandi au Cambodge, où il vit depuis l'âge de 5 ans. De la culture khmère, il a ainsi appris les codes, la langue? et la science du combat. Portrait.
Sur le passeport chiffonné de Théodore Bitcheff, on peut lire : ''Nationalité : française''. Pourtant, le jeune homme n'a pas connu une enfance semblable à celle de la plupart de ses compatriotes. Arrivé au Cambodge à l'âge de 5 ans, il a grandi et appris ici, ne rentrant dans l'hexagone qu'à l'occasion de rares congés familiaux. La France reste finalement pour lui un pays étranger. ''Petit, je le retrouvais couvert de terre, pieds nus. Comme un petit Cambodgien, il a appris à nager dans le Mékong avec les enfants de la rue'', raconte Marie-Laure, sa mère, figure de la communauté française.
La famille Bitcheff : une odyssée cambodgienne
L'aventure de l'expatriation n'est pas toujours simple dans le Cambodge d'après-guerre, et l'épopée de la famille Bitcheff évoque parfois les déboires durassiens d'Un barrage contre le Pacifique. Alors que la tribu tente de mettre sur pied un centre hippique, le matériel s'évapore dans les affrontements armés de 1997. C'est ensuite l'ouverture d'un restaurant situé sur un bateau, L'Odyssée. Mais l'embarcation est détruite par les flammes en 2005, pour une bonbonne de gaz mal fermée. Enfin, l'harmonie familiale va subir à son tour quelque anicroche, jusqu'au départ définitif du père du foyer. Marie-Laure en sera quitte pour poursuivre seule au Cambodge l'éducation de Théodore et de sa s?ur aînée. La scolarité du jeune homme n'est pas des plus brillantes. ''Il y avait des soucis, des disputes à la maison, et l'école était un moment tranquille, où je rêvais sans vraiment travailler'', se souvient le garçon.
Arrivé à la majorité, Théodore envisage de demander la nationalité de ce qu'il considère être son pays. Mais l'administration réclame, en marge du circuit, une gratification que les faibles revenus familiaux ne permettent pas de satisfaire. Celui que ses copains cambodgiens appellent pourtant par son nom local, ''Chann Seyha'', se voit contraint de rester assis entre deux chaises, renouvelant année après année un simple visa.
Le goût du ring
Entre temps, Théo s'est découvert, à l'âge de 16 ans, une passion avide pour la boxe et les arts martiaux cambodgiens, qui deviennent l'essentiel de son activité. Les conditions locales ne tiennent pas vraiment du 4 étoiles : le jeune élève passe plusieurs mois auprès d'un ''maître'' à Takmau, soumis à un régime spartiate, avec une simple paillasse pour couche auprès d'autres jeunes qui espèrent ainsi fuir la misère. Puis il intègre un club à Sihanoukville. Mal employé, il traîne son vague à l'âme sur la côte cambodgienne, et se pose quelques questions.
La lumière viendra de la rencontre avec David Minetti, baroudeur à forte personnalité, champion d'Europe de combat libre. Cet ancien légionnaire s'apprête à ouvrir une salle de sport à Phnom Penh, le K1, après avoir monté une affaire identique à Ho-Chi-Minh Ville. Le combattant trentenaire prend sous son aile son cadet, et fait depuis office de mentor.
''J'ai vu tout de suite le potentiel chez ce garçon, profondément gentil, mais influençable, qui aurait pu mal tourner en cas de mauvaises rencontres'', explique David Minetti. Ayant grandi sans trop de repères, Théo affichait jusqu'ici une naïveté légèrement immature auprès des barang. A preuve, le clash intervenu lors du tournage du film Saigon, l'été de nos vingt ans : Théo, embauché pour un second rôle de soldat, se prend le bec avec l'acteur principal Adrien Saint-Jorre, doué mais impétueux. Entre l'enfant terrible des rives du Mékong et celui de la banlieue Nord de Paris, la querelle manque d'en arriver aux mains?
La maturité du combattant
Mais ses nouvelles responsabilités d'instructeur au sein du K1 vont faire grandir le bonhomme, de même que sa liaison avec la douce Makara Ekbun. Les deux tourtereaux vont même jusqu'à afficher leur tendre romance dans le clip vidéo de la chanson ''Reflets d'eux'', écrite par le très excentrique consul de France Roger Brattin.
La dure discipline de l'entraînement, et la confiance que lui témoigne son patron, font le reste. Théodore prend de la bouteille, et nourrit l'espoir de se voir un jour en haut de l'affiche. La précarité de la carrière de boxeur au Cambodge ne lui fait pas peur. ''Ça ne me dérange pas de prendre des coups en étant peu ou mal payé. Ce n'est pas pour ça que je fais cela. Ce que je veux, c'est la reconnaissance des Cambodgiens'', confie-t-il.
Dimanche, avec quelques autres de ses condisciples, il se présentera dans un match dont les gains seront versés au collectif environnementaliste Wildlife Alliance. Il fera le tour du ring au son des tambours et des fifres, saluera bien bas les grosses huiles présentes et les esprits protecteurs, dans la buée de la sueur et des fumées. Puis tentera de rester le dernier debout au milieu du tumulte des pieds et des poings. Il dispose pour cela d'une arme secrète : la rage au c?ur de l'enfant pâle qui se rêve ''grand frère'' cambodgien.
Samuel Bartholin (http://www.lepetitjournal.com/cambodge) Vendredi 14 septembre 2012
Match de boxe khmère au Bayon Stadium, sur Koh Pich, dimanche, 18h, suivi d'une soirée au Mao's club, à 20 h. Evénement organisé au profit de Wildlife Alliance.
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