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PORTRAIT - Charlie Cordero, fondateur de Mexico Vivo

Hier soir, c'est à Polanco que fut organisée au Mexique la Journée Mondiale contre le Sida. L'occasion de rencontrer Charlie Cordero, fondateur de Unidos para un Mexico Vivo, la plus grande association mexicaine de lutte contre le sida. Entretien avec un homme de volonté, qui revient de loin, et veut aller loin.

LPJ - Charlie Cordero Bonjour, racontez nous la fondation de Mexico Vivo.

le CIENI, clinica de investigaciones en enfermedades infecciosas

CC ? Elle est étroitement liée à mon histoire personnelle. J'ai perdu des amis proches, à cause du sida, entre 1985 et 1995. Diagnostiqué séropositif il y a maintenant plus de dix ans, j'ai d'abord eu honte de cette maladie, et pour parler crûment, je me suis laissé mourir. Mais une amie m'a convaincu, en 1995, de tenter les trithérapies qui venaient d'être mises sur le marché. J'ai eu énormément de chance, car les symptômes on reculé petit à petit, et je sais aujourd'hui que mon taux de virus est assez bas pour vivre jusqu'à? ma belle mort. Cet espoir, j'ai voulu le transmettre à ceux qui souffrent.

LPJ ? C'est avec le médecin qui vous a soigné que tout a commencé ?
CC ? Oui, il m'a parlé de son idée de créer un centre de recherches dédié aux maladies infectieuses, et j'ai décidé de tout mettre en ?uvre pour l'aider à bâtir ce qui est devenu le CIENI (Clinica de Investigaciones en Enfermedades infecciosas). J'ai créé Mexico Vivo en 2003 afin de collecter des fonds en toute transparence pour financer la recherche contre le sida au Mexique. En trois ans nous sommes arrivés à une équipe de neuf permanents et des centaines de bénévoles. Aujourd'hui, c'est la journée mondiale contre le Sida et nous sommes parmi les premiers interlocuteurs mexicains consultés par l'ONU et l'OMS.

le CIENI, clinica de investigaciones en enfermedades infecciosas

LPJ ? Quelles sont les autres coeurs de métier de Mexico Vivo ?

CC ? Outre la collecte de fonds pour la recherche scientifique, nous avons deux chevaux de batailles fondamentaux, corollaires logiques de notre investissement financier. D'abord, nous mettons en place une forme de prévention, avec des campagnes d'information. Tout doit être mis en ?uvre pour ralentir la progression de la maladie, très forte dans toute l'Amérique Latine. Ensuite, nous offrons aux malades un soutien psychologique, et nous les orientons vers les institutions adéquates, les traitements adéquats également. Le plus dur pour les malades est d'accepter la maladie, afin que les autres les acceptent avec cette maladie. Ce préalable psychologique est fondamental : pour le bonheur de tous, il faut atténuer le rejet instinctif que les gens sains (ou qui se croient sains) portent aux séropositifs.

LPJ ? La religiosité du Mexique est-elle un problème pour la prévention ?
CC ? Un énorme problème. Imaginez que certaines universités refusent d'évoquer le préservatif, à cause de la ligne politique du Vatican. L'adultère, évidemment un tabou, est un autre facteur d'expansion de la maladie. Les maris qui partent travailler aux USA et ont des aventures extra-conjugales non protégées refusent comme les autres d'évoquer ces questions. Ils ne font jamais le test de séropositivité, et la maladie se répand. Il est très difficile de convaincre les mexicains que cette maladie encore très connotée (maladie d'homosexuels, de drogués) concerne tout le monde, y compris les gens sains. 40% des personnes infectées au Mexique sont des femmes, et moins de 1% des transmissions sont causées par la drogue. Il est temps de faire tomber les préjugés pour mieux lutter.

LPJ ? Êtes-vous optimiste ? Y a-t-il des exemples de lutte contre le virus que vous admirez ?
CC ? je suis résolument optimiste. Le Mexique est un pays qui évolue à une vitesse vertigineuse parfois. En 2008, nous aurons l'honneur d'organiser la journée mondiale de lutte contre le sida à Mexico, où nous recevrons la fine fleur de la recherche mondiale. Nous attendons que la résonance médiatique de cet événement nous aide dans notre combat. Des exemples ? Des initiatives magnifiques ont été montées en Afrique du sud, (ndlr : le pays peut-être le plus touché du monde par l'épidémie) témoin l'investissement de la banque Lombard. Si on suit ces modèles, alors la seule maladie vraiment grave sera l'égoïsme, le principal obstacle qui aujourd'hui nous empêche d'avancer.
Propos recueillis par D Robert (www.lepetitjournal.com ? Mexico) Mercredi 5 novembre 2007

Pour laissez vos dons, pour toutes les informations sur la maladie, les associations partenaires et les événements à venir, une seule adresse : www.mexicovivo.org{mxc}
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