Édition internationale

NOUVELLE-ZÉLANDE - Le rugby, une religion

À l'instar du football au Brésil, le rugby est bien plus qu'un sport en Nouvelle-Zélande. C'est une institution, une religion même, qui a offert à ce petit pays une vitrine internationale. Incapables de remporter une Coupe du Monde depuis 1987, les joueurs à la fougère n'ont pas le droit à l'erreur lors de cette septième édition de l'histoire, organisée sur leurs terres

Photo AFP
Battus à deux reprises fin août par l'Afrique du Sud (18-5) et l'Australie (25-20) lors du Tri Nations, les All Blacks sont sous pression et critiqués de toute part au moment de débuter leur Coupe du Monde. On pouvait ainsi lire en début de semaine dans le New Zealand Herald, quotidien local influent et respecté, une tension palpable : « Il y a davantage de trous dans l'effectif all black que dans un morceau de gruyère », ou encore « On est loin de la machine de guerre qu'on nous promettait ». L'entraîneur, Graham Henry, qui avait miraculeusement sauvé sa tête suite à la défaite en quarts de finale face à la France lors de la Coupe du Monde 2007, est le premier visé par la presse. Le baromètre dédié à la pertinence de ses choix, ponctué d'un n?ud coulant de pendu, laisse augurer du triste sort qui l'attend en cas de contre-performance. Tout un peuple lui tomberait alors sur le râble. La Nouvelle-Zélande n'a certes rien d'impressionnant en termes de population, à peine 4,5 millions d'habitants. Mais tous ou presque vénèrent le rugby et ne manqueront de tancer vertement le responsable d'une nouvelle déroute Black en Coupe du Monde.
Favoris éternels

Depuis 1987 et la première Coupe du Monde, disputée en Nouvelle-Zélande, les Blacks n'ont jamais plus remporté la coupe William Webb Ellis couronnant le champion du monde de l'ovalie. Cinq échecs successifs (une finale en 1995, trois ½ finales en 1991, 1999, et 2003, et un ¼ de finale en 2007) ont fait tomber les néo-zélandais de leur piédestal. Grandissimes favoris de chaque compétition internationale et acclamés pour leurs prestations offensives de haut niveau, les Blacks sont parfois rattrapés par leur indiscipline défensive et un sentiment mêlant puissance inébranlable et insuffisance inhérent aux grandes nations sportives. Car il n'y a guère de contestation : la Nouvelle-Zélande est bien la meilleure équipe de rugby du monde. Depuis des années. Le classement des meilleures nations du monde, crée en 2004 par l'International Rugby Board (IRB), le confirme avec une domination quasi constante des Blacks depuis cette date. Et bien avant ce classement, les Blacks survolaient déjà leur sujet.

Des joueurs de légende
Ancienne colonie britannique, la Nouvelle-Zélande est indépendante depuis 1947, mais a gardé quelques vestiges de sa colonisation. Au premier rang desquels le rugby. Importé au pays en 1870, il devient dès le début du XXe siècle un sport national. Qui a eu le mérite de réunir sans anicroche les Néo-Zélandais d'origine européenne, ceux d'origine asiatique et les Maoris, découvreurs du territoire au XIe siècle. 
Le mélange des genres permet à la Nouvelle-Zélande d'avoir une équipe hétéroclite, aux talents incommensurables et à la foi perpétuelle. Jonah Lomu, Fred Allen, Zinzan Brooke, Colin Meads, Grant Fox, David Kirk, Doug Howlett, Don Clarke, Michael Jones, Sean Fitzpatrick, Christian Cullen, Richie McCaw, Andrew Merthens, Dan Carter? Ils sont des dizaines à avoir marqué le rugby néo-zélandais et international.

24 ans plus tard?
Dans leur légendaire maillot noir, synonyme de port du deuil de l'adversaire, les joueurs du XV à la fougère, végétal très répandu en Nouvelle-Zélande, sont devenus des icônes au fur et à mesure des décades. Des combats au couteau face à l'Afrique Sud de l'entre-deux guerres, aux succès répétés dans le Tri-nations (10 victoires en 16 éditions) en passant par une Coupe du Monde (1987) et des tournées dignes de rock stars à travers l'Europe, les All Blacks envoûtent les spectateurs. Et ce dès le début d'un match avec le fameux haka. Traditionnel dans les pays d'origine polynésienne et mélanésienne, ce chant chorégraphié a pour but d'impressionner l'adversaire. Force est de constater que la man?uvre fonctionne : aucune équipe ne compte plus de victoires que le XV néo-zélandais dans l'histoire du rugby. Les Français, bourreaux des Blacks lors des Coupes du Monde 1999 et 2007, peuvent s'enorgueillir d'avoir battu douze fois les maîtres du jeu. Les fans des Kiwis préfèrent eux se remémorer la nette victoire des leurs face aux Bleus en 1987, lors de la première Coupe du Monde (29-9). Un succès synonyme de titre mondial. C'était en Nouvelle-Zélande, à l'Eden Park d'Auckland. 24 ans plus tard, tout un peuple espère fortement que le signe indien sera enfin vaincu le 23 octobre prochain, dans cette même enceinte.

Jérémy Patrelle (www.lepetitjournal.com) mardi 6 septembre 2011

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