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La musique contemporaine (américaine) souffre de clichés

Par Rachel Scharly | Publié le 14/06/2019 à 17:23 | Mis à jour le 14/06/2019 à 18:03
Photo : Philip Glass
Musique contemporaine

Musique contemporaine. À peine prononce-t-on ces deux mots que la polémique jaillit. Cette musique peu connue du grand public souffre de nombreux clichés : musique élitiste, inaudible, angoissante, rigide… 

 

Des musiques contemporaines américaines 

On ne devrait pas dire la musique contemporaine, cette appellation désignant ce qui a été composé entre 1945 et aujourd’hui, mais les musiques contemporaines. En rupture, ou en réponse avec la courant contemporain européen, les compositeurs américains de l’après-guerre ont d’abord choisi l’indétermination puis le minimalisme.

L'indétermination est ce courant américain créé en réaction à la complexité de la musique européenne. Son représentant le plus emblématique est John Cage, lui-même n’était pas que compositeur, mais aussi philosophe, poète et plasticien. D’ailleurs, cet artiste que l’on pourrait qualifier de touche-à-tout, rassemble d’autres artistes comme Rothko, Pollock, De Kooning, du côté des peintres, mais aussi La Monte Young ou Earle Brown, côté compositeurs, autour de l'école de New-York.

On retient de ce courant, des oeuvres emblématiques et représentatives comme « 4’33’’ » et « Concert for Piano and Orchestra » de John Cage, ou encore « December 52 » de Earle Brown.

John Cage inspire d’autres compositeurs, et peut-être même un autre courant, le minimalisme. « J'ai appris à l'école que l'art est une question de communication. Or, j'ai constaté que chaque compositeur compose différemment. Si l'art était synonyme de la communication, nous utiliserions chacun un langage différent. Nous serions donc dans une sorte de Tour de Babel où personne ne comprendrait personne ». Et de rajouter « il faut laisser les sons être eux-mêmes ». Les minimalistes s’en inspirent.

Répétitif, c’est ce qui définit ce courant de musique contemporaine qui emboîte le pas à l’Indétermination. Né dans les années 60, il est représenté par des compositeurs qui deviendront des grands noms de la musique contemporaine. Parmi eux, Steve Reich, Philip Glass, Terry Riley, La Monte Young mais aussi Henryk Górecki ou encore John Adams.

« In C » de Terry Riley, « Come Out » et « Music for 18 Musicians » de Steve Reich, « Violin Concerto » de Philip Glass ou « Nixon in China » de John Adams sont parmi les œuvres emblématiques des minimalistes.

 

La musique contemporaine fait peur

Des histoires d’horreur racontées en musique, c’est peut-être un sentiment qui peut envahir le spectateur quand il écoute un morceau de musique contemporaine. Le titre de certaines oeuvres vient aussi en rajouter à ce sentiment d’inquiétude, comme «  Beware the Wrath Of Fallen Vampires and the Secret Spirits Ensconced in Old Light » du compositeur Kellach Waddle, joué lors du dernier concert de Classical Saxophone Project au Carnegie Hall, le 13 juin.

De même, cette exploration de nouveaux sons, tant inconnus que mystérieux, aggrave l’impression de lourdeur de cette musique pesante, et souvent hachée.

Dans certaines œuvres contemporaines, l’harmonie n’existe plus. Oui, cela peut surprendre, mais c’est aussi là tout le but de certains compositeurs : créer un effet de surprise. Cependant, la dissonance, pour certains, rend cette musique inécoutable. Mais voilà, des sons nouveaux, des sons qui frottent, qui raclent, des bruits…, c’est aussi ça la musique contemporaine.

Et puis, pour les non-initiés, ceux qui n’osent pas, il y la croyance populaire qui dit que la musique contemporaine est du bruit et non pas une oeuvre. Faux ! Cette musique, que l’on peut tout simplement qualifier de différente est le fruit d’une démarche artistique. Et pour la comprendre, il faut peut-être déjà commencer par l’écouter, avec une oreille vierge, neuve, se laisser guider par le ressenti, l’émotion. Fermer les yeux et dépasser les clichés. Se faire sa propre expérience.

Certaines œuvres demandent un minimum de réflexion ou quelques connaissances avant de les aborder. Notamment les musiques guidées par une démarche particulière : dodécaphonisme, sérielle, répétitive… D’où souvent, ce sentiment d’élitisme associé à cette musique. Mais nul besoin d’être « autorisé » pour découvrir. 

Comprendre un compositeur, c’est comme comprendre un écrivain ou un plasticien, c’est certes regarder, écouter ou lire, mais c’est aussi essayer de déchiffrer son message, d’entendre sa démarche. Et peut-être s’autoriser à aimer.

C’est des expériences, des découvertes que l’on est riche. Autant être curieux...

 

 

Rachel Scharly

Rachel Scharly

Après avoir travaillé de nombreuses années dans la presse économique et spécialisée, Rachel Scharly est la rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal
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