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Black History Month : février, mois de l’histoire afro-américaine

Par Pauline Guedj | Publié le 31/01/2020 à 16:33 | Mis à jour le 31/01/2020 à 16:43
Photo : ©️ New York Historical Society
Black History Month

Aux Etats-Unis, depuis 1972, le mois de février est officiellement celui où l’on célèbre l’histoire afro-américaine. Mais d’où vient la commémoration du Black History Month ? Et qui est Carter G. Woodson, son inspirateur ?

 

 « The Mis-Education of the Negro »

Chicago, été 1915. Un groupe d’intellectuels afro-américains se retrouve pour participer à une rencontre historique : le cinquantième anniversaire de l’émancipation. Pour l’occasion, l’historien Carter G. Woodson voyage depuis Washington. Fils d’esclaves, né en Virginie en 1875, il est le deuxième Afro-Américain à avoir reçu un diplôme de doctorat de l’université de Harvard. Un parcours flamboyant pour ce jeune homme qui n’était entré au lycée qu’à l’âge de 20 ans et avait passé son adolescence à travailler dans des mines de charbon.

Dans l’histoire afro-américaine, Carter G. Woodson est surtout connu pour l’un de ses livres, The Mis-Education of the Negro, qu’il publie en 1933, où il décrit la pauvreté de l’enseignement de l’histoire dans les écoles américaines et dénonce ses effets dévastateurs sur les communautés noires. Woodson est convaincu que les Afro-Américains des Etats-Unis doivent connaître leur passé pour être libres. Lors de la conférence de Chicago, il décide alors de créer une organisation, l’Association for the Study of Negro Life and History, dont le but est de promouvoir la recherche sur l’histoire afro-américaine et de produire des textes à destination des enseignants.

Dès les années 1920, les livres et articles édités par Woodson circulent. Dans les écoles, nombreux élèves se souviennent que leurs professeurs cachaient les écrits de l’association sous leur bureau afin ne pas subir la colère des directeurs. Dans certaines villes, comme New York, se créent des clubs d’étude de l’histoire noire dans lesquels celle-ci est enseignée et discutée. Face à ce succès, Woodson propose en 1926 la création d’une semaine symbolique qui serait réservée à l’enseignement de l’histoire afro-américaine. La Negro History Week est née et Woodson choisit de la programmer en février, pour célébrer la naissance de deux figures phares de l’émancipation : le président Abraham Lincoln et l’abolitionniste Frederick Douglass.

Black History Month

 

Negro History Week

Peu à peu, la Negro History Week est adoptée par les établissements scolaires progressistes du pays puis au sein de municipalités comme Syracuse et New York. Certains envisagent même de l’étendre sur un mois. Ce sera le cas en Virginie occidentale où Woodson donne de nombreuses conférences ainsi que sur les bancs de plusieurs universités, comme ceux de la Kent State University dans l’Ohio, où le premier Black History Month aurait été fêté en 1969.

Dans les années 1970, les célébrations du Black History Month se multiplient à tel point qu’en 1976 le président Gerald Ford officialise la commémoration « pour honorer les accomplissements souvent trop négligés des Noirs américains à travers l’histoire ». Depuis lors, tous les présidents des Etats-Unis ont fait du mois de février celui de l’histoire afro-américaine.

Envisagé par Carter G Woodson comme une arme politique pour améliorer la condition des Afro-Américains, le Black History Month s’est, depuis sa création, exporté à l’étranger. En 1987, l’Angleterre en revendique la célébration. Le Royaume-Uni est suivi par le Canada en 1995, puis par plusieurs municipalités d’Irlande, d’Allemagne et des Pays-Bas. En France, les débats sur l’instauration du Black History Month font écho à ceux qui opposent défenseurs du multiculturalisme à tenants d’un modèle d’intégration « à la française ». Toutefois, alors que certains intellectuels, comme l’historienne Maboula Soumahoro, défendent sa mise en place, plusieurs initiatives naissent régulièrement au sein de collectifs et d’associations.  

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Pauline Guedj

Pauline Guedj

Installée aux Etats-Unis depuis 2014, Pauline Guedj est journaliste et anthropologue. Elle collabore avec plusieurs journaux en France et aux Etats-Unis pour lesquels elle couvre les actualités culturelles et musicales.
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