De nombreux rassemblements se sont tenus samedi à travers les Etats-Unis pour protester contre les méthodes de la police fédérale de l'immigration (ICE), après le tir mortel de l'un de ses agents contre une femme de 37 ans à Minneapolis.


Dans cette ville du nord du pays, des milliers d'habitants ont bravé le froid (-7 degrés) pour converger dans l'après-midi vers un parc enneigé situé non loin des lieux du drame, scandant le nom de la victime et brandissant des pancartes hostiles à la police fédérale.
Drew Lenzmeier, 30 ans, raconte à l'AFP qu'il a le sentiment de "basculer dans une dictature autoritaire". "Plus personne n'empêche désormais l'administration Trump de tuer des citoyens, de voler et d'enlever des êtres humains. Il est temps que ça s'arrête".
Sur la côte est, à Boston, à plus de 2.000 km de là, Bill Torcaso a lui aussi rejoint d'autres protestataires.
"Le seul principe qui nous unit, c'est l'égalité devant la loi. C'est ce en quoi je crois le plus profondément, et c'est précisément ce que je pense que Trump bafoue en permanence. C’est inacceptable", dit-il.
Derrière le slogan "ICE, out for Good" ("ICE, dehors pour de bon", faisant aussi écho au nom de la victime, Renee Nicole Good), les appels à manifester sont notamment relayés par le mouvement "No Kings", réseau d'organisations de gauche opposées à Donald Trump. D'autres ont été lancés pour dimanche, plusieurs centaines au total sur tout le week-end.
La mort de cette mère de famille américaine, abattue mercredi dans sa voiture, a suscité une forte émotion dans sa ville, bastion démocrate, et au-delà parmi les Américains inquiets des dérives de la lutte contre l'immigration illégale, érigée en priorité nationale.
Samedi matin, trois élues démocrates du Minnesota à la Chambre des représentants se sont rendues dans un bâtiment fédéral de la banlieue de Minneapolis où officie la police de l'immigration, dont Ilhan Omar, figure de la gauche américaine d'origine somalienne.
- "Pas en colère" -
Mais sitôt sont-elles entrées qu'on leur a demandé de partir, ont-elles raconté. "Ce qui s'est passé aujourd'hui est une tentative flagrante d'empêcher des membres du Congrès d'exercer leur mission de contrôle", a déploré Ilhan Omar.
Selon le gouvernement, qui parle d'un acte de "terrorisme intérieur", le policier a tiré en état de légitime défense au moment où Renee Nicole Good tentait de le renverser avec son véhicule.
Mais plusieurs vidéos prises par des témoins circulant depuis mercredi tendent à suggérer que le policier n'est pas réellement menacé par la conductrice lorsque son véhicule part vers l'avant. Elle semble au contraire tenter de l'éviter.
Pour appuyer ses dires, l'administration a relayé vendredi une vidéo prise par l'agent incriminé, Jonathan Ross.
Le clip montre le SUV rouge de la conductrice en travers de la route enneigée tandis que retentissent des sirènes.
Au volant, Renee Nicole Good lance: "Je ne suis pas en colère contre toi" à l'agent, qui fait le tour de la voiture. Lorsque Jonathan Ross passe devant le capot du SUV, elle fait marche arrière, avant d'avancer en tournant, quand des coups de feu retentissent. "Putain de connasse", lâche une voix masculine.
Les élus démocrates déplorent que les enquêteurs locaux aient été écartés des investigations, menées par le FBI.
"C'est le moment de respecter la loi... le fait que le ministère de la Justice de Pam Bondi et cette administration présidentielle soient déjà parvenus à des conclusions sur ces faits est profondément préoccupant", juge le maire de Minneapolis, Jacob Frey.
Selon le média américain The Trace, spécialisé sur les violences par armes à feu, Renee Nicole Good est la quatrième personne tuée par des agents fédéraux de l'immigration depuis le lancement de la politique d'expulsion de l'administration Trump, et sept autres ont été blessées.
Par ailleurs, deux personnes ont été blessées jeudi à Portland (Oregon, nord-ouest) par des tirs de la police fédérale aux frontières lors d'un contrôle routier.

































