

Célèbre pour sa Symphonie n° 3, le compositeur polonais est mort vendredi dernier à 76 ans. Il était hospitalisé depuis septembre à Katowice. Retour sur l'?uvre d'Henryk Miko?aj Górecki, un monument peu connu de l'identité culturelle du pays.
Après la Seconde Guerre mondiale, les compositeurs polonais, victimes de la pression politique, doivent émigrer ou écrire des ?uvres de circonstances. En 1953, la mort de Staline autorise enfin un dégel politique et culturel. Les dogmes du réalisme socialiste disparaissent du monde artistique, libérant les énergies créatrices. Ceci est particulièrement visible dans le milieu musical où se multiplient les oeuvres réinterprétant les avancées des avant-gardes européennes. En 1956, la création de l'Automne de Varsovie contribue à pérenniser le phénomène. Encore aujourd'hui ce festival international de musique contemporaine (organisé fin septembre) est l'un des plus importants au monde.
(Wikicommons - "Studio" Nov/Dec 1993 page 8)
Un pionnier du modernisme musical
Né dans le sud du pays en 1933, Henryk Miko?aj Górecki participe à la naissance de cette Ecole polonaise de musique contemporaine. Le compositeur suit des études musicales à Katowice (il y enseignera par la suite). Au début des années 1960, il termine ses études à Paris où il obtient le 1er prix à la Biennale des Jeunes pour sa Symphonie n°1. A cette époque, Gorecki ne fait pas de compromis: son style, harmoniquement très simple, est déjà caractéristique et extrêmement avant-gardiste. Il est influencé par des compositeurs comme Karlheinz Stockhausen ou Bela Bartok. Ses premières ?uvres se rapprochent aussi du sérialisme de Pierre Boulez, elles évolueront même vers la musique minimaliste.
En 1972, sa Symphonie n°2, "Copernic", composée pour le 500e anniversaire de la naissance de l'astronome, marque une transition vers un style plus classique et mystique. Influencé par sa foi catholique, il commence à créer des ?uvres sacrales extrêmement lyriques. Il se tourne aussi vers la musique populaire et la culture traditionnelle de son pays : "Je suis né en Silésie, c'est une vieille terre polonaise. Mais où il y a toujours eu trois cultures présentes : polonaise, tchèque et allemande. Le folklore, tout les arts, ne connaissait pas les frontières. La culture polonaise est un mélange merveilleux".
Le succès phénoménal de la Symphonie des chants plaintifs
Parmi ses ?uvres les plus connues, on peut citer Cantate, Refrain, Genesis I-III, Trois Pièces dans le style ancien, la Musiquette ou Beatus Vir. Mais Górecki reste un compositeur confidentiel jusqu'au succès tardif de sa Symphonie n° 3 pour orchestre et soprano. Ecrite en 1976, elle se compose de trois mouvements : le premier est une lamentation polonaise du xve siècle, le second chante des invocations à la Vierge Marie retrouvées sur le mur d'une prison de la Gestapo à Zakopane, et le troisième reprend une chanson traditionnelle de la région d'Opole. A l'époque, l'?uvre passe inaperçue.
Pourtant, 15 ans plus tard cette symphonie oubliée devient en quelques semaines l'une des ?uvres de musique contemporaine les plus vendues au monde. En 1992, un nouvel enregistrement est en effet diffusé pour commémorer les victimes de la Shoah: succès immédiat. La Symphonie n°3 touche immédiatement un large public, composé aussi bien de mélomanes que de néophytes. A la demande générale, la radio anglaise Classic FM ne cesse d'émettre des fragments de l'?uvre de Górecki. Celle-ci se trouve en tête des hit-parades anglais et américains et a occupé la cinquième place au palmarès des compositions les plus populaires en Grande-Bretagne en 1993. Elle se vend à plus d'un million d'exemplaires dans le monde entier.
(Rebecca Evabs chante le second mouvement de la Symphonie n°3 pour la journée de la mémoire de l'Holocauste du 27.01.08, extrait)
Les raisons d'un engouement
Le succès populaire d'une composition austère, obstinément répétitive et évoquant les drames de la Seconde Guerre mondiale peut surprendre. Il s'explique par la simplicité et la puissance de l'?uvre. L'accent est mis sur l'émotion. L'importance du folklore dans la musique de Gorecki répond aussi à la mode des "musiques du monde". Enfin, la dimension religieuse de la Symphonie n°3 satisfait un public désireux de vivre une expérience sacrée. La notoriété subite d'Henryk Miko?aj Górecki n'a toutefois pas été suivie d'un intérêt persistant pour le reste de son ?uvre. Le compositeur a d'ailleurs toujours résisté à la tentation d'imiter son succès surprise ou même de vouloir écrire une musique qui réponde aux attentes du public.
CQ (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) lundi 15 novembre 2010




































