Édition internationale

Télé-Québec mise sur la jeunesse et la circulation de ses contenus

Dans la superbe salle du cirque Eloize plongée dans le bleu, les artistes et artisans de Télé-Québec sont installés tout autour de la scène. Pas de longue succession de bandes-annonces ni de catalogue d’émissions récité devant le public : la présentation de la rentrée 2026-2027 prend plutôt la forme d’une conversation.

Hugues Sweeney - Cirque Éloize à MontréalHugues Sweeney - Cirque Éloize à Montréal
Hugues Sweeney, président-directeur général de Télé-Québec, sur la scène du Cirque Éloize à Montréal, lors du lancement de la programmation 2026-2027.
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 28 août 2026

 

La mise en scène traduit la transformation engagée par le média public québécois. Télé-Québec entend bien continuer à éduquer, divertir et faire découvrir, mais veut adapter sa manière de remplir cette mission à des publics désormais dispersés entre la télévision traditionnelle, les plateformes numériques et les réseaux sociaux.

Trois verbes résument cette orientation : propulser (la jeunesse), bousculer (les idées) et amplifier (la culture).

 

Télé-Québec, l’histoire de « l’autre télévision »

 

 

Faire avec les jeunes

Le constat posé durant la matinée est clair : les adolescents n’ont pas cessé de s’intéresser à la culture québécoise. C’est leur relation avec les médias traditionnels qui s’est fragilisée.

Télé-Québec en fait donc son « public de conquête ». Il ne s’agit plus seulement de produire des émissions à leur intention, mais de les associer à leur conception.

Un conseil jeunesse réunissant une douzaine de personnes provenant de différentes régions et de différents milieux accompagne désormais la chaîne. Des adolescents ont également participé à la sélection de projets qui leur seront destinés. Une manière concrète de passer du « faire pour » au « faire avec ».

Cette orientation se retrouvera notamment dans un projet consacré aux élections québécoises, développé avec Urbania, qui donnera la parole aux 15-25 ans sur leurs préoccupations politiques.

Animé par Michelle Furtado, Tag MAMMOUTH réunira pour sa part des personnalités et des jeunes de 15 à 17 ans autour de causes choisies par ces derniers. Le projet numérique MAMMOUTH : le studio poursuivra parallèlement son développement avec une nouvelle cohorte de créateurs.

Télé-Québec veut ainsi laisser les jeunes s’exprimer avec leurs mots, leurs références et sur les plateformes qu’ils fréquentent.

Les enfants demeurent au cœur de la programmation avec le retour de Passe-Partout, qui célébrera ses 50 ans en 2027, mais aussi Les Millimus, Top Cornichon et La langue au chat. Autant de productions qui participent aux premières rencontres des plus jeunes avec une culture francophone créée au Québec.

 

la langue au chat

 

 

Des documentaires qui prolongent la conversation

La volonté de « bousculer les idées » passera notamment par des documentaires consacrés à des sujets sensibles.

Dans Faites du bruit pour Jésus, attendu le 16 octobre, le journaliste Clément Hamelin s’intéressera au retour de l’évangélisme chez certains jeunes. Simon Coutu enquêtera, dans De souche, diffusé le 6 novembre, sur la théorie du « grand remplacement » et sur ceux qui présentent l’immigration comme une menace pour l’identité québécoise.

 

Faites du bruit pour Jésus

 

Philippe Lacroix explorera les nouvelles mécaniques de la notoriété dans Comment devenir connu. Pendant près d’un an, il a testé différentes stratégies afin de comprendre ce que signifie devenir célèbre à l’époque des réseaux sociaux.

Télé-Québec ne veut toutefois plus considérer ces documentaires comme des rendez-vous isolés. Leur diffusion pourra être prolongée par des balados, des contenus courts, des reportages en région, des échanges sur les réseaux sociaux et éventuellement des rencontres avec le public.

L’objectif consiste à créer des espaces où la nuance reste possible. Durant la présentation, les intervenants ont insisté sur la nécessité de sortir des « tranchées » entretenues par les algorithmes, d’écouter les opinions contradictoires et de chercher à comprendre avant de juger.

D’autres productions participeront à cette volonté. Dans Pas gêné, Nicolas Pham confrontera ses propres préjugés. Les psys ouvrira les portes des cabinets de deux psychologues, tandis que Microdose cherchera à mieux outiller le public dans un univers saturé d’informations.

 

 

Aller là où se trouvent les publics

La transformation annoncée concerne aussi la manière de diffuser les contenus. Télé-Québec assume désormais que ses productions doivent pouvoir être découvertes au-delà de sa propre antenne et de ses plateformes.

Plusieurs émissions seront ainsi proposées sur d’autres services québécois dont Crave et Tout.tv. Le média public préfère voir ses productions circuler largement plutôt que de les laisser devenir, selon la formule employée durant la présentation, des « trésors bien cachés ».

Cette stratégie d’« hyperdistribution » s’accompagne d’un partenariat avec le Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle. L’expérimentation portera principalement sur l’expérience du public et la découverte des contenus, plutôt que sur leur création.

L’enjeu est celui de la découvrabilité, auquel sont confrontés tous les médias francophones : comment rendre les œuvres visibles dans un environnement numérique où les recommandations sont largement déterminées par les algorithmes des grandes plateformes?

Pour Télé-Québec, l’intelligence artificielle doit ici servir à rapprocher les productions québécoises de leurs auditoires.

 

Des nouveautés et des visages familiers

La fiction conserve une place importante dans cette programmation. Qui a éclaboussé le ministre?, avec notamment Chantal Fontaine et Isabeau Blanche, prolongera l’univers déjanté de Qui a poussé Mélodie?.

Pénélope partout, portée notamment par Daphné Côté-Hallé, prendra la forme d’une comédie romantique noire. À Noël, Géants, avec Juliette Gariépy, reviendra dix ans après le mouvement #MoiAussi sur ses effets et ses limites.

Les fêtes verront également arriver Fanny – la série, adaptation de l’univers de Stéphanie Lapointe, avec notamment Adélaïde Schoofs et Hubert Proulx. Durant l’hiver 2027, Josée Deschênes et Marilyn Castonguay seront réunies dans C’est beau pareil.

Le public retrouvera par ailleurs plusieurs rendez-vous bien établis, dont Curieux Bégin, Pour une fois, Piano public, Les temps fous, Deux hommes en or, Y’a du monde à messe, Génial! et Dans les médias, qui soulignera sa dixième saison.

La programmation automnale sera accessible en ligne à compter du 7 septembre.

 

Retisser le lien

Pour Télé-Québec, l’enjeu de cette rentrée dépasse donc le lancement de quelques émissions. Il s’agit de préserver la place d’un média public québécois dans un paysage où les habitudes se fragmentent et où les jeunes choisissent eux-mêmes leurs écrans, leurs créateurs et leurs rendez-vous.

En les associant davantage à ses décisions, en faisant circuler ses productions hors de ses propres espaces et en transformant certains documentaires en conversations, Télé-Québec tente de retisser ce lien.

Reste maintenant à voir si cette stratégie lui permettra de rejoindre une génération qui ne regarde peut-être plus la télévision comme ses parents, mais qui continue de chercher des histoires, des repères et des espaces pour comprendre le Québec dans lequel elle grandit.

 

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