Édition internationale

À Châteauguay, Plan d’ensemble veut donner sa place au cinéma indépendant

À Châteauguay, Sandra Cerdeline et Philippe Sévigny construisent depuis trois ans un festival à leur image : indépendant, interculturel et ouvert aux cinéastes qui n’ont pas toujours accès aux grands circuits. Avec Plan d’ensemble, les deux professionnels de l’audiovisuel veulent aller au-delà de la simple projection de films et créer un véritable lieu de rencontre entre ceux qui font le cinéma.

Sandra Cerdeline et Éric Allard, maire de ChâteauguaySandra Cerdeline et Éric Allard, maire de Châteauguay
Sandra Cerdeline et Éric Allard, maire de Châteauguay, coupent le ruban inaugural de la première édition du Festival Plan d’ensemble, en 2024. Photo de courtoisie
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 22 août 2026

 

 

La troisième édition, qui se tiendra du 18 au 20 septembre, doit franchir une nouvelle étape. Une cinquantaine de productions ont été retenues, dont 33 provenant du Canada, aux côtés de films venus notamment de France, des États-Unis, de Turquie, du Portugal, d’Italie, d’Ukraine et du Brésil. Courts métrages, documentaires, animation, cinéma étudiant, œuvres engagées ou à vocation écologique composeront cette programmation.

 

Un festival né de deux cinéastes indépendants

Sandra Cerdeline vient du journalisme, mais c’est finalement vers le cinéma qu’elle s’est tournée. « Je pouvais exprimer mon ressenti », explique-t-elle. Cinéaste indépendante depuis 2017, elle a également lancé en 2016 un média consacré à la diversité avant de poursuivre son parcours dans la production et la réalisation audiovisuelle.

Avec Philippe Sévigny, son collaborateur de longue date, elle a produit plusieurs œuvres. Tous deux vivent et travaillent en Montérégie. Il y a quatre ans, ils se sont interrogés sur ce qu'ils pouvaient apporter à leur territoire à partir de leur expérience du cinéma. Sandra Cerdeline a notamment participé en 2024 aux travaux entourant la politique culturelle de Châteauguay.

De cette réflexion est née l’idée de Plan d’ensemble. Leur constat était simple : derrière les films se trouvent quantité de créateurs indépendants — scénaristes, réalisateurs, techniciens, comédiens, directeurs photo — dont le travail demeure souvent dans l’ombre. Les étudiants, particulièrement, peuvent avoir beaucoup de mal à montrer leurs premières réalisations une fois leurs études terminées.

 

 

 

Faire se rencontrer ceux qui font les films

C’est là que Plan d’ensemble veut se distinguer. Philippe Sévigny et Sandra Cerdeline ne souhaitent pas uniquement remplir une salle et enchaîner les projections. Leur ambition est de provoquer des rencontres entre réalisateurs, producteurs, techniciens et public, et de permettre à des collaborations de naître autour des films.

Lors des projections, les représentants des œuvres présentes peuvent ainsi venir raconter leur projet, les difficultés rencontrées pendant le tournage ou les choix qui ont accompagné sa réalisation. Quelques minutes qui permettent de remettre des personnes derrière les images et de faire du festival un espace d’échange professionnel autant que culturel.

Cette approche commence, selon les fondateurs, à porter ses fruits. Des cinéastes reviennent d’une édition à l’autre, certains deviennent à leur tour producteurs et de nouveaux projets émergent des rencontres effectuées pendant le festival.

« On voulait créer un festival indépendant qui unit tous les créateurs »

 

Les étudiants ne sont pas là pour faire de la figuration

La place réservée aux étudiants est l’un des éléments auxquels les organisateurs tiennent particulièrement. Et Philippe constate une progression spectaculaire de la qualité des films reçus depuis la première édition.

Au point, racontent-ils, que le jury de cette troisième édition aura du mal à distinguer, sur le seul critère de la qualité, certaines productions étudiantes de films présentés dans les catégories nationales. Une évolution qui conforte les fondateurs dans leur volonté de donner une véritable place aux cinéastes émergents.

Le festival accompagne aussi cette reconnaissance par des prix et des bourses. Des partenaires mettent notamment à disposition des lauréats des sommes ou des crédits de location de matériel professionnel. Une aide concrète pour des créateurs qui ont souvent davantage besoin d’une caméra, d’objectifs ou d’équipement de tournage que d’un simple trophée posé sur une étagère.

 

Programmation de la 3e édition (18-20 septembre 2026)

 

Une cinquantaine de films et une douzaine de prix

Pour cette troisième édition, une cinquantaine de films seront projetés. Le Canada occupera une place importante avec 33 œuvres retenues. La sélection internationale apportera quant à elle des regards venus de plusieurs pays.

Les œuvres concourront dans différentes catégories : courts métrages nationaux et internationaux, films étudiants, animation, productions à vocation écologique ou encore films engagés sur des enjeux sociaux. Une douzaine de prix doivent être décernés.

Le festival fonctionne sur le principe de la contribution volontaire plutôt que sur celui d’un billet d’entrée traditionnel. Pour ses premières éditions, les organisateurs estiment qu’environ 500 personnes ont participé aux différentes activités. Un résultat encourageant pour une manifestation encore jeune et largement portée par le bénévolat et l’investissement personnel de ses fondateurs.

 

Quand le cinéma rencontre les autres arts

Plan d’ensemble veut également décloisonner le septième art. Cette année, la programmation s’ouvre à d’autres formes de création, avec notamment un défilé de mode, la présence d’auteurs et une œuvre participative de Sophie Stella Boivin. L’artiste québécoise, spécialisée dans les œuvres de grand et très grand format, place régulièrement la participation du public au cœur de son processus de création.

À l’entrée du festival, chacun pourra ainsi laisser son empreinte sur une toile appelée à évoluer au fil des rencontres. Une manière très concrète d’illustrer cette conception de « l’art intégré » défendue par les organisateurs, où le cinéma dialogue avec la littérature, les arts visuels, la mode et les autres disciplines qui contribuent, elles aussi, à la création d’un univers cinématographique.

Cette volonté de favoriser les échanges se prolongera dans un espace médiatique où cinéastes, exposants et visiteurs pourront partager leurs impressions. Les équipes des films en compétition seront également invitées à venir présenter leur travail et à échanger directement avec le public.

 

Un festival sans papier

Une autre particularité de Plan d’ensemble se trouve moins sur l’écran que dans son organisation. Philippe Sévigny et Sandra Cerdeline revendiquent un festival écoresponsable : documentation numérique, échanges dématérialisés avec les équipes et volonté de réduire au maximum les déchets liés à l’événement.

« Aucun papier », insiste Sandra Cerdeline. Ce choix représente à la fois une contrainte organisationnelle et une manière de démontrer qu’un jeune festival peut intégrer dès sa conception des pratiques plus responsables.

Cette dimension environnementale se retrouve d’ailleurs dans la programmation, avec une catégorie consacrée aux films à vocation écologique.

 

Affiche

 

De Châteauguay vers d’autres communautés francophones

Châteauguay doit rester le port d’attache de Plan d’ensemble. C’est là que les fondateurs souhaitent maintenir le rendez-vous principal annuel du festival, avec sa programmation, ses compétitions et ses remises de prix. Mais entre deux éditions, Sandra Cerdeline et Philippe Sévigny imaginent déjà une façon de faire vivre Plan d’ensemble bien au-delà de sa ville d’origine.

Leur projet est de développer progressivement des festivals satellites dans d’autres municipalités, qui viendraient ponctuer l’année tout en restant rattachés à l’événement principal de Châteauguay. Des marques d’intérêt ont déjà été exprimées, notamment à Lachute, au Québec, et à Rockland, en Ontario. À terme, les fondateurs aimeraient ainsi voir Plan d’ensemble présent dans plusieurs villes au cours d’une même année, sans pour autant déplacer son festival principal.

Cette formule permettrait également d’élargir le réseau du festival et de rejoindre de nouveaux publics, notamment au sein des communautés francophones. Elle correspond à la dimension interculturelle que Sandra et Philippe placent au cœur du projet : faire circuler les œuvres et les créateurs, multiplier les rencontres et créer des passerelles entre des communautés et des territoires différents.

 

Faire avant d’attendre

Pour l’instant, Plan d’ensemble demeure largement une aventure bénévole. Les deux fondateurs investissent du temps, de l’énergie et leurs propres ressources dans un projet dont ils espèrent progressivement élargir les partenariats et le rayonnement.

Ils ne veulent cependant pas attendre que toutes les conditions soient réunies pour avancer. Leur philosophie consiste plutôt à construire, édition après édition, puis à laisser les institutions et partenaires rejoindre le projet lorsqu’ils en percevront le potentiel.

« Nous faisons ce que nous avons à faire », résume Sandra Cerdeline.

Une formule qui pose aussi une question plus large. Combien de temps un projet culturel doit-il faire ses preuves, souvent grâce au bénévolat et aux fonds personnels de ceux qui le portent, avant de trouver les soutiens nécessaires à son développement ? Avec sa troisième édition, Plan d’ensemble entend montrer qu’un public, des créateurs et une dynamique sont déjà là. Reste maintenant à savoir qui choisira de rejoindre l’aventure.

 

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