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Le paradigme de Westminster : ce système politique qui déroute souvent les Français

Derrière les événements politiques récents au Québec se cache un cadre institutionnel ancien, discret, mais déterminant : le paradigme de Westminster. Hérité du Royaume-Uni et partagé par plusieurs pays du Commonwealth, ce modèle parlementaire structure profondément la manière dont le pouvoir s’exerce — et se transmet — au Québec. Un fonctionnement qui tranche nettement avec les réflexes politiques français.

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Du Palais de Westminster à Québec : un même modèle parlementaire, fondé sur la primauté du Parlement. - Illustration LPJ
Écrit par Lepetitjournal Montréal
Publié le 16 janvier 2026

 

 

Un pouvoir qui naît du Parlement, pas d’une élection directe

Au cœur du Paradigme de Westminster se trouve une idée simple : le pouvoir exécutif est issu du Parlement et lui demeure en permanence redevable. Le premier ministre n’est pas élu directement par les citoyens. Il est le chef du parti — ou de la coalition — qui réunit une majorité de députés à l’Assemblée.

Cette logique explique pourquoi un gouvernement peut tomber sans élection générale, à la suite d’un vote de défiance, mais aussi pourquoi il peut se maintenir même lorsque son chef se retire partiellement de la scène politique. Ce n’est pas l’homme qui fonde le pouvoir, mais la majorité parlementaire.

 

Pourquoi parle-t-on du « système de Westminster » ?

Le paradigme (ou système) de Westminster tire son nom du Palais de Westminster, à Londres, où siège le Parlement du Royaume-Uni. C’est là que s’est progressivement construit, entre le XVIIᵉ et le XIXᵉ siècle, un modèle parlementaire fondé sur la souveraineté du Parlement et la responsabilité du gouvernement devant la chambre élue. Exporté dans les pays du Commonwealth, dont le Canada, ce système a été adapté localement, mais il conserve ce principe fondateur : le pouvoir émane du Parlement, pas d’un chef élu au sommet de l’État.

 

Le Palais de Westminster
Le Palais de Westminster, à Londres, où siège le Parlement du Royaume-Uni.

 

 

Un chef de l’État présent… mais politiquement effacé

Autre particularité du système de Westminster : la distinction nette entre chef de l’État et chef du gouvernement. Au Québec, le chef de l’État est le souverain du Canada — aujourd’hui Charles III — représenté localement par le lieutenant-gouverneur.

Dans les faits, ce chef de l’État n’intervient pas dans la conduite politique quotidienne. Son rôle est essentiellement symbolique et constitutionnel : sanction des lois, nomination formelle du gouvernement, garantie de la continuité de l’État. Le pouvoir réel, lui, s’exerce à l’Assemblée nationale du Québec et au sein du Conseil des ministres.

 

Un modèle largement partagé

Né au Royaume-Uni, le paradigme de Westminster s’est diffusé bien au-delà de Londres. On le retrouve aujourd’hui au Royaume-Uni, où il est né, mais aussi au Canada et dans ses provinces, ainsi qu’en Australie et en Nouvelle-Zélande. Des pays comme l’Inde ou plusieurs États des Caraïbes et du Pacifique en ont également adopté les principes. Tous partagent un même socle : un gouvernement issu du Parlement et responsable devant lui, même si chaque pays a adapté le modèle à sa propre histoire politique.

 

 

Une logique majoritaire assumée

Le paradigme de Westminster repose également sur une culture politique majoritaire. Le parti arrivé en tête forme le gouvernement et contrôle largement l’agenda législatif. L’opposition, clairement identifiée, joue un rôle de contrepoids, mais rarement de co-gestion.

Cette architecture favorise la stabilité et la lisibilité de l’action gouvernementale, au prix parfois d’un pouvoir très concentré entre les mains de l’exécutif. Elle explique aussi la forte discipline de parti observée dans les parlements de type Westminster, où les députés votent presque toujours en bloc.

 

Pourquoi la comparaison avec la France est trompeuse

Pour un observateur français, le système de Westminster peut sembler déroutant. La Ve République repose sur une logique inverse : le pouvoir s’incarne, d’abord dans un président élu au suffrage universel direct, puis dans un Premier ministre qui tire sa légitimité de cette élection.

En France, la séparation entre l’homme, le parti et l’État est beaucoup plus difficile à concevoir. Une transition longue, progressive, sans rupture visible — courante dans les systèmes de Westminster — serait immédiatement perçue comme une crise politique.

 

Une clé pour comprendre la politique québécoise contemporaine

Comprendre le paradigme de Westminster, c’est comprendre pourquoi la politique québécoise fonctionne souvent sur un tempo différent de celui de la France. Les transitions y sont plus institutionnelles que spectaculaires, plus procédurales que personnalisées.

Dans un monde politique de plus en plus dominé par l’incarnation et l’urgence médiatique, ce vieux modèle britannique continue de produire ses effets : parfois frustrant, souvent mal compris, mais remarquablement résilient.

 

Gouverner autrement

À l’heure où les démocraties cherchent un nouvel équilibre entre stabilité et renouvellement, le paradigme de Westminster rappelle qu’il existe d’autres manières d’exercer le pouvoir — moins centrées sur les individus, davantage ancrées dans les institutions. Reste à savoir si cette culture politique saura continuer à convaincre à l’ère de l'hyper personnalisation du débat public.

 

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