Lorsqu'une entreprise québécoise envisage une implantation en France ou qu'une PME française cherche à se développer en Amérique du Nord, il y a de fortes chances qu'Élodie Relier soit impliquée à un moment du processus. Revenue à Montréal à l'été 2025 après plusieurs années aux États-Unis, la directrice de Business France Canada est devenue l'une des interlocutrices privilégiées des entreprises qui souhaitent développer des projets entre la France et le Canada.


Une vocation née de l'international
Bien avant d'arriver au Canada, Élodie Relier avait déjà les yeux tournés vers l'Amérique du Nord.
Originaire de Limoges, elle choisit très tôt le commerce international et multiplie les stages aux États-Unis durant ses études. Boston, San Francisco, New York : ces expériences forgent une conviction qui ne la quittera plus.
« J'ai toujours été très attirée par les stratégies internationales »
Son stage de fin d'études au sein des anciennes Missions économiques françaises à New York lui permet de découvrir un univers qui deviendra rapidement le sien. En 2009, elle rejoint l'agence alors connue sous le nom d'Ubifrance et débute à Londres dans les équipes export.
Six années plus tard, l'Amérique du Nord la rappelle.
De Montréal à Chicago, puis retour au Québec
Élodie arrive à Montréal en 2013. Pendant sept ans, elle accompagne les entreprises françaises dans leurs projets d'exportation avant de rejoindre Chicago en 2020 pour prendre la tête des activités Invest de Business France sur plusieurs secteurs industriels. La mission change de sens.
Cette fois, il ne s'agit plus d'aider les entreprises françaises à conquérir des marchés étrangers, mais de convaincre des entreprises nord-américaines d'investir en France.
À l'été 2025, elle revient à Montréal avec un nouveau mandat. En plus de conserver ses responsabilités dans les activités Invest, elle reprend la direction du bureau montréalais et devient le relais canadien de la direction nord-américaine de Business France.
Une fonction qui l'amène à naviguer en permanence entre Montréal, Toronto, Ottawa, Vancouver et les différents partenaires français présents au pays.
Vendre la France
Le métier d'Élodie Relier consiste à faire choisir la France.
Lorsqu'une entreprise québécoise, canadienne ou américaine envisage de s'implanter en Europe, plusieurs destinations sont généralement sur la table. L'Allemagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni ou la France se retrouvent en concurrence.
C'est à ce moment que Business France intervient.
L'agence publique accompagne les dirigeants dans leur réflexion, leur présente les avantages du marché français, facilite les démarches administratives et mobilise les partenaires régionaux capables d'accueillir leur projet.
L'objectif est simple : créer ou maintenir des emplois en France.
« Il n'y a pas de petit projet »
Cela peut être une jeune pousse technologique qui rejoint Station F à Paris ou une toute jeune entreprise qui ouvre sa première filiale européenne comme un grand groupe industriel qui investit plusieurs dizaines de millions d'euros dans un nouveau site de production.
Une équipe répartie sur tout le continent
Le bureau montréalais de Business France compte une quinzaine de collaborateurs. Pourtant, les équipes qu'Élodie Relier dirige au quotidien se trouvent parfois à plusieurs milliers de kilomètres.
Depuis plusieurs années, Business France a adopté une organisation nord-américaine structurée par secteurs d'activité plutôt que par pays. Les spécialistes de l'aéronautique, de la santé, des biotechnologies ou des industries manufacturières travaillent ainsi en réseau depuis Montréal, Toronto, Chicago, New York, Boston, Houston et Los Angeles.
Cette organisation reflète les réalités économiques du continent. « Les corridors d'affaires sont très nord-sud », explique-t-elle. « Le Québec est naturellement connecté à la Nouvelle-Angleterre. L'Ontario travaille avec le Midwest. L'Ouest canadien échange beaucoup avec la côte Ouest américaine. »
Pour les entreprises, les frontières administratives comptent souvent moins que les chaînes d'approvisionnement et les réseaux industriels.
Un Canada en pleine évolution
Dans un contexte où les entreprises cherchent à diversifier leurs marchés au-delà des États-Unis, le Canada occupe une place croissante dans la stratégie économique française. Les accords de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne (CETA), mais aussi entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM), favorisent l'émergence de nouvelles opportunités dans des secteurs comme la défense, l'énergie, le ferroviaire, les deeptech, les matériaux critiques ou encore la santé.
Si le Québec demeure un marché majeur pour la France, le potentiel de croissance est également important dans le Canada anglophone. Business France accompagne cette évolution à travers ses stratégies « Go West » et « Beyond Québec » qui visent à renforcer ses actions notamment en Ontario et dans l'Ouest canadien.
La force du collectif
Au fil de l'entretien, un mot revient constamment : partenariat. Élodie insiste sur l'importance de ce qu'elle appelle la « Team France ». Une expression qui désigne l'ensemble des acteurs français engagés dans le développement des relations économiques avec le Canada.
Le dispositif économique France–Québec
Chaque semaine, elle échange ainsi avec les équipes consulaires et économiques françaises. Elle travaille également avec les chambres de commerce, les Conseillers du commerce extérieur, le réseau de la French Tech, les réseaux d'innovation et d'entrepreneuriat français présents au Canada ou encore les autorités locales, ses homologues québécois et canadiens.
Cette coopération se traduit concrètement par l'organisation de missions commerciales, de forums économiques, de délégations d'entreprises ou encore de rencontres sectorielles réunissant entrepreneurs français et canadiens. Comme le rappelle Élodie :
« Nous avons chacun nos missions, mais l'idée est de faire les choses ensemble »
Dans cet univers où les entreprises naviguent entre plusieurs interlocuteurs, son rôle consiste souvent à orienter les dirigeants vers les bonnes personnes et à faire travailler les différents acteurs dans la même direction.
Le Canada comme point d'ancrage
Après Londres, Montréal et Chicago, Élodie Relier pourrait facilement poursuivre sa carrière ailleurs. Pourtant, elle a choisi le Canada.
Devenue citoyenne canadienne en 2018, elle y a construit sa vie familiale. Son mari, d'origine marocaine, l'a suivie dans ses différentes affectations. Leur fils est né au Québec avant de passer plusieurs années aux États-Unis.
Aujourd'hui, le retour à Montréal ressemble davantage à un choix de vie qu'à une simple étape professionnelle. « Nous sommes très contents d'être revenus », confie-t-elle.
Elle retrouve une ville qu'elle juge toujours aussi dynamique, même si elle a changé pendant son absence. Une ville à l'image de son métier : ouverte sur le monde, traversée de multiples influences et capable de faire se rencontrer des univers différents.
Une définition qui pourrait aussi résumer son propre parcours.
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