Dans les locaux du CEIM, en marge d’ALL IN, plus de 200 participants ont échangé avec Mistral AI sur la souveraineté numérique et les liens technologiques France–Québec.


« Nous voulons que nos clients restent maîtres de leur destin numérique. » - Kevin Samson, Mistral AI
Devant une salle comble, Kevin Samson, responsable de Mistral AI au Canada, a résumé en une phrase le positionnement que l’entreprise française entend défendre sur le marché nord-américain.
Organisée le 16 septembre dans les locaux du Centre d’entreprises et d’innovation de Montréal (CEIM), la soirée « Connexions France–Québec » se tenait en marge d’ALL IN, grand rendez-vous montréalais consacré à l’intelligence artificielle. Elle a réuni entrepreneurs, investisseurs et acteurs de l’innovation venus prolonger les échanges de la journée dans un format plus directement tourné vers les relations entre la France et le Québec.
Porté par la French Tech Montréal et Business France, avec la participation de la Chambre de commerce et d’industrie française au Canada et du Consulat général de France à Montréal, l’événement ouvrait également la rentrée de la communauté technologique française à Montréal.

Plus de 200 occasions de créer des liens
Nouvellement labellisée, la communauté French Tech Montréal ouvrait avec cette rencontre une nouvelle étape de son développement. Sa présidente, Elsa Lebey, a invité les participants à ne pas seulement multiplier les contacts professionnels, mais à créer de véritables « connexions humaines » entre les deux rives de l’Atlantique.
Plus de 200 personnes s’étaient inscrites à cette soirée, parmi lesquelles plusieurs délégations françaises venues au Québec à l’occasion d’ALL IN. Pour ces entreprises, le rendez-vous offrait une occasion de prolonger leur découverte de l’écosystème montréalais et de rencontrer de possibles partenaires locaux.

Cette soirée marquait aussi l’une des premières prises de parole publiques de Mathilde Grammont depuis son entrée en fonction comme consule générale de France à Montréal, le 1er septembre. Devant les acteurs de l’innovation réunis au CEIM, elle a inscrit les technologies au cœur de la relation franco-québécoise.
Elle a notamment rappelé la place occupée par Montréal dans la recherche et le développement en intelligence artificielle, ainsi que l’importance des pôles québécois spécialisés dans les technologies quantiques. Des secteurs qui, avec l’aéronautique, la santé, l’énergie ou les matériaux critiques, ouvrent de nouveaux terrains de coopération entre la France et le Québec.

Fayssal Majid, représentant de Business France, a ensuite rappelé la vocation de l’agence publique : accompagner les entreprises françaises qui souhaitent explorer le marché canadien et y développer leurs activités. Il a notamment évoqué les délégations présentes à Montréal, venues découvrir l’écosystème québécois et nouer leurs premiers contacts.
Cette mission est menée avec les autres membres de la « Team France », dont la French Tech Montréal et la Chambre de commerce et d’industrie française au Canada. Une coopération que la soirée permettait de traduire concrètement en rencontres.

Pourquoi Mistral AI a choisi Montréal
La conversation centrale de la soirée réunissait Kevin Samson et Estelle Azemard, dirigeante de LeaseWeb Canada et conseillère du commerce extérieur de la France. L’échange a permis de revenir sur le choix de Mistral AI d’installer à Montréal son premier bureau canadien.
Après son implantation aux États-Unis, l’entreprise française a constaté, selon Kevin Samson, une demande croissante des organisations canadiennes pour des solutions différentes de celles proposées par les grands acteurs américains. Montréal s’est alors imposée par la qualité de son écosystème scientifique, ses talents et les liens déjà noués entre le Québec et l’Europe.
Cette implantation intervient aussi dans un contexte géopolitique mouvant. Gouvernements et entreprises cherchent désormais à mieux contrôler l’hébergement de leurs données, les modèles qu’ils utilisent et les infrastructures dont ils dépendent.
Mais la souveraineté numérique ne se limite pas à l’emplacement d’un serveur. Elle suppose toute une chaîne de valeur : une énergie disponible, des capacités de calcul, des talents, des laboratoires de recherche et des entreprises capables de transformer ces technologies en applications concrètes.
Une IA utile plutôt qu’une IA de façade
Pour Kevin Samson, adopter l’intelligence artificielle ne peut pas constituer une fin en soi. « On ne fait pas de l’IA pour faire de l’IA », a-t-il insisté. Une entreprise doit d’abord identifier un processus à transformer, des gains d’efficacité à obtenir ou une nouvelle source de revenus à créer avant de choisir le modèle et l’infrastructure nécessaires.
Mistral AI défend dans cette perspective des modèles adaptables, pouvant être déployés dans différents environnements et laissant aux organisations davantage de contrôle sur leurs données et leur propriété intellectuelle. Une manière de se différencier dans un marché dominé par quelques géants technologiques.
L’entreprise française n’écarte pourtant pas les partenariats avec ces mêmes acteurs. Kevin Samson assume une logique de coopération et de concurrence selon les projets, estimant que les grandes organisations continueront vraisemblablement à travailler avec plusieurs fournisseurs plutôt qu’à dépendre d’une solution unique.

Les questions du public ont cependant rappelé les défis encore à relever au Canada, notamment l’accès local aux capacités de calcul nécessaires pour faire fonctionner les modèles les plus exigeants. Entre volonté de souveraineté, besoins énergétiques et dépendance à certaines infrastructures étrangères, le chantier reste largement ouvert.
Une rentrée réussie, et maintenant ?
En donnant rendez-vous dans les locaux du CEIM aux acteurs français et québécois de l’innovation, la French Tech Montréal a réussi sa rentrée. L’organisation de cette soirée mérite d’être saluée : les échanges ont dépassé le simple réseautage pour faire émerger des enjeux concrets, de la souveraineté numérique à l’implantation des entreprises.
Reste désormais à transformer ces « connexions humaines » en collaborations durables. Quels projets, quels accompagnements et quels nouveaux ponts la French Tech Montréal mettra-t-elle en place entre les deux écosystèmes ? La soirée du 16 septembre a créé un élan. La suite permettra d’en mesurer la portée.
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