Édition internationale

À Montréal, les V.I.E français célèbrent l’IA… sans oublier l’humain

Au Club Saint-James de Montréal, jeunes V.I.E, entreprises et acteurs de la relation franco-canadienne se sont retrouvés pour une soirée où l’intelligence artificielle a servi de fil rouge. Mais derrière les sept prix remis, c’est surtout une certaine idée de la mobilité, de l’innovation et des rencontres humaines qui s’est dessinée.

Photo de famille des lauréats et organisateurs du Grand Prix V.I.E Canada 2026, au Club Saint-James de Montréal, le 18 septembre.Photo de famille des lauréats et organisateurs du Grand Prix V.I.E Canada 2026, au Club Saint-James de Montréal, le 18 septembre.
Photo de famille des lauréats et organisateurs du Grand Prix V.I.E Canada 2026, au Club Saint-James de Montréal, le 18 septembre. Photos LPJ
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 20 septembre 2026

 

« Le V.I.E., c’est vraiment la meilleure idée française. » — Frédéric Rossi, directeur Amérique du Nord de Business France

 

 

Au Club Saint-James de Montréal, Caroline Codsi donne pourtant d'emblée à la soirée un ton moins institutionnel. La maîtresse de cérémonie prévient : le DJ a reçu pour consigne d'interrompre les discours qui s'éternisent. Un cocktail attend les invités, il faudra faire court.

Derrière cette soirée, Mélanie Boude, en charge du programme V.I.E pour le Canada chez Business France, et Julia Roubineau, présidente du Club V.I.E Canada. L'une pilote le dispositif, l'autre anime sa communauté sur le terrain. Autour d'elles, jeunes Français en mission, dirigeants et acteurs de la communauté d'affaires franco-canadienne remplissent la salle.

Sur scène, quatre V.I.E et trois entreprises seront récompensés. Mais, ce jeudi 18 septembre, les trophées servent surtout de prétexte à raconter ce que devient cette expérience professionnelle internationale à l'heure de l'intelligence artificielle.

 

Hélène Farnaud-Defromont, ambassadrice de France au Canada
Hélène Farnaud-Defromont, ambassadrice de France au Canada

 

 

La nouvelle ambassadrice de France choisit Montréal pour son premier déplacement

La première à mettre à l’épreuve la consigne de brièveté est Hélène Farnaud-Defromont. La nouvelle ambassadrice de France au Canada n'est dans le pays que depuis une quinzaine de jours et effectue à Montréal son premier déplacement depuis son arrivée.

Elle choisit de ne pas commencer par des chiffres mais par un souvenir personnel. Quelques jours auparavant, en remettant ses lettres de créance, elle a retrouvé Louise Arbour, figure qui l'avait marquée lorsqu'elle était jeune diplomate. Elle évoque aussi Madeleine Albright et une époque où les femmes occupant des responsabilités internationales étaient encore peu nombreuses.

Le détour finit par ramener la salle à l'actualité. Dans un monde qu'elle décrit comme devenu particulièrement compliqué, l'ambassadrice défend le dialogue et le travail patient de la diplomatie : chercher des convergences entre des pays dont les histoires et les intérêts diffèrent.

Puis elle s'adresse directement aux jeunes présents.

Ils sont environ 850 V.I.E au Canada, accueillis dans quelque 300 filiales françaises. Partir, rappelle-t-elle, suppose d'accepter une expatriation, un nouvel environnement professionnel et parfois un pays que l'on connaît peu. « Bravo pour cette démarche », leur lance-t-elle.

Et le moment lui paraît particulièrement bien choisi. Elle évoque le rapprochement en cours entre le Canada, la France et l'Union européenne et invite les jeunes à observer ce qui se joue autour d'eux : « Ça peut être le début de quelque chose de nouveau. »

Le DJ, finalement, l'a laissée terminer.

 

Jean-Paul Mulot et Frédéric Rossi
Jean-Paul Mulot et Frédéric Rossi

 

« L’IA, c’est mon copilote »

Après Jean-Paul Mulot, venu parler du développement des relations économiques entre les Hauts-de-France et le Canada, puis Frédéric Rossi, directeur Amérique du Nord de Business France, place aux V.I.E.

Cette année, pas de long dossier à défendre. Les candidats devaient répondre en vidéo, en deux minutes maximum, à une question : comment l'intelligence artificielle impacte-t-elle votre mission ? Pertinence, exemples concrets, originalité et clarté du message étaient évalués par le jury.

Les réponses racontent finalement beaucoup du travail quotidien de cette génération.

Chez Airbus Canada à Mirabel, Fanny Guilloux compare l'IA aux systèmes d'un avion : « C'est mon copilote au quotidien. » Elle l'utilise pour traiter des données, rédiger ou formaliser des courriels et des comptes rendus, traduire ou encore créer des outils pour les équipes. Mais le message qui lui vaut le Prix Coup de cœur est ailleurs : la machine accélère, l'humain décide.

À Vancouver, Julien Sacko est allé plus loin. Dans son travail en cybersécurité, il a initié un système permettant à l'IA de réaliser une première analyse des alertes. Neuf rapports sur dix, explique-t-il, peuvent désormais être validés par les analystes sans réécriture. Moins de temps à vérifier, davantage à enquêter. Son projet lui vaut le Prix Innovation IA V.I.E.

 

Michel Vann, Julien Sacko et Fanny Guilloux
Michel Vann, Julien Sacko et Fanny Guilloux

 

Michel Vann, développeur en transformation numérique chez Audensiel Canada et lauréat du Prix Créativité, insiste au contraire sur la nécessité de conserver une distance critique. L'IA peut gagner du temps, mais aussi se tromper. Pour lui, l'enjeu reste l'équilibre entre technologie, compétences personnelles et interactions humaines.

Trois métiers, trois usages de l'IA et, finalement, une même prudence : aucun des lauréats ne présente la technologie comme un substitut à son propre travail.

 

 Caroline Codsi, Alban Sarfati et Julia Roubineau
 Caroline Codsi, Alban Sarfati et Julia Roubineau

 

Sortir aussi de sa bulle

Le quatrième prix fait alors sortir la soirée du strict cadre professionnel.

Arrivé à Montréal fin 2024, Alban Sarfati, analyste quantitatif chez BNP Paribas, raconte avoir découvert une difficulté familière à beaucoup de nouveaux arrivants : rencontrer du monde.

« On est de plus en plus connecté [...] mais dans la vraie vie, les rencontres se font quand même beaucoup moins naturellement qu'avant » - Alban Sarfati

Il développe alors BubbleOut, une application permettant de proposer une sortie ou de rejoindre celle de quelqu’un d’autre : volleyball, jeux de société ou simplement activité de quartier. Son objectif : « sortir de sa bulle » et lutter, à son échelle, contre la solitude. Le Club V.I.E Canada, présidé par Julia Roubineau, avait déjà organisé une activité avec lui. C’est elle qui lui remet cette fois le Prix Gagnant V.I.E — accompagné d’un séjour pour deux à Punta Cana ou Cancún. Les réactions dans la salle montrent que le prix ne laisse personne indifférent. 

 

Les représentantes de Sanofi, Audensiel et Fruggr 
Les représentantes de Sanofi, Audensiel et Fruggr 

 

Les entreprises ont ensuite leur tour : Sanofi reçoit le Prix Grand Groupe, Audensiel le Prix PME et Fruggr le Coup de cœur entreprise. Trois distinctions qui récompensent notamment la façon dont elles intègrent l'intelligence artificielle et font évoluer les missions confiées aux jeunes.

 

 

Montréal, point de ralliement des V.I.E au Canada

Derrière les applaudissements et les chèques géants, les chiffres donnent une autre dimension à la soirée.

Le V.I.E fête cette année ses 25 ans. Plus de 130 000 jeunes sont partis à l'étranger grâce au dispositif depuis sa création et plus de 11 500 sont actuellement en mission dans le monde, rappelle Frédéric Rossi. Au Canada, Montréal concentre près des trois quarts des quelque 850 volontaires présents dans le pays.

Business France estime pourtant le potentiel encore largement inexploité : environ 1 500 filiales françaises sont implantées au Canada tandis que quelque 50 000 candidats sont inscrits sur la plateforme V.I.E, avec l'Amérique du Nord parmi les destinations recherchées.

Lorsque les sept lauréats se retrouvent finalement sur scène pour la photo de famille, les prix ne racontent déjà plus qu’une partie de la soirée.

Caroline Codsi et David Diep
La MC et le DJ, un duo complice : à l’une les discours, à l’autre le soin de les garder courts.

 

Caroline Codsi peut enfin libérer son public. Le DJ reprend ses droits et les conversations se déplacent vers le cocktail. Business France et le Club V.I.E ont récompensé quatre jeunes et trois entreprises ; mais pendant quelques heures, le Club Saint-James aura surtout ressemblé à ce que le dispositif cherche précisément à construire : un lieu où ceux qui arrivent au Canada rencontrent ceux qui y entreprennent déjà — et commencent à imaginer la suite.


 

 

 

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