Elizabeth II et le Canada : une relation ambivalente notamment au Québec

Par Maël Narpon | Publié le 12/09/2022 à 17:45 | Mis à jour le 12/09/2022 à 19:35
La reine décédée Elizabeth II devant le drapeau du Canada

La nouvelle a fait le tour du monde en l’espace de quelques minutes : la reine Elizabeth II est morte le 8 septembre 2022 après 70 ans de règne sur le Royaume-Uni et les pays du Commonwealth. Parmi ces derniers figure bien sûr le Canada, où elle restait relativement appréciée, sauf au Québec.

 

La mort de la reine Elizabeth II le 8 septembre 2022 aura secoué non seulement le Royaume-Uni mais aussi le monde entier, qui lui a rendu hommage digne du symbole qu’elle représentait depuis 70 ans. Ce sont plus particulièrement les pays du Commonwealth (au nombre de 52), dont fait partie le Canada, qui ont honoré comme il se doit la défunte monarque britannique ayant régné le plus longtemps de l’histoire (70 ans, devant la reine Victoria et ses 63 ans de règne). Le Canada, où la reine jouissait toujours d’une certaine popularité, notamment dans les parties majoritairement anglophones, l’honorera à nouveau le jour de ses funérailles, le 19 septembre prochain.

 

Un amour certain d’Elizabeth II au Canada

Vingt-deux. C’est le nombre de fois qu’Elizabeth II s’est rendue au Canada au cours de son règne. Sa dernière visite remonte à 2010 en compagnie de son époux le Prince Philip, décédé l’année dernière. Si l’on évoque souvent l’attachement du pays à la feuille d’érable à la reine Elizabeth II, il faut toutefois rappeler que celui-ci était réciproque, en témoigne le grand nombre de voyages qu’elle y a effectués. La majorité de la population le lui rendait bien, un sentiment cristallisé par les propos du Premier ministre canadien Justin Trudeau à l’annonce du décès de la reine : « elle était notre reine pendant presque la moitié de l’existence du Canada et elle avait une affection évidente et profonde pour tous les Canadiens ». Elle a donc profondément marqué le Great White North, un pays qu’elle a vu évoluer au fil des décennies et qui lui rendra hommage une toute dernière fois à l’occasion d’une cérémonie commémorative à Ottawa le jour de ses funérailles, le 19 septembre 2022.

 

Sans Elizabeth II, une royauté peu en vogue au Canada

Toute reine qu’elle ait été, Elizabeth II ne pouvait cependant pas transmettre sa popularité à toute la famille royale et à son prédécesseur : celui qu’il faut désormais appeler le roi Charles III, son fils. Il est ressorti d’un sondage réalisé en novembre 2021 par l’institut Angus Reid que 55% des Canadiens souhaitaient conserver le statut de monarchie, tant qu’Elizabeth II restait leur monarque. Un chiffre qui s’effondrait à 34% dans l’éventualité (qui s’est réalisée) où le Prince Charles serait couronné roi. Un nouveau sondage avait été réalisé par le même institut en avril dernier et affichait des chiffres similaires, relevant que plus de la moitié des Canadiens (51%) ne souhaitaient pas d’une monarchie dans leur pays à l’avenir.

 

Ainsi, même les parties majoritairement anglophones du Canada ne veulent plus d’une monarchie, et surtout ne sont pas favorables à l’accession au trône de Charles III, dont la dernière visite en mai 2022 était passée quasiment inaperçue. Le caractère de plus en plus cosmopolite du pays aurait tendance à diluer l’attachement de la population à la royauté britannique et à générer une volonté de rompre un des derniers liens avec la colonisation.

 

La reine Elizabeth II au Québec

 

Le Québec majoritairement opposé à la monarchie britannique

Si la reine a malgré tout toujours eu bonne presse dans les parties majoritairement anglophones du Canada, il restait une province d’irréductibles pour s’opposer encore et toujours à la royauté britannique : le Québec. Malgré le très bon niveau de français d’Elizabeth II et ses propos toujours mesurés envers elle, la Belle Province demeure encore celle adhérant le moins au système monarchique britannique, malgré le rôle uniquement symbolique de ce dernier. Même avec Elizabeth II comme figure de proue, une bonne partie des Québécois a toujours vu d’un mauvais oeil l’appartenance du Canada aux pays du Commonwealth. La reine semblait d’ailleurs l’avoir compris, en témoigne la date de son dernier déplacement au Québec il y a maintenant 35 ans, en 1987.

 

Ses visites n’ont d’ailleurs pas toujours été de tout repos, en particulier celle d’octobre 1964 qui avait donné lieu au fameux « Samedi de la matraque ». Ce jour-là, une émeute avait éclaté devant l’hôtel du Parlement où Elizabeth II et le Prince Philip était reçu par le Premier ministre québécois de l’époque, Jean Lesage. De violents affrontements entre des manifestants s’opposant à la venue de la reine et la police avaient ainsi mené à l’arrestation de 32 individus.

 

 

 

Les visites de la reine au Québec ne se sont bien sûr pas toutes soldées de cette manière, mais n’en ont pas nécessairement été tranquilles pour autant. Une partie de la population québécoise reste encore aujourd’hui farouchement opposée à la monarchie britannique. Le sondage réalisé par l’institut Angus Reid en avril 2022, que nous évoquions précédemment, révélait que 71% de la population du Québec souhaitait voir la fin de la monarchie.

 

Mael Narpon - journaliste junior Londres

Maël Narpon

Diplomé d'une licence de sociologie à Pau et à Athènes, il intègre ensuite l'IEJ Londres. Il effectue un stage avec lepetitjournal.com Londres puis rejoint l'édition internationale en tant qu'alternant dans le cadre d'un Master à l'IEJ Paris.
0 Commentaire (s) Réagir

Soutenez la rédaction Montreal !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

De la part de toutes les équipes de Lepetitjournal.com

À lire sur votre édition internationale