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Désenchantées : Montréal Séries ouvre une parenthèse hivernale hors festival

En consacrant une soirée spéciale à Désenchantées, Montréal Séries a fait le pari d’un rendez-vous hors saison et hors cadre. Au dernier étage du Cineplex Quartier latin, projection intégrale, échanges à vif avec les créateurs et public attentif : le 8 janvier, la série s’est vécue comme un événement collectif.

Disparue - une image du film DésenchantéesDisparue - une image du film Désenchantées
Désenchantées, mini-série française, présentée en intégralité au Cineplex Quartier latin - Photo YouTube
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 12 janvier 2026

 

 

La soirée n’était pas inscrite au calendrier officiel du festival, attendu comme chaque année à la fin de l’été. Et c’est précisément ce décalage qui lui a donné sa force. En janvier, lorsque le froid resserre les habitudes et vide certaines rues du centre-ville, la proposition avait valeur d’invitation : venir, rester, partager.

Après le premier épisode, la salle s’est étoffée. Puis encore après le deuxième. Une quinzaine de spectateurs supplémentaires à chaque pause, attirés par le bouche-à-oreille et la promesse d’une expérience complète. « Il n’y a pas assez d’occasions comme celle-ci en hiver », confiait un spectateur, heureux de voir la saison froide accueillie autrement que par la seule hibernation culturelle.

 

le buffet

 

Voir une série ensemble, jusqu’au bout

Champagne, chocolat, galettes des rois : l’entracte avait des allures de salon improvisé. Mais l’essentiel se jouait à l’écran. Projeter les quatre épisodes d’une mini-série en une seule soirée relève presque du manifeste à l’heure du visionnage fragmenté.

Pour Désenchantées, le choix faisait sens. Thriller intime, récit d’amitié et de fractures, la série réclame une immersion continue. « Je vous mets au défi de deviner la fin avant la fin », a lancé le réalisateur David Hourrègue en ouverture. Pari tenu : la salle est restée suspendue jusqu’aux dernières images.

 

 

Le réalisateur David Hourrègue et l'actrice Capucine Malarre
Le réalisateur David Hourrègue et l'actrice Capucine Malarre

 

Budget, émotions, questions morales

Les échanges qui ont suivi ont révélé l’envers du décor. Le coût de production, d’abord : près de cinq millions d’euros pour l’ensemble, soit environ 1,2 million par épisode. Un chiffre qui a frappé le public, sans détour ni emphase.

Interrogé sur une éventuelle suite, David Hourrègue a été clair : aucune saison 2 n’est envisagée. La série se veut close, fidèle au roman de Marie Vareille, qui n’a pas de prolongement littéraire. « C’est une mini-série pensée comme telle », a-t-il rappelé.

Quant aux scènes les plus chargées émotionnellement, Capucine Malarre, présente à ses côtés, a évoqué trois moments marquants : le départ de Sarah, le vandalisme de la voiture d’Éric, et cette conversation à l’aube, sur la plage, où plane la question centrale : noyade ou passage vers “l’autre rive”.

 

La solidarité féminine, au cœur du débat

Une question a cristallisé les échanges : la série donne-t-elle la priorité à la solidarité entre femmes au détriment des liens familiaux ? « Je n’ai pas encore entendu cette critique », a répondu le réalisateur. « Pour l’instant, les retours placent les personnages à leur juste niveau. »

Le personnage d’Éric, largement perçu comme toxique par le public, a néanmoins suscité un débat plus large : la mort est-elle une fin juste ? La justice a-t-elle failli ? Sans trancher, la discussion a prolongé la série au-delà de l’écran, là où elle continue de travailler les consciences.

 

 Brigitte Janson, directrice de Montréal Séries
 Brigitte Janson, directrice de Montréal Séries

 

Un cadeau assumé au public montréalais

Derrière cette soirée, il y avait aussi un geste. Celui de Brigitte Janson, directrice de Montréal Séries, et de toute l’équipe du festival, qui ont choisi d’offrir au public montréalais bien plus qu’une projection : un moment pensé, généreux, presque intime. Hors festival, hors saison, mais pleinement dans l’esprit de Montréal Séries.

« C’est un cadeau que l’on avait envie de faire », a soufflé Brigitte Janson en ouverture de la soirée, rappelant l’attachement du festival à la rencontre et au partage. Le public ne s’y est pas trompé. Présent dès 18 heures, plus nombreux encore au fil des épisodes, attentif jusqu’aux échanges de fin de soirée, il a répondu avec une chaleur qui disait beaucoup de l’attente et du besoin de ce type de rendez-vous en plein hiver.

Ce succès discret mais réel confirme une intuition : Montréal Séries ne se contente pas d’exister quelques jours par an. Le festival s’inscrit dans la ville, dans son rythme, dans ses saisons — et parfois, comme ce soir-là, il sait s’inviter là où on ne l’attend pas.

 

Quand les séries sortent de l’écran

En offrant Désenchantées hors festival et hors saison, Montréal Séries a rappelé que les séries ne sont pas seulement des contenus à consommer, mais aussi des récits à partager. Le temps d’une soirée, elles ont recréé du lien là où l’hiver tend parfois à l’effacer.

L’adhésion du public, venu nombreux et resté jusqu’au bout, dit autre chose encore : il existe à Montréal une attente forte pour ces moments collectifs, pensés avec exigence et générosité. À travers ce geste, Montréal Séries esquisse peut-être une voie d’avenir — celle de séries vécues comme des événements, et non comme un simple flux. Une piste à suivre, bien au-delà des écrans.

 

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