En consacrant une soirée spéciale à Désenchantées, Montréal Séries a fait le pari d’un rendez-vous hors saison et hors cadre. Au dernier étage du Cineplex Quartier latin, projection intégrale, échanges à vif avec les créateurs et public attentif : le 8 janvier, la série s’est vécue comme un événement collectif.


La soirée n’était pas inscrite au calendrier officiel du festival, attendu comme chaque année à la fin de l’été. Et c’est précisément ce décalage qui lui a donné sa force. En janvier, lorsque le froid resserre les habitudes et vide certaines rues du centre-ville, la proposition avait valeur d’invitation : venir, rester, partager.
Après le premier épisode, la salle s’est étoffée. Puis encore après le deuxième. Une quinzaine de spectateurs supplémentaires à chaque pause, attirés par le bouche-à-oreille et la promesse d’une expérience complète. « Il n’y a pas assez d’occasions comme celle-ci en hiver », confiait un spectateur, heureux de voir la saison froide accueillie autrement que par la seule hibernation culturelle.

Voir une série ensemble, jusqu’au bout
Champagne, chocolat, galettes des rois : l’entracte avait des allures de salon improvisé. Mais l’essentiel se jouait à l’écran. Projeter les quatre épisodes d’une mini-série en une seule soirée relève presque du manifeste à l’heure du visionnage fragmenté.
Pour Désenchantées, le choix faisait sens. Thriller intime, récit d’amitié et de fractures, la série réclame une immersion continue. « Je vous mets au défi de deviner la fin avant la fin », a lancé le réalisateur David Hourrègue en ouverture. Pari tenu : la salle est restée suspendue jusqu’aux dernières images.

Budget, émotions, questions morales
Les échanges qui ont suivi ont révélé l’envers du décor. Le coût de production, d’abord : près de cinq millions d’euros pour l’ensemble, soit environ 1,2 million par épisode. Un chiffre qui a frappé le public, sans détour ni emphase.
Interrogé sur une éventuelle suite, David Hourrègue a été clair : aucune saison 2 n’est envisagée. La série se veut close, fidèle au roman de Marie Vareille, qui n’a pas de prolongement littéraire. « C’est une mini-série pensée comme telle », a-t-il rappelé.
Quant aux scènes les plus chargées émotionnellement, Capucine Malarre, présente à ses côtés, a évoqué trois moments marquants : le départ de Sarah, le vandalisme de la voiture d’Éric, et cette conversation à l’aube, sur la plage, où plane la question centrale : noyade ou passage vers “l’autre rive”.
La solidarité féminine, au cœur du débat
Une question a cristallisé les échanges : la série donne-t-elle la priorité à la solidarité entre femmes au détriment des liens familiaux ? « Je n’ai pas encore entendu cette critique », a répondu le réalisateur. « Pour l’instant, les retours placent les personnages à leur juste niveau. »
Le personnage d’Éric, largement perçu comme toxique par le public, a néanmoins suscité un débat plus large : la mort est-elle une fin juste ? La justice a-t-elle failli ? Sans trancher, la discussion a prolongé la série au-delà de l’écran, là où elle continue de travailler les consciences.

Un cadeau assumé au public montréalais
Derrière cette soirée, il y avait aussi un geste. Celui de Brigitte Janson, directrice de Montréal Séries, et de toute l’équipe du festival, qui ont choisi d’offrir au public montréalais bien plus qu’une projection : un moment pensé, généreux, presque intime. Hors festival, hors saison, mais pleinement dans l’esprit de Montréal Séries.
« C’est un cadeau que l’on avait envie de faire », a soufflé Brigitte Janson en ouverture de la soirée, rappelant l’attachement du festival à la rencontre et au partage. Le public ne s’y est pas trompé. Présent dès 18 heures, plus nombreux encore au fil des épisodes, attentif jusqu’aux échanges de fin de soirée, il a répondu avec une chaleur qui disait beaucoup de l’attente et du besoin de ce type de rendez-vous en plein hiver.
Ce succès discret mais réel confirme une intuition : Montréal Séries ne se contente pas d’exister quelques jours par an. Le festival s’inscrit dans la ville, dans son rythme, dans ses saisons — et parfois, comme ce soir-là, il sait s’inviter là où on ne l’attend pas.
Quand les séries sortent de l’écran
En offrant Désenchantées hors festival et hors saison, Montréal Séries a rappelé que les séries ne sont pas seulement des contenus à consommer, mais aussi des récits à partager. Le temps d’une soirée, elles ont recréé du lien là où l’hiver tend parfois à l’effacer.
L’adhésion du public, venu nombreux et resté jusqu’au bout, dit autre chose encore : il existe à Montréal une attente forte pour ces moments collectifs, pensés avec exigence et générosité. À travers ce geste, Montréal Séries esquisse peut-être une voie d’avenir — celle de séries vécues comme des événements, et non comme un simple flux. Une piste à suivre, bien au-delà des écrans.
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