Comédienne formée au théâtre, révélée à l’écran par une succession de rôles contrastés, Capucine Malarre s’impose comme l’un des visages marquants de la série Désenchantées, présentée à Montréal lors d’une projection intégrale hors festival. Elle y retrouve un metteur en scène avec lequel elle a construit une relation artistique rare : David Hourrègue.


Avant la caméra, il y a le plateau. Capucine Malarre a d’abord orienté son parcours vers le théâtre, qu’elle découvre comme un espace collectif, presque fondateur. Elle y apprend à affronter le regard du public, à assumer la frontalité, à porter un texte jusqu’au bout — y compris dans ses zones les plus inconfortables. Cette exigence du jeu, elle la garde aujourd’hui encore comme un socle, même si elle a quitté les cours il y a deux ans pour se consacrer pleinement aux tournages et à la création d’une pièce avec des amis.
Le théâtre, dit-elle, lui a surtout appris à oser : oser une émotion, oser une lecture, oser se déplacer légèrement du texte lorsque cela devient nécessaire. Une liberté qu’elle transporte désormais sur les plateaux de cinéma et de télévision.
Une rencontre décisive avec David Hourrègue
La rencontre avec David Hourrègue marque un tournant. Leur premier projet commun, Anaon, série de genre teintée de fantastique, pose les bases d’un dialogue artistique fluide. Dès l’audition, quelque chose circule. Depuis, ils enchaînent les projets — quatre à ce jour — tous très différents, tant par leurs thématiques que par leurs dispositifs narratifs.
Ce que Capucine Malarre souligne avant tout, c’est la clarté de la direction d’acteurs : sur le plateau, les intentions sont nettes, les enjeux précis. Cette précision lui permet de s’engager pleinement, sans jamais perdre le fil émotionnel. Elle parle d’un réalisateur « inspirant », capable de saisir immédiatement ce qu’une scène doit contenir — et de l’exiger sans détour.
Désenchantées, une série-monde
Dans Désenchantées, Capucine Malarre incarne Angélique, l’amie la plus proche de Sarah Leroy, adolescente disparue dans les années 1990. La série navigue entre deux temporalités : le présent d’une enquête journalistique et le passé d’un groupe d’adolescentes confrontées à la violence, au silence et à la loyauté.
Avant le tournage, la comédienne lit le roman dont la série est adaptée, afin de nourrir son imaginaire. Elle s’attache particulièrement aux zones laissées hors champ par l’adaptation : l’enfance des personnages, la naissance des amitiés, les détails qui ne se disent pas mais qui façonnent un rôle. Elle travaille aussi par résonance personnelle, en interrogeant sa propre adolescence, ses souvenirs, ses angles morts.
Les thèmes sont lourds — non-dits familiaux, inceste, violence, deuil — mais la série ne s’y réduit pas. Désenchantées parle aussi d’amour, de sororité, de transmission, de ce qui reste quand tout a été brisé. Un tournage qu’elle qualifie de « très précieux ».
L’émotion comme matière vivante
Sur le plateau, l’émotion n’est jamais figée. Capucine Malarre explique que, même lorsque tout a été préparé en amont, quelque chose surgit toujours au moment du jeu, dans la relation avec les autres comédiens. Certaines scènes, tournées sous contrainte de temps, exigent une immersion immédiate : « il faut la vivre maintenant », dit-elle.
Elle revendique cette intensité, parfois extrême, comme une nécessité dramaturgique : donner la mesure d’une scène, installer son rythme, permettre à toute l’équipe — acteurs comme techniciens — de se caler sur la même vibration.
Tourner le passé avant le présent
Le tournage éclaté des séries constitue l’un des défis majeurs du métier. Pour Désenchantées, les scènes des années 1990 ont été tournées en premier. Un choix qui demande une grande rigueur intérieure : incarner un passé chargé, sans encore avoir vécu le présent du récit à l’écran.
À l’inverse, sur un projet plus récent tourné en Polynésie française — Oro — la chronologie a été respectée. Une expérience vécue comme un « cadeau », permettant de construire les relations et les tensions pas à pas, dans l’ordre du récit.
Se projeter sans se figer
À la question de l’avenir, Capucine Malarre répond sans plan figé. Elle veut continuer à être comédienne, explorer des rôles différents, travailler avec des personnes qu’elle aime et voyager grâce aux projets. La visibilité publique fait partie du métier, dit-elle, mais elle s’y adapte au fur et à mesure, sans chercher à la maîtriser à tout prix.
Ce qui compte, au fond, c’est de rester au travail — dans le jeu, dans la recherche, dans le lien aux autres.
Un projet porté dans la durée
Avec Désenchantées, Capucine Malarre confirme un parcours construit dans la durée, fait de choix exigeants et de collaborations fidèles. Présentée à Montréal hors festival, la série rappelle aussi que ces œuvres trouvent parfois leur plus juste résonance dans des temps et des lieux dédiés à l’écoute. Une manière, peut-être, de redonner au format sériel toute son épaisseur.
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