Instaurée par l’ONU, cette journée met en lumière des écarts persistants dans les sciences, les technologies et la recherche. À Montréal, si les femmes sont nombreuses à l’université, leur présence diminue à mesure que l’on avance vers les postes professoraux et les secteurs stratégiques comme l’intelligence artificielle. À l’UQAM, les chiffres témoignent d’avancées réelles, mais encore fragiles.


Des étudiantes plus nombreuses, mais des écarts persistants
Selon l’ONU, en 2022, « seulement 31,1 % des chercheurs dans le monde étaient des femmes ». Au Québec, si elles sont majoritaires sur les bancs de l’université, leur présence chute dans les domaines des sciences, des technologies, du génie et des mathématiques (STGM). Une étude parue en septembre 2024 de l’Institut de la statistique du Québec indiquait qu’elles représentent environ 15 % des ingénieurs et à peine 12 % des chercheurs en intelligence artificielle.
STIM ou STGM : de quoi parle-t-on ?
Les domaines scientifiques sont souvent regroupés sous des acronymes.
En français, on parle de STIM pour désigner les sciences, technologies, ingénierie et mathématiques, l’équivalent du terme anglais STEM.
Au Québec, l’expression STGM — sciences, technologies, génie et mathématiques — est également utilisée, le mot « génie » étant plus courant dans le vocabulaire universitaire québécois.
À l’UQAM, la situation évolue, mais de manière contrastée selon les disciplines. Isabelle Mercotte, vice-doyenne à la recherche de la Faculté des sciences, observe que « oui, on voit plus d’étudiantes en sciences, mais ça dépend vraiment des domaines ». En mathématiques ou en informatique, les femmes représentent autour de 20 % des cohortes. En chimie, en revanche, elles dépassent les 50 % au baccalauréat.
Cette progression chez les étudiantes ne se reflète pas encore pleinement dans le corps professoral. « Dans certains départements, on peut être à seulement 20 % de femmes professeures. Ce n’est clairement pas suffisant », souligne-t-elle.
Le moment charnière des choix de vie
Au-delà des statistiques, les obstacles sont connus. L’harmonisation entre carrière scientifique et vie familiale reste un enjeu majeur. « Les femmes arrivent souvent au bout de leur parcours au moment où se pose la question de fonder une famille. Et culturellement, ce sont encore elles qui assument majoritairement cette responsabilité », rappelle la chercheuse.
La rigidité des parcours universitaires et professionnels n’aide pas. « On offre peu de postes à temps partiel ou de trajectoires adaptées. Pourtant, partager un poste ou faciliter le retour après une pause pourrait faire une vraie différence », ajoute-t-elle.
À cela s’ajoutent les stéréotypes qui s’installent dès l’enfance. Orientation scolaire, modèles de réussite, représentation dans les laboratoires : « Si une fille entre dans une classe remplie uniquement d’hommes, le message envoyé est clair : est-ce que je suis à ma place ici ? »
Créer des modèles visibles
Face à ces constats, l’UQAM multiplie les initiatives. La Faculté des sciences participe depuis plusieurs années à l’événement Femmes et filles de science organisé par le Centre des sciences de Montréal durant le mois de février. Des étudiantes animent des ateliers et prennent la parole devant des jeunes publics.
« Voir de jeunes femmes en science, c’est essentiel pour créer des modèles accessibles aux petites filles », Isabelle Mercotte.
L’université a également mis en place, depuis 2021, un fonds de bourses destiné aux femmes en sciences. Des bourses de persévérance, d’ambition et de leadership sont offertes à la maîtrise et au doctorat. L’objectif est aussi, à terme, de soutenir celles qui souhaitent reprendre un parcours scientifique après une interruption.
Avec l’UQAM, la science prend l’air !
Une question de diversité et de performance
Pour la vice-doyenne, l’enjeu dépasse la seule équité. « La science et l’innovation avancent quand on a une diversité de personnes autour de la table. On a besoin des femmes pour faire avancer les découvertes. »
Pour aller plus loin
La Faculté des sciences de l’UQAM regroupe sur une page dédiée ses initiatives en faveur des femmes en science : portraits de chercheuses, informations sur le Fonds pour les femmes en science, bourses offertes et événements liés à la Journée internationale des femmes et des filles de science.
À consulter : femmes.sciences.uqam.ca
À Montréal, où l’écosystème scientifique est en pleine expansion — intelligence artificielle, technologies vertes, recherche biomédicale — la question de la représentativité devient stratégique. Attirer davantage de femmes dans les carrières scientifiques, mais aussi les maintenir et les faire progresser, constitue un défi collectif qui engage universités, employeurs et pouvoirs publics.
La progression est réelle, mais l’équilibre reste fragile. À l’heure où la science façonne les grandes transformations économiques et sociétales, la question demeure : Montréal saura-t-elle transformer l’élan des étudiantes en une présence durable et visible dans toutes les sphères de la recherche ?
Sur le même sujet











