Le 12 février, à l’Espace CDPQ, le Collectif Tech France Québec réunissait entrepreneurs, investisseurs et partenaires institutionnels autour d’un enjeu central : faire du Québec une base crédible de scale-up internationale. En filigrane, un objectif structurant : la candidature au label French Tech Montréal.


« Nous sommes à quelques jours, quelques heures de déposer le dossier de candidature pour le label French Tech Montréal. » Elsa Lebey, présidente du Collectif
Il y avait dans la salle une énergie particulière. Celle des écosystèmes en construction. Celle des réseaux qui se structurent. Celle aussi d’un cap qui se rapproche.
En ouvrant la soirée, Elsa Lebey, présidente du Collectif, a rappelé que le Collectif Tech France Québec fêtait sa première année d’existence et s’apprêtait à déposer son dossier de candidature pour obtenir le label French Tech Montréal. Un symbole fort. Car au-delà d’un événement, c’est bien d’une ambition collective qu’il s’agit : faire reconnaître Montréal comme un point d’ancrage stratégique de la French Tech en Amérique du Nord.
Soutenu par Business France et le Service économique rattaché au Consulat, accueilli par l’Espace CDPQ et accompagné par le cabinet d’avocats Fasken, le collectif assume une double mission : fédérer les acteurs franco-québécois et inscrire Montréal dans une dynamique internationale structurée.
Le label French Tech
Créé en 2013 par le gouvernement français, le label French Tech fédère et promeut les écosystèmes de start-ups innovantes en France et à l’international. Attribué à des territoires dynamiques, il renforce leur visibilité, facilite l’accès aux investisseurs et soutient l’expansion des entreprises via un réseau mondial de hubs. Il a accompagné l’émergence de nombreuses scale-ups et licornes françaises.
Le Québec comme base de lancement
Autour du modérateur Louis Kozlow, trois regards complémentaires ont éclairé le débat : celui d’Odile Kusnik pour Alan Canada, d’Audrey Gagnere pour AQC Capital et de Wilhelm Menet pour Busbud.
La question de départ était simple en apparence : pourquoi bâtir depuis le Québec ?
Les réponses ont convergé sur plusieurs points. Montréal offre un bassin universitaire solide, des talents technologiques compétitifs et un environnement culturel naturellement ouvert à l’international. Pour une entreprise comme Busbud, présente dans 90 pays, la diversité montréalaise constitue un atout stratégique. Le produit est conçu ici, mais pensé pour le monde.
Dans le cas d’Alan, le Canada a été choisi comme première expansion hors Europe, précisément parce que certaines problématiques — notamment en santé — y trouvent un écho similaire à celles rencontrées en France. Le Québec représente, dans cette logique, un pont naturel entre Europe et Amérique du Nord.
Mais l’enthousiasme ne masque pas les réalités. Le marché canadien demeure limité en taille. La logique de scale impose souvent d’intégrer rapidement les États-Unis ou l’Europe dans l’équation. Et si les talents sont nombreux, peu ont encore évolué dans des environnements à très grande échelle. La montée en puissance collective reste un chantier.

La complexité fédérale comme apprentissage stratégique
L’exemple d’Alan illustre parfaitement l’un des défis majeurs d’une implantation canadienne : la fragmentation réglementaire. Entre Ontario et Québec, les exigences diffèrent sensiblement, notamment en matière d’assurance collective, de confidentialité ou d’hébergement des données. L’entreprise a ainsi choisi de lancer d’abord en Ontario, plus simple d’accès, avant de préparer le déploiement québécois. Une décision stratégique, révélatrice de la nécessité d’adapter son séquençage d’expansion.
Fait notable, l’accueil des régulateurs canadiens s’est révélé constructif. Loin d’une posture défensive face à un acteur européen, les autorités ont manifesté une volonté d’accompagner l’innovation, permettant une obtention de licence fédérale en neuf mois, bien en deçà des délais anticipés.
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Entre culture française et réflexes nord-américains
Au fil des échanges, une idée s’est imposée : réussir au Québec suppose de ne pas reproduire mécaniquement les réflexes européens. La culture d’affaires nord-américaine valorise la rapidité, l’expérimentation et l’acceptation du risque. L’échec n’y est pas un stigmate mais une étape. Le financement, lui, obéit à des codes plus harmonisés qu’en France, même si la phase « seed » demeure délicate au Canada en raison d’un nombre limité de fonds purement privés.
Pour les fondateurs, le message est clair : savoir s’entourer d’acteurs locaux n’est pas une option, mais une condition structurante.
French Tech Montréal : un levier d’attractivité
C’est précisément là que la labellisation de French Tech Montréal prend tout son sens. Obtenir le label ne relève pas du symbole. Il s’agit d’ancrer Montréal dans un réseau international structuré, de renforcer sa visibilité auprès des investisseurs et d’attirer davantage de projets transatlantiques. Dans un contexte géopolitique et économique mouvant, où les échanges Europe–Amérique du Nord se redessinent, la labellisation constituerait un signal fort.
Le collectif n’est plus seulement un espace de rencontres. Il devient un outil stratégique de positionnement.
Du potentiel à la masse critique
Le Québec forme un quart des ingénieurs canadiens et représente un quart de la population du pays. Pourtant, la proportion d’entreprises technologiques dépassant les 100 millions de dollars de revenus reste inférieure à ce que son poids démographique laisserait attendre.
La question n’est plus celle du potentiel, mais celle de la consolidation. La French Tech Montréal devra créer les conditions d’un développement soutenu et répété d’entreprises technologiques d’envergure internationale.
Montréal a les talents, le capital institutionnel et la proximité culturelle avec l’Europe. Reste à orchestrer l’ensemble. La labellisation pourrait bien être le point d’inflexion.
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