Pour son premier poste à la tête d’un consulat, Raphaël Dang a choisi l’une des plus vastes circonscriptions françaises au monde. De la Colombie-Britannique aux Territoires du Nord-Ouest, en passant par l’Alberta, la Saskatchewan et le Yukon, le diplomate entend conjuguer proximité consulaire, coopération économique et défense de la francophonie.


À Vancouver, Raphaël Dang a trouvé un point de rencontre entre plusieurs de ses centres d’intérêt. Une ville canadienne ouverte sur l’Asie, un territoire où la nature reste omniprésente et une région dont les liens avec la France ne cessent de se renforcer.
« Vous êtes à la fois dans une ville moderne et niché dans la nature. Vous êtes au Canada et, en même temps, entouré de communautés venues de partout », résume-t-il.
La diplomatie : Une vocation née dès le lycée
Raphaël Dang a grandi en région parisienne, entre Sceaux et Bourg-la-Reine. Son père, arrivé du Vietnam, était ingénieur commercial. Sa mère enseignait les lettres. Aucun diplomate dans la famille, mais une vocation déjà affirmée lorsqu’il se présente à l’oral d’entrée de Sciences Po.
« J’avais dit que je voulais être diplomate », se souvient-il. Le projet se concrétise en 2013 lorsqu’il rejoint le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
Sa carrière le conduit ensuite au cœur de plusieurs grands dossiers internationaux. À New York, au sein de la représentation permanente de la France auprès des Nations unies, il travaille notamment sur les droits de l’Homme ainsi que sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Il rejoint également l’ambassade de France à Rome comme conseiller, une expérience qui lui permet d’aborder plus directement les relations bilatérales et la représentation quotidienne de la France à l’étranger.
Il travaille aussi sur les questions climatiques lors de la COP21, avec la responsabilité des relations avec les pays asiatiques. Une mission qui fait écho à son parcours universitaire. À Hong Kong, puis à l’université Fudan de Shanghai, Raphaël Dang apprend le mandarin et s’initie au cantonais « au départ par curiosité intellectuelle » précise-t-il.
« Le chinois repose sur un système linguistique très particulier, par rapport aux langues européennes. Il apporte une autre façon de construire la pensée. »
Cette connaissance de l’Asie a compté dans son choix de Vancouver. La ville constitue l’une des principales portes canadiennes vers le Pacifique et lui permet de renouer avec des problématiques qu’il avait déjà rencontrées au cours de ses études et de sa carrière.
Nommé consul général de France à Vancouver en septembre 2025, Raphaël Dang y exerce pour la première fois les fonctions de chef de poste. Après la négociation multilatérale et le suivi de la politique étrangère, il découvre une nouvelle fonction davantage tournée vers le terrain.
« C’est une dimension encore plus forte dans l’incarnation du pays et de ses intérêts à l’étranger », explique-t-il. Il dirige aujourd’hui une équipe de 14 personnes, dont près du tiers a été renouvelé au cours de l’été.
Plus de 13 000 Français sur trois fuseaux horaires
Le défi est d’abord géographique. La circonscription couvre plus de 40 % du territoire canadien et s’étend sur trois fuseaux horaires. Les Français y vivent principalement autour de Vancouver et Victoria, en Colombie-Britannique, ainsi qu’à Calgary et Edmonton, en Alberta. D’autres sont établis en Saskatchewan, au Yukon ou dans les Territoires du Nord-Ouest.
Pour rapprocher les services consulaires de ces communautés dispersées, le consulat organise sept à huit tournées par an. Raphaël Dang s’est lui-même rendu en Saskatchewan, à quatre reprises en Alberta, au Yukon et dans différentes villes de Colombie-Britannique.
« Le défi, pour mon équipe et pour moi, est d’être au plus près de nos concitoyens malgré les distances, le temps et les contraintes budgétaires. »
Le registre consulaire compte désormais plus de 13 000 inscrits. Un chiffre qui ne reflète qu’une partie de la présence française, puisque certains binationaux et Français installés depuis longtemps ne s’enregistrent pas auprès du consulat.

Cette croissance se traduit par une hausse des démarches administratives. À moyens constants, le consulat s'adapte, optimise et modernise ses services. Le consulat a établi 489 actes d’état civil au cours de la dernière année et délivre un nombre croissant de passeports, tout en participant aux expérimentations de modernisation des services consulaires.
Au-delà des documents administratifs, certains moments importants donnent un visage plus intime à cette mission. À l’occasion du 14 juillet, une quinzaine de nouveaux citoyens ont ainsi reçu leur nationalité française à Vancouver.
« C’était extrêmement émouvant », confie le consul général.
Préparer le vote dans une circonscription immense
Cette dispersion géographique prendra une importance particulière lors de l’élection présidentielle française de 2027. Le premier tour est annoncé le 18 avril et le second le 2 mai. Contrairement aux élections consulaires, pour lesquelles le vote électronique est possible, l’élection présidentielle impose de voter à l’urne ou par procuration.
Lors du scrutin, quatre pôles devraient permettre aux Français de l’Ouest de voter : Vancouver et Victoria, en Colombie-Britannique, ainsi que Calgary et Edmonton, en Alberta. Pour les électeurs installés en Saskatchewan, au Yukon ou dans les Territoires du Nord-Ouest, les distances peuvent cependant se compter en centaines, voire en milliers de kilomètres.
Certains devront se déplacer jusqu’au bureau de vote le plus proche. Les autres pourront confier une procuration à une personne inscrite sur la même liste électorale consulaire. Une démarche que Raphaël Dang invite à anticiper, particulièrement dans une circonscription couvrant trois fuseaux horaires.
« Il faut anticiper et faire les procurations », insiste-t-il. Pour pouvoir participer au scrutin depuis le Canada, encore faut-il être inscrit sur la liste électorale consulaire et vérifier suffisamment tôt que ses coordonnées sont à jour.
À l’approche de 2027, l'inscription au registre et aux listes électorales dépasse donc la simple relation administrative avec le consulat. Elle permet de recevoir les informations relatives aux scrutins et de préparer son vote sans attendre les dernières semaines. Un enjeu logistique majeur pour les équipes consulaires, mais aussi démocratique.

La France de plus en plus présente dans l'Ouest Canadien.
L’activité consulaire accompagne un intérêt français croissant pour l’Ouest canadien. Plusieurs délégations politiques et économiques se sont rendues à Vancouver au cours de la dernière année, notamment Nicolas Forissier, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, en mars 2026, puis la commission des affaires économiques du Sénat en avril. Des entreprises françaises ont également participé à des rendez-vous comme le Web Summit.
Plus de 2000 entreprises avec un lien avec la France sont présentes dans l'Ouest, qu’il s’agisse de groupes français, de filiales ou de sociétés entretenant des relations commerciales avec l’Hexagone. La Chambre de commerce France Ouest-Canada de Vancouver, encore récente, compte déjà plus d’une centaine de membres.
Pour Raphaël Dang, le contexte commercial actuel peut favoriser un approfondissement des échanges entre le Canada et l’Europe.
« Il existe une possibilité de renforcer encore davantage les liens entre le Canada et la France, et donc entre l’Ouest canadien et la France. Nous pouvons aussi nous appuyer sur le CETA. »
Un nouveau salon consacré au savoir-faire français et au "Fabriqué en France" est notamment envisagé à Vancouver du 8 au 11 avril 2027.
La coopération se développe également dans l’éducation et la recherche. Le lycée français de Vancouver ouvrira pour la première fois des classes de niveau lycée à la rentrée 2027. Des partenariats associent par ailleurs le CNRS, l’Université de Colombie-Britannique et TRIUMF, l’accélérateur de particules canadien. Le double diplôme entre Sciences Po et UBC complète ces échanges universitaires.
La culture participe elle aussi à ce rapprochement. Des œuvres de la côte ouest canadienne doivent être présentées musée du Quai Branly, à partir du 28 septembre, pour une exposition exceptionnelle, tandis que le photographe britanno-colombien Stan Douglas est attendu au Jeu de Paume. La Comédie-Française se rendra à Vancouver pour jouer plusieurs jours, du 14 au 18 octobre.

Marie-Claire Howard, bâtisseuse de réseaux dans l’Ouest canadien
Faire vivre la francophonie dans l’Ouest
Dans un environnement très majoritairement anglophone, la francophonie constitue un autre axe majeur de l’action consulaire. Raphaël Dang a accueilli une première réunion informelle réunissant les consuls francophones présents à Vancouver, sur le modèle des groupes d’ambassadeurs francophones existant dans plusieurs capitales.
Le consul général aborde également la place du français lors de ses échanges avec les autorités provinciales et territoriales. Au Yukon, où la communauté francophone occupe une place importante, les enjeux concernent notamment la continuité de l’enseignement en français, de l’école à l’université.
En Colombie-Britannique, le consulat travaille avec l’Alliance française de Vancouver, les réseaux universitaires et de nombreuses associations. Il soutient aussi le développement de la production audiovisuelle francophone et la mise en réseau des acteurs du secteur, comme ce fut le cas avec le lancement de Créaxion ou encore de la première série francophone tournée en Colombie-Britannique : Surf Bay.
Cette francophonie ne se limite pas à la culture. Elle se traduit par l’accueil des nouveaux arrivants, l’aide à l’emploi, l’entrepreneuriat et la solidarité. À Vancouver, l’association La Boussole accompagne ainsi en français des personnes confrontées à la précarité, à l’itinérance ou aux dépendances.

« On peut compter sur un réseau associatif francophone très actif », souligne Raphaël Dang, qui souhaite mieux relier ces initiatives locales entre elles et avec les grands réseaux internationaux de la Francophonie.
Après une première année, le diplomate se dit « très enthousiaste ». Par la qualité de son équipe, d’abord, mais aussi par les coopérations déjà engagées et le lien qui se tisse avec une communauté française attachée à son pays d’origine sans cesser de s’enraciner au Canada.
Son mandat peut encore compter trois ans. À quelques minutes de marche de Stanley Park, face au Pacifique et à cette Asie qui a nourri son parcours, Raphaël Dang a trouvé un territoire qui fait écho à sa curiosité. Reste désormais à rapprocher les distances et à donner toute sa place à cet Ouest canadien dont la France mesure parfaitement le potentiel.
Sur le même sujet















