En 1637, dans Le Cid, Pierre Corneille prêtait à Rodrigue une réplique devenue célèbre : « Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années. » Près de quatre siècles plus tard, cette phrase trouve un écho inattendu à Trois-Rivières. Le 26 septembre prochain, les Éditions TNT organiseront le Salon du livre des jeunes auteur(e)s et illustrateur(trice)s, un événement où les vedettes ne seront pas les écrivains confirmés, mais des créateurs de 8 à 18 ans qui écrivent, illustrent, publient et entreprennent déjà.


Le talent n'a jamais attendu l'âge
L'histoire de la création regorge d'exemples qui donnent raison à Corneille. Wolfgang Amadeus Mozart compose ses premières œuvres dès l'âge de cinq ans et se produit devant les cours européennes alors qu'il est encore enfant. Blaise Pascal rédige un traité de géométrie à seize ans. Mary Shelley imagine Frankenstein à dix-huit ans. Françoise Sagan publie Bonjour tristesse au même âge et bouleverse la littérature française.
Le talent, lui, ne connaît pas de majorité. Pourtant, notre société continue souvent d'associer la création, la publication et la reconnaissance au monde des adultes.
C'est précisément cette idée que les Éditions TNT ont choisi de bousculer.
Une injustice à l'origine du salon
L'idée du salon n'est pas née d'un plan de développement culturel. Elle est née d'une déception. L'an dernier, Raymond Viger, directeur des Éditions TNT, inscrit une auteure de douze ans et une illustratrice de quatorze ans à un salon consacré à la littérature jeunesse à Trois-Rivières.
Quelques jours avant l'ouverture, un appel téléphonique vient tout remettre en question. Les deux adolescentes ne pourront finalement pas participer.
La raison ? Dans ce salon de littérature jeunesse, seuls les adultes majeurs sont autorisés à vendre leurs livres.
« Les jeunes ne sont que des clients, des consommateurs »,
et Raymond Viger de poursuivre « J'ai dû décevoir les jeunes filles en leur annonçant qu'elles ne pouvaient pas participer. C'est à ce moment-là que j'ai décidé de créer notre propre Salon du livre pour les jeunes auteurs de 6 à 17 ans. »

Pour cet éditeur reconnu, engagé depuis 35 ans dans la défense de la langue française et de la culture québécoise, il ne s'agissait pas seulement de corriger une injustice. Il fallait offrir aux jeunes une véritable place dans le monde du livre.
Clara et Zoée, le visage d'une nouvelle génération
Cette année, le salon sera incarné par deux jeunes créatrices qui illustrent parfaitement cette philosophie. Clara Yelle, jeune auteure et entrepreneure, et Zoée Dailly, illustratrice et lauréate de l'un des Prix Leviers 2026 du ROCAJQ, viendront présenter Pattes et bagages, leur nouveau conte jeunesse.
Leur parcours dépasse largement la publication d'un livre. Depuis plusieurs années, Clara développe des projets entrepreneuriaux autour de ses créations. Zoée, de son côté, fait vivre son univers graphique au-delà des albums, en déclinant ses illustrations sur différents objets.
Pour Raymond Viger, elles représentent une génération qui ne demande plus la permission de créer.
« Ces jeunes veulent prendre leur place. Ils veulent expérimenter. Croire en leurs rêves et participer à une société qui est autant la nôtre que la leur. »
Selon lui, leur influence dépasse même les frontières du Québec : plusieurs jeunes qu'ils ont accompagnés ont inspiré d'autres initiatives au Nouveau-Brunswick et jusqu'en France.
Reconnaître les créateurs avant qu'ils ne deviennent célèbres
Pour Raymond Viger, la mission des Éditions TNT consiste à reconnaître les jeunes talents avant qu'ils ne soient consacrés.
Le Salon du livre des jeunes auteur(e)s et illustrateur(trice)s leur offre gratuitement un kiosque, leur permet de conserver l'intégralité des revenus de leurs ventes et leur donne l'occasion de rencontrer leurs lecteurs comme n'importe quel auteur confirmé. Les tables sont offertes, le repas est fourni et chaque participant repart avec des cadeaux.
« Si nous voulons que les jeunes s'impliquent dans la culture, il faut que celle-ci les accueille et leur donne une place »
Cette vision ne se limite pas à un événement annuel. Au fil des années, les Éditions TNT ont organisé des ateliers d'écriture, d'illustration et de slam avec des jeunes du Bas-du-Fleuve, de l'Estrie, de la Gaspésie ou encore avec des enfants instruits à domicile. Certains de ces projets ont même donné naissance à des livres publiés.
Salon du livre des jeunes auteur(e)s et illustrateur(trice)s de Trois-Rivières
Date : samedi 26 septembre 2026, de 10 h à 15 h
Lieu : Espace de la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie, 3239, rue Papineau, Trois-Rivières
Entrée : gratuite
Appel à participation : les jeunes auteurs et illustrateurs de 8 à 18 ans peuvent encore réserver gratuitement leur kiosque.
Pour réserver gratuitement un kiosque
Investir dans la relève
Dans un contexte où l'on s'inquiète souvent du recul de la lecture et de la place du français, Raymond Viger préfère regarder du côté de ceux qui écrivent déjà.
« Les auteurs et les créateurs pullulent au Québec. Nous ne pouvons pas nous contenter d'identifier de bons vendeurs. Nous avons la responsabilité d'aider et de soutenir les jeunes pour qu'ils deviennent notre relève et des citoyens à part entière. »
Il reconnaît volontiers que cette démarche n'est pas la plus rentable.
« Ces activités ne sont pas économiquement rentables. Nous le faisons comme un investissement dans notre société et dans le devenir de chacun de ses membres. »
Donner raison à Corneille
Lorsque Corneille écrivait que « la valeur n'attend point le nombre des années », il prêtait ces mots à un jeune homme déterminé à prouver sa valeur. Près de quatre cents ans plus tard, cette phrase continue d'interroger notre époque.
Comment encourager les jeunes à créer si l'on ne leur ouvre pas les portes des lieux où la culture se partage ?
Le 26 septembre, à Trois-Rivières, le Salon du livre des jeunes auteur(e)s et illustrateur(trice)s apportera sa propre réponse. Les visiteurs ne viendront peut-être pas seulement y découvrir les auteurs de demain.
Ils constateront surtout que, pour certains d'entre eux, l'aventure a déjà commencé.
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