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Alexandra Truchot : « avec Alex à la campagne, je transmets un respect de la nature »

Par Maël Narpon | Publié le 09/05/2022 à 18:00 | Mis à jour le 11/05/2022 à 13:57
Alexandra Truchot de "Alex à la campagne" en train de tenir un bouquet de fleurs

« Il faut cultiver notre jardin », nous disait Voltaire. Qu’elle ait lu Candide ou non, la Franco-Québécoise Alexandra Truchot a en tout cas pris cette citation au pied de la lettre en lançant son entreprise « Alex à la campagne » pour vendre les fleurs qu’elle produit de manière indépendante et 100% éco-responsable.

 

C’est au Québec en plein coeur de la pandémie en 2020 qu’Alexandra Truchot a décidé de se consacrer entièrement à son atelier floral « Alex à la campagne » pour partager son amour pour les fleurs en étant complètement indépendante en termes de production. Cette ancienne élève du Collège international Marie de France à Montréal, où elle est née, contribue ainsi au développement de la floriculture locale dans un pays qui en était presque dépourvu il y a une décennie. Basée à Magog, dans les Cantons-de-l’Est, Alexandra Truchot nous parle de sa passion et des conséquences de se lancer en plein milieu de la pandémie de Covid-19.

 

 

Quel est votre lien avec le Canada, et avec Montréal en particulier ?

Je suis née à Montréal. Mes parents se sont expatriés au Québec dans les années 1970 mais ils ont toujours gardé un lien très fort avec la France où toute la famille se trouve. J’ai fait tout le collège et le lycée au Collège international Marie de France, et même les classes de primaire. Je suis partie étudier en France à 18 ans. J’ai ainsi passé quatre ans à Montpellier et je pensais m’y installer pour toujours mais je suis finalement revenue au Québec.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à laisser vos 10 années de carrière dans la communication marketing pour lancer Alex à la campagne et devenir fleuriste/fermière ?

Cela a été un gros changement. Je n’habite d’ailleurs plus à Montréal depuis 2017. Je suis allée m’installer à la campagne avec mon copain car nous n’en pouvions plus de la ville. Nous avions besoin de nature et avions un projet d’auto-suffisance alimentaire. L’accès à la propriété en ville coûte également très cher et nous n’étions pas capables d’acquérir quoi que ce soit à Montréal. Nous voulions vraiment avoir notre petit jardin. Nous sommes donc partis dans les Cantons de l’est, une campagne très bucolique et touristique avec d’immenses lacs et des montagnes pour aller skier. En arrivant là-bas, j’ai commencé à cultiver mes propres plantes, et cela a vraiment bien marché. En parallèle, je n’en pouvais plus du travail de bureau. Je dois encore en faire un peu aujourd’hui en tant qu’entrepreneuse, mais cela représente seulement de petites heures dans ma journée. Je me suis donc intéressée aux démarches pour devenir fleuriste. Il faut savoir qu’au Québec il est beaucoup facile d’effectuer des changements de carrière qu’en France. J’ai suivi quelques cours avec des professionnels que j’aimais beaucoup pour me former au métier.

 

Il y a eu un engouement monstrueux pour tout ce qui était local, les gens se sont rendus compte que tout venait de très loin, que ce soit en termes de fleurs ou de nourriture

Quelles ont été les conséquences de vous lancer à temps plein en début de pandémie ?

La pandémie est survenue alors que je commençais à peine à cultiver mes fleurs, même si c’était très minime. Nous ne recevions donc plus de fleurs. Au Québec, elles proviennent majoritairement de l’Amérique latine ou de Hollande. Du jour au lendemain, toute la chaîne d’approvisionnement était à l’arrêt. La plupart des fleuristes étaient fermés dans tous les cas, sauf ceux qui cultivaient eux-mêmes leurs plantes. Comme j’avais un peu de culture, j’ai pu continuer à travailler pendant tout le début du confinement. Il y a eu un engouement monstrueux pour tout ce qui était local, les gens se sont rendus compte que tout venait de très loin, que ce soit en termes de fleurs ou de nourriture. Toute cette première année de pandémie m’a permis d’augmenter la culture de fleurs pour pallier tous ces manques d’approvisionnement et le besoin local. Je suis maintenant une fleuriste à 100% autonome.

 

D’un autre côté, comme je mise beaucoup sur l’événementiel, la pandémie a impacté mon activité en causant l’annulation de nombreux mariages. Toute mon activité estivale était déjà planifiée, et tout est tombé à l’eau du jour au lendemain. A ce niveau-là, j’ai vraiment été touchée et soumise a énormément de stress. Il m’a fallu trouver d’autres façons de vendre mes fleurs. J’ai dû développer mon e-commerce très rapidement, en vendant des fleurs à l’unité sur mon site web et en proposant des abonnements à mes clients. Heureusement que le gouvernement a apporté son soutien aux entrepreneurs au Canada.

 

Qu’apportent vos fleurs à vos clients pendant la pandémie ?

Ne pouvant pas se voir, beaucoup de personnes s’envoyaient des bouquets. Elles avaient besoin de s’envoyer un peu d’amour à travers les fleurs. D’autres se sont passionnées pour le jardinage à cette période. Tout le monde voulait des fleurs dans son jardin. J’ai donc pris l’initiative de proposer une formation dans ce domaine. Le phénomène de thérapie par la fleur a été assez phénoménal. On a aussi constaté l’arrivée d’une vague d’individus qui cherchaient à fuir la ville pour s’installer à la campagne.

 

J’essaie vraiment de faire quelque chose de naturel, je mets beaucoup de moi-même quand je compose un bouquet

Quelle est la spécificité d’Alex à la campagne ?

La première chose qui me différencie d’une fleuriste classique est que je cultive moi-même mes fleurs. La deuxième est mon style : j’essaie vraiment de faire quelque chose de naturel, je mets beaucoup de moi-même quand je compose un bouquet. Je ne fais pas les choses mécaniquement, car la composition florale relève de l’art. Troisièmement, et contrairement à d’autres personnes qui cultiveraient aussi leurs fleurs, je suis 100% éco-responsable, je travaille en permaculture. Je fais tout pour avoir le moins d’impact possible. Je pense que ce respect de la nature se transmet à travers mon entreprise et mes clients le perçoivent. Ce sont souvent des personnes ayant une grande sensibilité environnementale. En général, s’ils m’ont trouvé c’est qu’ils voulaient vraiment mes fleurs en particulier.

 

La floriculture tend-elle à se développer au Québec ?

Jusqu’à il y a cinq-six ans, la floriculture était vraiment marginale au Québec. J’ai vraiment commencé il y a quatre ans et nous avons été une vingtaine à nous lancer à peu près au même moment. Nous avons même créé un groupe Facebook. Nous avions été inspirés parce ce qu’il se passait aux Etats-Unis où il y avait une volonté de commencer à développer à nouveau la floriculture à petite échelle, plutôt que dans de grosses fermes qui s’étendent à perte de vue.

 

Quand on se lance dans ce métier, il faut être conscient qu’aucun revenu se sera généré en hiver

Le gouvernement ne comprenait pas vraiment notre démarche, car peu de personnes cultivaient des fleurs au Québec. Aujourd’hui nous sommes presque 300 sur le groupe, notamment grâce à l’engouement pour le retour à la terre causé par la pandémie. Il y a maintenant une centaine de fermes florales au Québec, ce n’est pas beaucoup mais nous partions de zéro. Dix ans plus tôt, il y en avait seulement trois, et celles-ci étaient peu connues. On se disait à l’époque qu’il n’était pas possible de cultiver des fleurs au Québec de par les températures extrêmes. Ce n’est plus le cas, il y a eu une prise de conscience, notamment au niveau du respect des saisons. Quand on se lance dans ce métier, il faut être conscient qu’aucun revenu se sera généré en hiver.

 

Quels types de plantes produisez-vous ?

Nous n’avons pas beaucoup de fleurs annuelles (qui doivent être ressemées chaque année). Au Québec, les habitants avaient surtout des fleurs vivaces (beaucoup plus robustes) car elles demandent moins d’entretien et résistent au froid, comme la pivoine. Ce sont des plantes que l’on retrouve surtout dans les jardins, pas de quoi commencer à vendre des bouquets. Personnellement, je suis spécialisée dans les fleurs annuelles, donc il ne s’agit de fleurs propres au Québec. Je suis plutôt dans la diversité, ce qui finalement est le contraire de la spécialisation (rires). Par exemple, je cultive beaucoup de dahlias car cette plante aime les nuits fraiches et s’adapte très bien au pays. J’ai à peu près une soixantaine de variété de plantes.

 

Quels sont vos futurs projets pour Alex à la campagne ?

J’espère retrouver les mariages, je reçois beaucoup de demandes. Cela va constituer le gros challenge que de retrouver le rythme qui faisait la base de mon entreprise. Je dois aussi développer mon production de fleurs dans la serre que j’ai mise en place en novembre. D’habitude, je n’ai pas de fleurs avant le mois de mai. C’est la grosse nouveauté de cette année. J’ai effectué plusieurs investissements pour développer mon activité donc cette année je vais essayer de profiter de toutes les nouvelles installations que j’ai pu faire comme le système d’irrigation et mon atelier. Je vais aussi avoir mon premier employé cet été, ce qui est un grand pas de franchi, je vais apprendre à déléguer un peu. J’aimerais bien commencer à accueillir des stagiaires d’ici peu. Je ne veux pas non plus devenir une grande entreprise. Je veux rester à échelle humaine.

 

 

Mael Narpon - journaliste junior Londres

Maël Narpon

Diplomé d'une licence de sociologie à Pau et à Athènes, il intègre ensuite l'IEJ Londres. Il effectue un stage avec lepetitjournal.com Londres puis rejoint l'édition internationale en tant qu'alternant dans le cadre d'un Master à l'IEJ Paris.
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