Marie-Gold : une rappeuse québécoise qui n’a pas froid aux yeux

Par Maël Narpon | Publié le 14/02/2022 à 13:00 | Mis à jour le 14/02/2022 à 14:06
Photo : Instagram - marie.goldgold
Marie-Gold prenant la pose

La rappeuse québécoise Marie-Gold, récemment récompensée au Gala alternatif de la musique indépendante du Québec (GAMIQ), nous a accordé une interview pour nous parler de son parcours et de son album Bienvenue à Baveuse City, paru le vendredi 11 février 2022 et disponible sur toutes les plateformes

 

D’un naturel chaleureux et âgée de 27 ans, c’est avec un grand sourire que Marie-Gold, de son vrai nom Chloé Pilon-Vaillancourt, a répondu à nos questions. De sa passion pour le rap à la place de celui-ci au Québec, celle dont l’EP Règle deux vient d’être élu EP Rap de l’année au GAMIQ n’élude aucune question.

 

Quelles sont les raisons qui t’ont poussée vers le rap ?

J'ai commencé à faire du rap et des beats après le cégep (niveau Bac + 2, ndlr), et j’étais un peu en crise existentielle. J'étudiais en communication où j'avais l'impression d'être le contenant et le contenu de ce que je faisais. Je me suis mise à côtoyer des gens qui faisaient beaucoup de rap, l'énergie m’a énormément attirée. Je voulais faire de la musique, et dans le rap, ce que j’ai trouvé cool est qu’il y a juste besoin d'un ordinateur pour commencer à faire des beats, alors je me suis mise. J’ai ensuite formé un collectif de rap entièrement féminin qui s'appelait Bad Nylon et il y a trois ans, je me suis lancé en solo à travers le projet Marie-Gold.

 

 

Tu mènes aujourd’hui une carrière en solo, était-ce le but depuis le début ?

J'ai mis tellement d'énergie, puis de confiance dans le projet Bad Nylon et j’ai trouvé qu'il y avait un énorme potentiel. Mais au final j'avais l'impression que le groupe me prenait plus d'énergie que qu’il ne m'en donnait. Je pense avoir été un peu immature au moment de devoir travailler en équipe. Nous n’avions pas toutes les mêmes disponibilités. J'avais envie d’être entourée de personnes qui soient entièrement disponibles pour le projet. Je pense que j'ai beaucoup appris de cette expérience, ne serait-ce que par rapport au mouvement féministe en lui-même. Bad Nylon a reçu énormément de vives réactions dans le milieu du rap et il est dur d’y rester insensible.

 

Il y a tellement de rappeurs avec des flows différents que tout ne devient qu’une question d'attitude. Certains ne sont pas nécessairement techniques, mais ils percent parce qu'ils ont l'attitude et quelque chose à dire

Est-il difficile pour une femme de se faire une place dans le milieu très masculin du rap, même au Québec ?

Ce n’est jamais facile à dire. Il y a des défis que certains hommes ne comprennent pas, et tout ce que nous pouvons leur demander est d’y être sensible. Certains y sont moins sensibles évidemment. Cependant, quand je suis dans un processus créatif, je n’y pense pas du tout. En ce moment je me bats juste pour moi-même, je travaille et je sors mes sons. J’ai bien sûr entendu des choses terribles. Mais en ce moment je travaille avec des femmes extraordinaires et nous allons nous battre car certaines choses sont si graves que je ne sais plus comment les aborder. Le rap, c'est la jungle. Il y a tellement de rappeurs avec des flows différents que tout ne devient qu’une question d'attitude. Certains ne sont pas nécessairement techniques, mais ils percent parce qu'ils ont l'attitude et quelque chose à dire.

 

Marie-Gold au gala de l'ASDIQ
Marie-Gold au gala de l'ASDIQ (Association québécoise de l'industrie du disque. Photo : Instagram - marie.goldgold

 

Comment décrirais-tu ton style de rap ?

Dans mes premiers EP, j’étais dans l’exploration. J’étais plus dans des beats trap, mais je flirte aussi beaucoup avec le RnB, ce qui donne un rap très émotif, très personnel. En revanche, le style du prochain album va vraiment se redéfinir. Mon but est d'avoir un personnage dynamique, qui a du culot, mais beaucoup de ludisme dans son projet.

 

Peut-on considérer que ton nouveau single « C'est qui le boss? » donne le ton de l'album qui sortira en février ?

Oui, exactement. Bienvenue à Baveuse City aura un univers très coloré de manière générale. Toutes les chansons vont être des bangers (musique qui donne envie de danser, ndlr) qui représentent différents endroits de Baveuse City. Il s'agit d'un album concept et thématique. Chaque chanson aura un thème d'enjeu de société qui sera amené de manière ludique. « Soyons audacieux, soyons amusants, soyons colorés » : voilà ce qui résume Bienvenue à Baveuse City pour moi.

 

 

Que cherches-tu à véhiculer à travers tes textes ?

Je pense que ce que je cherche à transmettre dans mes textes est surtout l'audace. Je trouve qu’on se censure énormément inconsciemment car on a peur de déranger, de choquer ou tout simplement de ne pas être approuvé. J'écoute énormément d'artistes en France comme Mara, qui aborde beaucoup le thème de la sexualité, Alkpote, ou encore Vald, je trouve qu'il a une façon à lui d'être non censuré, hyper pertinent et intelligent. Pour moi, il est important de faire une sorte de rap intelligent, honnête, amusant et libéré. Mon rêve est d'arriver en interview à la télévision avec des grosses lunettes et dire que j'ai essayé d'imiter Vald, qui a lui même imité Gims (rires).

Je trouve qu'il y a tellement de drames dans le milieu de la musique, et tellement de retenue, que je me demande parfois "mais est-ce qu'on peut s'amuser ?"

En parlant d’audace, le clip que Vald a sorti sur un site pornographique ne serait passé au Québec. Il aurait été choquant et mal vu, je ne compte plus le nombre de fois où j'ai voulu faire des choses et qu'on m'a dit de ne pas le faire pour ne pas risquer d'être mise sur la touche. Je trouve qu'il y a tellement de drames dans le milieu de la musique, et tellement de retenue, que je me demande parfois "mais est-ce qu'on peut s'amuser ?".

 

Est-ce seulement au Québec que tu ressens cette censure ou obligation de respecter un certain code de conduite ?

Je pense que n'importe quel grand média peut être choqué par quelque chose qui sort des sentiers battus. Mais nous avons quand même envie que les gens voient les propos derrière ce que ces médias trouvent choquant. Il s'agit rarement de gestes gratuits, ils sont justifiés la plupart du temps et ont un propos derrière. En faisant cela, il y a plus de place pour exprimer des choses qui n'ont pas été souvent exprimés dans la sphère médiatique.

Dans la culture étudiante et métropolitaine le rap a une place importante au Québec, surtout à Montréal

Quelle est la place du rap au Québec ? Est-il développé ?

Je ne suis pas sociologue alors je ne peux pas parler de la place du rap de de façon profonde, mais je pense que dans la culture étudiante et métropolitaine le rap a une place importante au Québec, surtout à Montréal. Il s'agit d'une des musiques les plus populaires, et au cours des dernières années il y a eu une vague au cours de laquelle les groupes de rap étaient vraiment à la mode. Récemment, je pense qu’une autre barrière est tombée, le rap passe souvent à la radio, ce qui est très positif. Mais ce n'est clairement pas le marché monumental du rap français qui domine absolument les palmarès, et que je consomme en majorité.

 

En parallèle de ta carrière, tu es également étudiante…

Je termine mes études à Polytechnique Montréal en ce moment. Je touche du bois mais en février nous sortons Bienvenue à Baveuse City et en avril je devrais être diplômée, si tout se passe bien. Polytechnique Montréal est connue comme étant difficile, et encore plus dans ma branche, le génie physique. Il s'agit d'un programme d'ingénierie spécialisé en sciences physiques et qui dure 5 ans.

 

Ecole polytechnique de Montréal
Ecole polytechnique de Montréal. Photo : Wikimedia Commons. 

 

Comment arrives-tu à associer ta carrière avec tes études ?

Premièrement, j'ai juste accepté que je n'aurais pas des A+ comme en première année. Quand j'ai commencé mon projet solo, en première session j'ai obtenu des C. Pour moi, c'était choquant au point de presque arrêter l'école. Par la suite, accepter de ne pas avoir 100% partout m'a enlevé une grosse charge de stress. Je pense être quelqu'un d'hyperactif, j'ai beaucoup d'énergie à revendre. En revanche il n’y aucune carrière classique qui me tient particulièrement à coeur. J'adore les sciences, les causes environnementales, parler d'énergies renouvelables et d'énergie nucléaire, mais seulement de manière concrète.

 

Est-ce que ce sont des thèmes que tu abordes dans tes chansons ?

Une de mes chansons s'appelle Pousse ta luck et a été produite à un moment où je me demandais que choisir entre le rap et la physique. J'ai fini par décider que pour moi les deux étaient indissociables, je ne peux pas faire l'un sans l'autre. Faire de la physique me stimule et me permet de décrocher du rap, tandis que faire du rap me permet de décrocher de la physique. Dans mon prochain album il va y avoir un titre basé sur le thème de l’environnement : Beachclub. Je vais également bientôt sortir une capsule avec Red Bull Music pour laquelle j'ai fait un rap à propos des changements climatiques,. J'en profite tant que je peux car mon but n’est pas non plus de faire du rap éducatif.

 

 

As-tu l'ambition d'être écoutée dans toute la francophonie ?

Nous faisons ce démarchage là (auprès de médias francophones, ndlr) pour le prochain album pour deux raisons : je consomme presque exclusivement du rap européen mais en même temps mon rap reste très québécois. Mon slam va évidemment percer plus facilement au Québec mais je suis moi-même en Europe trois fois par an, et l’objectif serait pourquoi pas d’y faire quelques spectacles.

 

En ce moment, je sens que nous n’avons pas réellement de barrières sur quoi que ce soit. Dès que nous avons une idée, nous la réalisons

L'album mis à part, quelles sont tes ambitions pour l'avenir ?

Cette année a vraiment été belle, et j’ai une équipe incroyable autour de moi qui m’encourage dans mes idées et m’aide à beaucoup mieux comprendre ma direction artistique. Pour l'année à venir, nous voulons vraiment pouvoir aller au bout de nos idées folles. En ce moment, je sens que nous n’avons pas réellement de barrières sur quoi que ce soit. Dès que nous avons une idée, nous la réalisons. L'album arrive, nous avons passé deux ans et demi à travailler dessus. Après sa sortie, je terminerai mes études et nous partirons en tournée. Nous avons déjà prévu la suite des événements, mais elle viendra en temps voulu.

 

 

Envisages-tu des collaborations avec des rappeurs ou des rappeuses français ou francophones?

Bien sûr, même s’il est un peu tard pour cet album. Quand je suis à Paris, les choses sont plus faciles et se font quasiment tout de suite. Je veux faire la première partie de Vald un jour. Il y a aussi plein de magnifiques rappeuses qui explosent en ce moment. Je pense notamment à la chanson Shoot de Sally avec Chilla, Joanna, Vicky R. Le mouvement des rappeuses en France en ce moment est incroyable.

 

Mael Narpon - journaliste junior Londres

Maël Narpon

Diplomé d'une licence de sociologie à Pau et à Athènes, il intègre ensuite l'IEJ Londres. Il effectue un stage avec lepetitjournal.com Londres puis rejoint l'édition internationale en tant qu'alternant dans le cadre d'un Master à l'IEJ Paris.
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