Le 22 octobre prochain, le Ritz-Carlton de Montréal accueillera un événement aussi gastronomique qu'humain. Pour souligner le centenaire de naissance de Paul Bocuse, les équipes de L'Auberge du Pont de Collonges, la maison historique du chef lyonnais, traverseront l'Atlantique afin de préparer un dîner d'exception. Derrière cette soirée se cache aussi l'histoire d'un chef français installé au Québec, dont le parcours personnel fait écho à celui de « Monsieur Paul » jusque dans le combat contre la maladie de Parkinson.


« Il n’y a pas de bonne cuisine si au départ, elle n’est pas faite pour celui ou celle à laquelle elle est destinée » Paul Bocuse
Dans l'histoire de la gastronomie française, rares sont les chefs qui ont donné leur nom à une manière de concevoir la cuisine. Paul Bocuse est de ceux-là. Artisan de la Nouvelle Cuisine, ambassadeur de la gastronomie française à travers le monde, il a profondément transformé l'image du chef cuisinier. À une époque où les grands cuisiniers restaient souvent dans l'ombre de leurs établissements, il est devenu un visage reconnu du grand public, sans jamais renier une conviction qui l'a accompagné toute sa vie : une cuisine n'a de valeur que si elle est pensée pour faire plaisir à celui qui la reçoit.
Cette philosophie continue d'habiter L'Auberge du Pont de Collonges, près de Lyon. Plus qu'un restaurant, cette maison est devenue un lieu de mémoire où plusieurs générations de cuisiniers perpétuent l'exigence, la simplicité et le sens de l'accueil qui ont fait la réputation de « Monsieur Paul ». C'est cette équipe qui sera présente à Montréal pour préparer un menu inspiré des plats emblématiques qui ont bâti la légende de l'établissement.
Cent ans après sa naissance, Paul Bocuse continue ainsi de rassembler bien au-delà de la gastronomie. Le gala du 22 octobre ne célèbre pas seulement un immense chef : il montre que son héritage demeure vivant et capable d'inspirer de nouveaux projets.
Une idée née autour d'une conversation
Comme souvent, les plus belles initiatives naissent sans grand plan préétabli. En 2025, le chef Daniel Boulud et le vigneron Jean-Luc Colombo échangent avec Emeric Hommey et Pascal Hourriez autour d'une idée toute simple : célébrer au Québec les cent ans de leur ami Paul Bocuse. L'hommage semble naturel tant son influence demeure forte dans le monde de la restauration.
En préparant le projet, Emeric Hommey se replonge dans la vie de celui que beaucoup surnommaient « Monsieur Paul ». Il découvre alors un détail qui change complètement son regard : Paul Bocuse a lui aussi vécu les dernières années de sa vie avec la maladie de Parkinson.
« Là, je me suis dit que c'était un signe. » Cette phrase, prononcée presque spontanément pendant notre entretien, résume le moment où le projet change de nature. Le gala ne sera plus seulement un hommage gastronomique. Il deviendra également une façon de soutenir celles et ceux qui vivent aujourd'hui avec cette maladie.
Transformer l'épreuve en projet collectif
Avant d'organiser cette soirée, Emeric Hommey était chef cuisinier. Formé en France puis installé à Montréal, il exerce pendant plusieurs années avant que le diagnostic de Parkinson, posé en 2020, ne l'oblige progressivement à quitter les cuisines. Pour beaucoup, cette annonce aurait marqué la fin d'une carrière. Pour lui, elle devient le point de départ d'un autre engagement.
Avec le restaurateur Pascal Hourriez, il crée un podcast consacré aux artisans de la restauration québécoise, puis fonde l'organisme On est dans le Jus afin de rassembler les femmes et les hommes du secteur autour de leurs enjeux communs. « Je voulais garder un pied dans ce milieu que j'adore », explique-t-il. Cette volonté de rester acteur de la profession, malgré la maladie, traverse aujourd'hui tout le projet du gala.
Cette démarche a rapidement trouvé un écho dans le milieu. Les deux hommes ont notamment été nommés « Personnalités de l'année 2025 » par la Société des chefs cuisiniers et pâtissiers du Québec et finalistes des Prix Lauriers 2026 dans la catégorie « Rayonnement de la culture culinaire ».
Quand Lyon répond présent à Montréal
Pour donner corps à leur idée, Emeric Hommey et Pascal Hourriez prennent la route de Lyon afin de rencontrer les responsables de L'Auberge du Pont de Collonges. Ils viennent présenter un projet qui dépasse largement l'organisation d'un dîner : célébrer un héritage, tout en mettant la gastronomie au service d'une cause.
La réponse est immédiate. Avant même que la présentation soit terminée, les responsables de la maison Bocuse acceptent de venir bénévolement à Montréal. Le chef exécutif Olivier Couvin préparera le dîner accompagné de sa brigade. À ses côtés, le directeur Vincent Le Roux partagera avec les convives l'art du service qui fait la réputation de l'établissement. Au Ritz-Carlton, ils seront accueillis par le chef exécutif Romain Valicon, lui aussi lyonnais d'origine, tandis que plusieurs chefs installés au Québec participeront au cocktail d'ouverture.
Au fond, cette rencontre entre Lyon et Montréal raconte la même chose que la cuisine de Paul Bocuse : les savoir-faire n'ont de valeur que lorsqu'ils se transmettent et se partagent.
Une soirée au service d'une cause
Si les convives vivront une expérience gastronomique rare, la finalité du gala dépasse largement le plaisir de la table. Les organisateurs ont choisi de reverser 100 % des bénéfices à Parkinson Québec, qui accompagne les personnes atteintes par la maladie, sensibilise le public et soutient la recherche scientifique.
Cette cohérence se retrouve dans tous les aspects de la soirée. La présidence d'honneur a été confiée à Sandra Ferreira, présidente du Groupe Ferreira, une institution de la restauration à Montréal. Fille de restaurateurs, elle a repris et développé l'entreprise familiale avec la même exigence de qualité, de transmission et d'accueil qui caractérisait Paul Bocuse.
Ce parallèle a convaincu les organisateurs qu'elle incarnait naturellement les valeurs portées par ce gala. La journaliste Catherine Lefebvre animera la soirée et le chanteur Alex Nevsky y offrira une prestation en mémoire de son père. Tous deux sont personnellement touchés par la cause, une personne proche de Catherine Lefebvre étant elle aussi atteinte de la maladie de Parkinson.
Même l'affiche officielle est porteuse de sens : elle a été créée par l'artiste québécoise Stéphanie Boisvert, diagnostiquée avec la maladie à seulement 36 ans.
Limitée à 160 convives, la soirée réunira des passionnés de gastronomie, des entrepreneurs et des philanthropes autour d'une même ambition : faire de la cuisine un levier de solidarité autant qu'un moment de célébration.
Quand un héritage continue d'inspirer
On mesure souvent la grandeur d'un chef aux recettes qu'il laisse derrière lui. L'héritage de Paul Bocuse se mesure peut-être davantage aux rencontres qu'il continue de provoquer. Un siècle après sa naissance, son nom demeure capable de faire traverser l'Atlantique à une brigade lyonnaise, de mobiliser des chefs québécois, des artistes, des entrepreneurs et des bénévoles autour d'une même table.
Le 22 octobre prochain, au Ritz-Carlton de Montréal, la gastronomie française sera bien sûr à l'honneur. Mais ce dîner rappellera surtout qu'une grande table n'est jamais seulement un lieu où l'on mange. Elle est aussi un espace où se transmettent des valeurs, où se créent des liens et où naissent parfois de nouvelles espérances. C'est sans doute la plus belle manière de célébrer l'héritage de Paul Bocuse : continuer à mettre l'excellence au service des autres.

Infos pratiques
Événement : Gala des 100 ans de Paul Bocuse
Date : Jeudi 22 octobre 2026
Lieu : Ritz-Carlton Montréal
Organisateurs : OBNL On est dans le Jus
Au profit de : Parkinson Québec (100 % des bénéfices)
Présidence d'honneur : Sandra Ferreira
Animation : Catherine Lefebvre
Capacité : 160 convives
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