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Dog days of summer : quel lien avec la canicule ?

Chaque été, les médias anglophones annoncent le retour des dog days of summer. Les francophones, eux, parlent de période de canicule. Tout semble opposer ces deux expressions. Pourtant, elles sont nées de la même observation du ciel il y a plus de deux mille ans.

Dog day - caniculeDog day - canicule
Sirius, l'étoile du Grand Chien, a donné naissance aussi bien aux dog days of summer qu'au mot « canicule ». Illustration LPJ-IA

 

 

En ce début août, nous entrons dans le dernier tiers de ce que les anglophones appellent les dog days of summer. Chaque été, les médias de langue anglaise utilisent cette formule pour désigner les journées les plus chaudes de l'année.

Pour un francophone, elle peut sembler étrange. Quel rapport peut-il bien y avoir entre un chien et les grandes chaleurs de l'été ?

La réponse est aussi inattendue que fascinante : le mot « canicule » est né de la même histoire.

 

Dog days ou dog days of summer ?

L'expression complète est dog days of summer (« les jours du chien de l'été »). C'est celle que l'on retrouve dans les dictionnaires, les ouvrages de référence ou les titres d'articles.

Dans l'usage courant, les anglophones la raccourcissent souvent en dog days, tout simplement, lorsque le contexte est évident.

Dans les deux cas, il ne s'agit pas de chiens qui souffriraient de la chaleur ou passeraient leurs journées à dormir. Cette interprétation moderne est séduisante, mais elle est erronée.

Pour comprendre l'origine de ces mots, il faut lever les yeux vers le ciel.

 

Tout commence avec Sirius

Il y a plus de deux mille ans, Grecs et Romains observaient attentivement les étoiles.

L'une d'elles attirait particulièrement leur attention : Sirius, l'étoile la plus brillante du ciel. Son nom grec, Seirios, signifie « brûlant » ou « ardent ».

Sirius appartient à la constellation du Grand Chien (Canis Major). Les Romains la désignaient également sous le nom de Canicula, qui signifie « la petite chienne », diminutif de canis, le chien.

Les Anciens avaient remarqué qu'après plusieurs semaines d'absence, Sirius réapparaissait à l'aube au moment où commençaient les plus fortes chaleurs de l'été. Ne connaissant pas encore les mécanismes qui expliquent les saisons, ils en conclurent que l'éclat de Sirius venait s'ajouter à celui du Soleil, provoquant les grandes chaleurs de l'été.

Les Romains parlaient alors des dies caniculares, les « jours de la Canicule ».

 

Deux langues ont conservé deux héritages différents

C'est ici que les chemins du français et de l'anglais se séparent. L'anglais a conservé l'image du chien. Les dog days font toujours référence, au moins dans les mots, au Grand Chien dont Sirius est l'étoile principale.

Le français, lui, a conservé un autre héritage. Notre mot canicule vient directement du latin canicula, le nom donné par les Romains à Sirius.

Autrement dit, lorsque les médias anglophones parlent des dog days et que les médias francophones annoncent une canicule, ils utilisent deux expressions différentes… qui renvoient à la même étoile.

 

Pourquoi le lien est-il devenu invisible ?

La réponse tient à l'évolution des langues. En français, plus personne ne perçoit spontanément le lien entre canicule et canin. Pourtant, les deux mots appartiennent à la même famille.

Ils dérivent tous du latin canis, le chien. On retrouve cette même origine dans canidé, canine ou encore dans le nom scientifique de nombreuses espèces.

Le suffixe latin -cula exprimait un diminutif. Canicula signifiait donc littéralement « la petite chienne ». Avec les siècles, le mot a perdu son sens astronomique pour ne conserver que celui des grandes chaleurs.

 

Pourquoi sommes-nous plus fatigués pendant les grandes chaleurs ?

Si l'explication antique faisait intervenir une étoile, la science moderne apporte une réponse différente.

Lorsque les températures augmentent, l'organisme doit travailler davantage pour maintenir une température corporelle stable. La transpiration, la circulation sanguine et les mécanismes de refroidissement sollicitent davantage le système cardiovasculaire.

Cette mobilisation explique la sensation de fatigue, de lourdeur ou de baisse de motivation que beaucoup ressentent durant les journées les plus chaudes.

Notre corps ne manque pas d'énergie ; il en consacre simplement une plus grande part à sa propre régulation.

 

Les mots ont parfois une mémoire plus longue que nous

Les civilisations changent, les connaissances scientifiques évoluent et les croyances disparaissent. Les mots, eux, continuent souvent leur chemin.

Ils transportent avec eux des fragments d'histoire dont nous avons perdu la clé.

La prochaine fois que vous entendrez un journaliste parler des dog days of summer ou qu'une alerte de canicule sera diffusée en français, vous ne penserez peut-être plus seulement à la météo. Vous vous rappellerez qu'avant d'être des expressions du quotidien, ces deux mots étaient d'abord une manière d'expliquer le ciel.

 

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