À l’occasion de la sortie d’un film sur la genèse de « À bout de souffle », la Cineteca de Milan organise une rétrospective dédiée à Jean-Luc Godard. Au programme dans les salles à partir du 13 février : dix films emblématiques du réalisateur français.


Une vague de films français déferle sur Milan. S’il est un cinéaste qui a su briser les codes et réinventer le langage cinématographique, c’est bien Jean-Luc Godard. Figure majeure de la Nouvelle Vague française, réalisateur engagé à la personnalité radicale, il est au cœur de la rétrospective que lui consacre la Cineteca Milano, intitulée « Le cinéma, c’est la vérité vingt-quatre fois par seconde – Hommage à Jean-Luc Godard ». La manifestation se tiendra au cinéma Cineteca Milano Arlecchino du 13 février au 21 mars 2026.
Un film consacré à la genèse de « À bout de souffle »
La rétrospective accompagne la sortie en salles, le 5 mars, de Nouvelle Vague. Le film de Richard Linklater, présenté à Cannes, retrace la genèse de À bout de souffle, premier long métrage de Godard réalisé en 1959. Sur une filmographie riche d’une quarantaine de longs métrages, la Cineteca de Milan en a retenu dix, parmi lesquels À bout de souffle, mais aussi les incontournables Le Mépris et Bande à part.
Tous les films projetés appartiennent aux années 1960, décennie la plus féconde du cinéaste et âge d’or de la Nouvelle Vague. Le public pourra ainsi (re)découvrir Le Petit Soldat (1960), Vivre sa vie (1962), Une femme mariée (1964), Alphaville (1965), Pierrot le fou (1965), Deux ou trois choses que je sais d’elle (1966) et La Chinoise (1967).
Une figure transgressive
Né à Paris en 1930 et disparu en 2022 à Rolle, en Suisse, Jean-Luc Godard demeure l’un des cinéastes les plus influents de l’histoire du cinéma moderne. Ancien critique aux Cahiers du cinéma, il débute derrière la caméra avec À bout de souffle, œuvre-manifeste qui incarne les aspirations d’une génération : un cinéma libre, à faible budget, affranchi des contraintes industrielles et des règles classiques du récit. En 2011, il reçoit un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.
À la remise en question du langage cinématographique s’ajoute rapidement une critique frontale des valeurs sociales dominantes. Des films comme Vivre sa vie, Le Mépris, Une femme mariée ou Masculin féminin interrogent l’aliénation, le consumérisme et les rapports de pouvoir. À partir de 1967, Godard radicalise encore son approche en s’engageant dans un cinéma explicitement militant et marxiste, avec des œuvres telles que La Chinoise, Luttes en Italie ou Tout va bien.
À la fin des années 1970, son cinéma se transforme à nouveau : plus lyrique, plus ironique, marqué par une conscience aiguë de la crise du monde contemporain. Des films comme Sauve qui peut (la Vie), Prénom Carmen ou Nouvelle Vague témoignent d’une nouvelle sensibilité esthétique. Dans les décennies suivantes, le cinéaste poursuit une exploration toujours plus expérimentale des formes visuelles, jusqu’à réécrire une histoire critique du cinéma avec Histoire(s) du cinéma. Son dernier long métrage, Le Livre d’image (2018), reçoit une Palme d’or spéciale à Cannes.
Un cinéma de la rupture et de la pensée
Cinéma du fragment, du collage et de la citation, l’œuvre de Jean-Luc Godard s’est construite en opposition au récit classique. Montages discontinus, usage emblématique du jump cut, narrations ouvertes ou inachevées : chez « Godard », le film devient un espace de réflexion plus qu’un simple récit. Ses personnages interpellent le spectateur, les images dialoguent avec la littérature, la peinture, la musique et la philosophie.
À partir du milieu des années 1960, son engagement politique s’intensifie, nourri par une critique du capitalisme et des structures de pouvoir, dont La Chinoise constitue l’un des sommets. Dans les dernières années de sa carrière, Jean-Luc Godard pousse encore plus loin la radicalité de son art, explorant le numérique et la 3D comme outils de rupture plutôt que comme procédés narratifs. Ses derniers films, à l’image de Adieu au langage, interrogent ouvertement la fin du cinéma, du langage et de l’Occident, faisant de son œuvre un véritable laboratoire de pensée en images et en sons.
Informations pratiques : Via San Pietro all’Orto, 9
Du 13 février au 21 mars 2026. Retrouvez le programme complet sur le site de la Cineteca.
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