Édition internationale

LIVRE - "Cette rencontre avec Marguerite Duras a changé ma vison de l’amour"

Écrit par Lepetitjournal Milan
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 10 juillet 2014

A l'occasion du centenaire de la naissance de Marguerite Duras, la rédaction a rencontré sa confidente, l'italienne Leopoldina Pallotta della Torre de passage qui était de passage à L'Institut Français Milano à l'occasion de la réédition en France de son livre La passion suspendue. A l'époque jeune journaliste, elle nous confie sa rencontre en 1987, qui a donné naissance à ce livre merveilleux.

"Cette rencontre a changé ma vison de l'amour"

"Je me suis présentée à elle sous une pluie battante avec un pot de tortellini alla parmigiana que ma mère avait préparés" se souvient Leopoldina, encore amusée de l'anecdote. A la première tentative, Yann Andrea, le dernier compagnon de l'écrivain lui avait refusée l'entrée et l'avait invitée à se présenter de nouveau le lendemain.

Audacieuse et tenace, à la seconde tentative, elle a pu entrevoir le monde secret d'une des femmes françaises les plus importantes et les plus énigmatiques  du XXe siècle. Elle se souvient de ses yeux comme des saphirs foncés et de sa voix jeune. "Quand je l'ai vue, ce fut un choc. Elle était complètement déformée. Son visage était comme un paysage photographié par Stanley Greene". Elle se souvient : "Elle fermait souvent les yeux ; j'ai regardé ce visage. Je l'ai pénétré".

Leopoldina Pallotta della Torre alors jeune journaliste pour La Stampa, s'invita petit à petit dans l'univers que Duras s'était créé. Duras semblait se mettre en scène, puis elle marquait de grands silences que Leopoldina ne chercha pas à remplir. Elle ne lui posait pas de questions. Elle la laissait parler. Puis un jour, elle lui raconta une histoire. Elle avait été suivie par un homme alors qu'elle descendait du taxi. L'histoire plut à la femme écrivain. "Alors, je suis devenue un peu une inspiratrice mais aussi une prédatrice, ce qu'elle était aussi. J'ai pris beaucoup d'elle. Je connaissais tout d'elle ; et elle le savait".

Leopoldina ne prenait jamais de rendez-vous. Elle montait à Paris à l'improviste pour ne pas créer de distance. Chaque séance se ressemblait. "Nous nous retrouvions toujours dans la même pièce, aux même places". Et pendant qu'elle s'ouvrait, Marguerite Duras mangeait des bonbons à la menthe, sans jamais en offrir à la jeune femme.

"Cette rencontre a changé ma vie, toute ma vison de l'amour".

La Passion suspendue réédité

Outre le fait que La Passion suspendue soit un livre exceptionnel de par la personnalité des confidences recueillies, Leopoldina Pallotta della Torre offre aux passionnés de Duras un livre parlé. La mémoire secrète de celle qui se fit connaître mondialement avec L'Amant. Un livre que Leopoldina reçut elle-même d'un amant. Un livre qui l'a bouleversée comme tous les autres de Duras ; ses pièces de théâtres et ses films, qu'elle dévora avant l'heure de la rencontre.

Publié en 1989, une seule fois en langue italienne, ce dialogue a bâton rompu avait disparu. Ignoré des admirateurs de Duras, oublié pendant presque 20 ans, René de Ceccaty le fit sortir de l'ombre ce printemps en en publiant une version française, disponible aux éditions Le Seuil. Il est désormais traduit en dix langues.

Non sans émotion, 25 ans plus tard, Leopoldina Pallotta della Torre nous explique comment elle a travaillé ce livre exceptionnel qui lui valut deux années et demi de sa vie. "Je ne prenais pas de notes, pas d'enregistrements. Je me souviens que les premières fois où je suis allée chez elle, j'avais l'impression de ne rien avoir entre les mains".

Cette rencontre reste une part très intime de la vie de Leopoldina. A l'époque, elle avait 23 ans. Depuis, elle a travaillé 12 ans à Berlin. "Aujourd'hui, c'est comme si elle était revenue me saluer" confie-t-elle.

"Avec cette réédition, j'ai compris que les livres ont une vie à eux".

Sophie Her (Lepetitjournal.com de Milan) ? jeudi 10 juillet 2014

 

La Passion suspendue?, Entretiens avec Marguerite Duras

De Leopoldina Pallotta della Torre

Traduit par René de Ceccatty - 196 pages - 17 euros.

Crédits photos : S.H pour lepetitjournal.com

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Publié le 9 juillet 2014, mis à jour le 10 juillet 2014
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