Mercredi 30 septembre 2020

Le chemin difficile du Mexique pour réduire le plastique

Par Joséphine Leblanc | Publié le 08/07/2020 à 17:57 | Mis à jour le 09/07/2020 à 10:22
Mexique réduire plastique

Avec plus de sept millions de tonnes de plastique produites par an et des milliers de conteneurs à usage unique laissés dans les rues, le Mexique est face à un lourd défi pour réduire sa consommation de plastique.

 

Des terrasses de la ville, on peut voir le flux de femmes portant des sacs en plastique contenant les courses de la journée. Encore plus un jour de marché.

Les médias et dirigeants ont annoncé la fin des sacs à usage unique le 1er janvier dernier. Seuls six mois se sont écoulés mais rien ne s'est vraiment produit. Ou presque rien.

Les marchandises ne sont plus emballées de plastique dans les supermarchés, sauf pour la viande, le poisson, les concombres et les fraises. Cependant, il arrive que la viande soit déposée dans un bac en unicel, encore plus polluant.

Du nord au sud, des montagnes aux plages, les rues sont encore pleines de ces petits plateaux, verres et couverts jetables, bouteilles de boissons, emballages de bonbons... Dans les paysages naturels, le vent a propagé ces conteneurs qui dévorent les rivières et les mers.

Dans ce scénario, les sacs en plastique semblent être un problème mineur.

 

Une industrie qui peine à évoluer

Les supermarchés semblent les seuls à respecter cette loi en mettant en vente d'autres sacs, en tissu non tissé (polypropylène) et souvent vert, qui arrivent souvent à la maison cassés ou sur le point de l'être, c'est à dire qu'ils sont quasiment à usage unique. Et la couleur n'est pas un détail. En effet, le vert est plus toxique que le bleu, le rouge ou le blanc, mais les entreprises demandent la couleur verte.

« Le pigment vert laisse une plus grande empreinte environnementale, mais c'est la couleur que l'on nous demande », explique Víctor Posadas, directeur général d'une usine de sacs en plastique à Toluca. « La couleur naturelle, transparent, est moins toxique », soutient le responsable d'Innovaplastix, où aujourd'hui la production s'est tournée vers des sacs mortuaires ou des vêtements en plastique pour les fossoyeurs et autres professionnels en contact direct avec le coronavirus.

Les couleurs ont toujours été importantes dans l'industrie, car elles peuvent convaincre ou tromper le consommateur. « Les sacs bruns sont désormais plus populaires parce que les gens les prennent pour des sacs compostables », explique Posadas.

Le recyclage des déchets devient inextricable et tout le monde pourrait penser qu'un plastique plus dense et plus résistant est plus nocif pour l'environnement. « Ce n'est pas vrai », dit Posadas, « et ce sont les sacs qu'ils interdisent précisément ». « Les fabricants devraient accepter et fabriquer des sacs à haute densité, qui seraient également réutilisables. Nous devons également nous mettre d'accord sur les composants et les colorants dans la fabrication, cela faciliterait le travail lorsque nous devons les recycler à l'usine, peu importe d'où ils viennent ».

Au Mexique, il existe jusqu'à 100 projets de loi pour interdire, remplacer ou réduire la consommation de plastique. Et 25 états ont des lois déjà approuvées, selon les données de l'Association nationale de l'industrie des plastiques (ANIPAC). Mais c'est une chose de publier les lois et une autre de les respecter... Il n'y a pas de sanctions, et s'il y en avait, la corruption de rue serait en charge du problème. « Si une personne est condamnée à payer une amende de 160 000 pesos pour l'utilisation de sacs plastiques, un inspecteur règlerait le problème pour 2 000 pesos » déclare un militant pour la mise en place de ces sanctions.

Avec ce scénario, il semble presque impossible d'atteindre les objectifs convenus pour 2025, 2030 ou même 2050. Cette dernière date est presque un ultimatum mondial : si d'ici là aucune action n'a été prise en la matière, il y aura plus de plastiques que de poissons dans les océans.

Un passage dans les rues de la capitale mexicaine repousse encore plus tous ces objectifs. Il semble qu'il faudra près de 100 ans pour réduire le plastique, mais la date limite pour mettre fin aux produits jetables est fixée au 1er janvier 2021. « Oui, il est difficile de penser que le plastique sera réduit dans quelques mois, mais nous travaillons dur pour cela », assure la directrice générale de l'évaluation de l'impact et de la réglementation environnementale de Mexico, Andrée Lilan Guige Pérez. Il fait confiance aux « campagnes de sensibilisation qui reprendront dans quinze jours » pour informer les citoyens. Guige dit qu'il ne sait pas quel pourcentage de plastique jetable est impliqué dans l'activité mobile, mais ce n'est pas une petite chose et ce sera la partie la plus compliquée, car le gouvernement de la ville avance avec pour objectif de ne pas nuire à l'économie des personnes qui en vivent quotidiennement.

La reconversion de l'industrie du plastique « ne peut pas se faire du jour au lendemain, mais la date limite doit être fixée à 2025 », a déclaré le président de l'ANIPAC, Aldimir Torres Arenas. Il fait également une autocritique : « Nous avons créé des besoins pour les produits que nous fabriquons, nous avons été irresponsables, tant l'administration que les citoyens. Nous ne sommes pas encore prêts pour un grand changement, mais nous travaillons pour l'être en 2025 ». Torres ne pense pas que la reconversion industrielles du plastique signifie la perte d'emplois, mais plutôt une modification des produits. « Le plastique n'a pas été le méchant ni n'est maintenant le héros avec la pandémie. C'est tout simplement un excellent allié lorsqu'il est utilisé de manière responsable et n'est pas abusé ».

Chaque année, 400 millions de tonnes de plastique sont produites dans le monde. Le Mexique en représente 7 millions, qui emploient directement 193 000 personnes et génèrent des ventes d'une valeur de 368 000 millions pesos. Tout cela représente 3% du PIB manufacturier. 4 millions de tonnes sont exportées et plus d'un million sont recyclées. Le conteneur et l'emballage représentent près de la moitié (47%) de la production, toujours selon les données de l'ANIPAC.

 

Des habitudes et des disparités qui persistent

Gabriela Jiménez, biologiste à l'Institut d'écologie de l'UNAM, se souvient du tremblement de terre qui a frappé le Mexique en 1985. Parmi les morts, les bâtiments clôturés et ceux qui s'effondraient, « il était important de survivre et le gouvernement a distribué de l'eau dans des bouteilles en plastique. Les couverts et les assiettes étaient jetables car il n'y avait pas d'eau pour nettoyer ». Et les Mexicains se sont habitués à cette manière confortable et aseptique d'aller de l'avant.

La deuxième vague que Jiménez souligne est l'exode de la campagne vers la ville, « où le temps court. Tout est rapide, on prend le petit-déjeuner dans le bus, on mange à la cafétéria ou à sa table de bureau, on boit un jus dans la rue, ce qui compte c'est de rentrer tôt ». En ville, les cuisines des appartements sont également de plus en plus petites.

« Tout est une affaire de changements de coutumes », explique Jiménez. « Peut-être qu'un rappeur fera plus pour le changement d'habitudes que 10 campagnes d'État » maintient Jiménez. A ce stade, le Mexique révèle à nouveau sa plus grande difficulté à changer le cours de l'Histoire et à dicter des lois : l'écart profond entre certaines classes sociales et d'autres, entre les plus pauvres (la moitié de la population) et les autres. Le changement d'habitudes ne peut pas être le même pour tout le monde. Alors que dans les maisons les plus humbles de nombreux récipients en plastique attendent une double ou triple vie, dans les quartiers riches la modification des coutumes est parfois associé à la mode.

Bienvenue à la mode d'être écologiste, mais à quel prix ? Car si au lieu de changer les habitudes, seuls les produits sont modifiés, on transfère juste le problème. On parle de sacs en feuilles de bananier, d'amidon de maïs, de noyaux d'avocats... « Toute solutions issue des cultures n'en est pas une, car l'utilisation du sol ne sera pas durable et la déforestation est un risque probable. Certaines lois proposent également de fausses solutions, comme encourager l'utilisation de produits biodégradables, qui ne fonctionne pas car la formule de consommation reste la même : utiliser puis jeter. Ce que nous devons faire est réduire la consommation et utiliser des matériaux qui peuvent être réutilisés plusieurs fois », explique la spécialiste des consommateurs et responsable du changement climatique chez Greenpeace au Mexique, Ornella Garelli.

Le PDG d'Innovaplastix, à Toluca, ajoute également : « Aujourd'hui, on pollue davantage avec la fabrication de plastique de maïs, pas seulement à cause de la production de céréales, d'eau, de produits chimiques, mais car plus d'énergie est dépensée dans la fabrication de 250 kilos de ce matériau que dans 400 films plastiques conventionnels. Il en va de même pour les compostables, les entreprises ne sont pas prêtes », dit-il.

Ces nouveaux produits sont ceux que l'on voit maintenant dans les quartiers les plus riches de n'importe quelle grande ville. Le Mexique n'est pas l'exception. Pailles d'avocat, contenants alimentaires en carton, sacs soi-disant biodégradables... Ils peuvent payer la prime pour ces contenants. Cependant, dans la périphérie, des tasses et assiettes jetables jonchent le sol des rues.

Qui est le mieux préparé à faire un saut vers un monde sans plastique dans un pays comme le Mexique, dans une ville comme Mexico ?

L'écologiste Garelli mentionne certains emballages ridicules : une mandarine pelée et mise dans un verre, des livres emballés dans du plastique, une banane sur un plateau d'unicel ou encore une valise entourée mille fois de plastique résistant. Sans oublier les difficultés à déballer un cadeau : d'abord le papier, puis la boîte, puis un plastique pour chaque pièce, puis le papier bulle... « L'emballage est excessif » reconnaît Torres Arenas de l'UNIPAC.

Dans cette transition attendue vers une consommation différente, vers un changement des habitudes, les quartiers pauvres gagnent à nouveau. Selon Jiménez, « Iztapalapa se reconvertirait avant la Roma, car les habitants ont l'habitude de manquer, de se passer de beaucoup de choses. Ils seront d'adapter et savent recycler », assure-t-il.

Au final, la bourgeoisie encourage la révolution et le peuple la consolide.

Les pauvres et les riches. Qu'en est-il des jeunes et des vieux ? De qui peut-on attendre un changement vers un monde plus durable ?

Des milliers d'adolescent ont défilé dans les grandes villes pour demander aux dirigeants du monde entier d'hériter d'un monde meilleur. Mais des centaines d'entre eux consomment les technologies sans freins, des vêtements presque jetables et enchaînent les livraisons à domicile dans des barquettes en plastique.

« Je ne mettrais pas tout le monde dans le même sac, il y a beaucoup de gens qui veulent changer, qui se soucient de leur santé et de la planète » explique Garelli. « Nous promouvons des actions telles que l'achat de vêtements d'occasion, la réutilisation des bateaux... Mais peut-être devons-nous diversifier le message et leur dire que de nombreux produits entraînent non seulement un abus de plastique, mais peuvent également provoquer des problèmes de santé, du diabète, de l'obésité ». Des maladies qui font des ravages au Mexique.

Jiménez insiste également sur le chemin de l'éducation. Peut-être que pour certaines générations qui consomment du soda pour le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner, les dommages environnementaux du plastique ne sont pas leur préoccupation. Mais avec les jeunes, les comportements peuvent encore être éduqués.

 

L'arrivée de la pandémie de covid-19

Et puis le coronavirus est arrivé. Alors que de nombreux pays semblaient en bonne voie (pour ceux qui croient au changement climatique), la pandémie est arrivée et on a assisté à une involution dans les rues. « Ce n'était pas parfait mais nous étions sur la bonne voie », explique Garelli. « Nous n'avons jamais critiqué l'utilisation du plastique pour un usage médical, ce n'est pas dans les discussions ». Mais les consommateurs ont vu dans le matériel en plastique des moyens de désinfection à domicile. Cependant, la question ne tarda pas à venir. Quelle est la permanence du virus dans un plastique ? Et sur du papier ? Ou du carton ?

L'industrie répond : « Dans du plastique, la permanence du virus est de quatre jours, dans de l'aluminium elle est de seulement trois jours mais sur du papier elle monte de huit à seize jours car la matière est poreuse » explique Víctor Posadas.

Mais à l'Institut d'écologie, les données que propose Jiménez sont très différentes : « Quatre heures dans l'air, douze heures sur du papier et trois à cinq jour dans du plastique. Le meilleur reste le cuivre ». Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine conclu que le virus peut rester infectieux jusqu'à trois jours et seulement vingt-quatre heures sur du papier ou du carton. A peine quatre heures sur du cuivre. La recherche a été menée à l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses des États-Unis, aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et aux universités de Californie (UCLA) et de Princeton.

Un dicton mexicain dit : « Quand certains pleurent, d'autre font des mouchoirs ». Dans l'entreprise de Víctor Posadas, une femme avec un masque coud des pantalons, des camisoles, des couvre-chaussures, tout en plastique vert. C'est l'équipement pour la pandémie, qu'ils exportent même aux Etats-Unis. La machine ne s'arrête pas, cinquante combinaisons par jour. Ils ont déjà vendu 50 000 housses pour le corps. Avant la pandémie, ils ont vendu 500 kilos de sacs pour éliminer les déchets biologiques. Désormais, six tonnes sortent de l'usine chaque mois.

Cependant, les machines de l'usine de Posadas jettent 1 200 tonnes de sacs par an. Il sait que des sacs chinois apparaissent dans les mers chiliennes, et que des bouteilles en plastique malaisiennes apparaissent sur les plages de Cancun. Ils sait que l'industrie doit se retourner. Mais bien que les sacs aient été interdits dans les supermarchés, ils sont toujours vendus.

Pourquoi alors la loi ? Est-ce suffisant ?

Il semble difficile pour le Mexique d'atteindre les objectifs fixés pour réduire cette consommation. Et comme la capitale reste une ville sans poubelles dans les rues, le paysage restera probablement le même. La solution viendra peut-être de la fiscalité, comme il a été fait en Europe. L'Espagne vient d'annoncer une taxe verte sur les emballages, qui se traduira, selon les calculs du gouvernement, par une collecte annuelle de 724 millions d'euros. Et c'est l'un des pays les moins taxés à cet égard. Avec cela, ils prévoient de réduire la production de déchets de 15% dans tout le pays.

Chaque année, 8 millions de tonnes de plastique atteignent les océans, presque autant que le Mexique n'en produit. Le chemin pour continuer à manger du poisson dans ces conditions ne sera pas facile.

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Portrait Joséphine Leblanc

Joséphine Leblanc

Après une formation juridique qui lui a permis de s’expatrier au Vietnam, elle se spécialise en communication et médias (IFP). Aujourd’hui elle a quitté Paris pour s’installer à Mexico.
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