Édition internationale

MARLENE MOCQUET – La peinture comme analyse

Marlène Mocquet a 33 ans. Cette artiste peintre que son galeriste hongkongais Philippe Koutouzis décrit affectueusement comme la Marion Cotillard de la peinture, a connu une ascension fulgurante après être sortie des Beaux-Arts en 2006. A tel point que lors de son exposition au Musée d'Art Contemporain de Lyon, certains journalistes sont allés jusqu'à parler d'une rétrospective. Elle s'est confiée au PetitJournal.com, en toute sincérité

Marlène Mocquet devant la préhistoire hystérique (Photos avec la courtoisie de FeastProjects)

Le PetitJournal.com Hong Kong : A à peine 33 ans, vous avez connu une ascension fulgurante dans le monde de la peinture. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours et votre arrivée à la peinture ?
Marlène Mocquet : J'ai commencé la peinture à un moment crucial de ma vie, à 14 ans, où j'ai ressenti un besoin de m'exprimer par ce biais pour me sortir d'une situation personnelle difficile. Les mots ne sortaient pas mais la peinture a été mon exutoire. J'ai alors décidé d'orienter mes études vers l'art appliqué puis aux beaux-arts à Paris. Je suis sorti en 2006, félicitée de ma promotion et j'estime avoir eu de la chance d'être tombée sur un jury très sensible à mon travail, à ma manière peu conventionnelle d'aborder la peinture. Le jury était composé de 2 théoriciens, Thierry Raspail, directeur du Musée d'art contemporain de Lyon et Claire Le Restif, directrice du Credac, le centre d'art contemporain d'Ivry sur Seine, et de 2 plasticiens, Régine Kolle, artiste peintre, et Daniel Firmin, plasticien qui était représenté par le galeriste Alain Gutharc. Très enthousiaste Daniel Firmin appelle Alain Gutharc son galeriste qui vient le lendemain et me propose immédiatement de me représenter. Le même jour, Alain, ami proche de Christian Lacroix, lui parle de moi alors que celui-ci préparait un défilé dans la cour des Beaux-Arts. Christian Lacroix vient ensuite à mon diplôme et me demande de faire sa carte de voeux. C'est donc un extraordinaire enchainement qui s'est produit en l'espace de 24 heures et qui a bouleversé ma vie car j'étais alors une étudiante sans le sou.

Après ces débuts incroyables, comment se déroule la suite ?

Dès octobre 2006, Alain Gutharc montre mes oeuvres à la FIAC et c'est un grand succès. J'expose chez Alain en avril 2007, puis en 2009, je fais ma première exposition au Musée d'Art Contemporain de Lyon avec des ?uvres sélectionnées sur dix années.

A cause du pipeau, Marlène Mocquet

Votre peinture est mystérieuse car elle manie les genres sans se soucier des étiquettes : peinture naïve et surréaliste, animaux fantastiques et personnages monstrueux, mélange de matières et de formats ? D'où provient votre inspiration et quelles sont vos influences ?
Mon travail est un univers à part entière, en perpétuelle construction. Il se nourrit de la vie, de ses aléas, c'est une analyse en mouvement. J'aime notamment utiliser des éléments symboliques pour les mettre en opposition, de manière à exprimer des émotions, un état émotionnel, une attitude. Avec la matière, c'est pareil : les oppositions, les mélanges que je constitue symbolisent nos propres aspérités et la complexité de notre nature.
Je commence une toile sans aucune idée préconçue. Au début il y a une impulsion, puis après avoir utilisé la matière je pense que j'évolue dans un état inconscient tout en m'imprégnant de ce que je perçois. J'élabore alors des relations entre les composantes de la toile. Les relations s'établissent et tout devient clair sur le point ou je souhaite arriver. Je revendique le contrôle de chaque peinture dans ses moindres recoins. Si la toile est vide c'est parce que je l'ai souhaité. Je pense que les chinois comprennent cela très bien.

Alain Gutharc a dit de votre ?uvre : "C'est la peinture qui guide le processus : les projections, les coulures, les taches, prennent forme et rencontrent son univers". Vous trouvez ensuite des titres "L'ostréiculture humaine", "L'homme poussière et le violoniste", "
La ville à l'envers "? à vos tableaux, clés pour ouvrir le mystère de votre création ou au contraire pour s'y perdre un peu plus. Pouvez-nous en dire un peu plus sur ces titres ?
Je les trouve alors que la toile est déjà aboutie. Je les considère comme la dernière touche. Cela permet de donner une nouvelle existence au sujet et ouvre pour le spectateur des pistes de lecture qui ne sont absolument pas fermées. Dans mes tableaux, j'apparais souvent sous forme de coccinelle ou de petite fille à la robe rouge et aux pois blancs?
Dans le tarot, la robe rouge c'est celle de l'impératrice sous sa cape bleue ? J'ai appris plus tard que c'est  aussi la fécondité, la chair, la matrice, la matière ? le plus souvent j'ignore le contenu du symbole alors que j'en étais proche et je l'utilise tout à fait inconsciemment.
Mais je n'aime pas donner de clés car j'estime que chacun peut avoir sa propre interprétation du tableau, sans être pris dans le carcan d'une définition.

Vous voilà à exposer pour la première fois à Hong Kong mais vous avez déjà exposé dans des lieux aussi prestigieux que la FIAC à Paris, à Shanghai, à New York ou au Musée d'Art Contemporain de Lyon. N'est-ce pas difficile de vivre une telle notoriété et comment gérez-vous les attentes qui en découlent ?
En tant que peintre, la notoriété peut vous aider mais elle peut aussi vous détruire. Mon entourage proche n'est pas dans le monde de l'art et j'ai les pieds sur terre.  Et puis enfin ce qui compte le plus pour moi c'est le travail dans l'atelier qui me confère mon équilibre. Mais bien entendu je ne renie pas la lumière. C'est vertigineux, très excitant et j'ai aussi besoin de cela. Je suis productive mais je ne travaille pas en séries, le renouvellement vient seul. L'idée de répéter est contraire à mon tempérament. C'est un défi permanent, cela fait aussi partie de l'aventure.

Comment expliquez-vous que dans le domaine des arts plastiques, il soit si difficile pour une femme de percer alors que ce n'est plus le cas dans les domaines de la musique, de la littérature ou du cinéma ? Existe-t-il une forme de machisme dans le monde de la peinture ?

Je crois que la situation des femmes dans le domaine des arts a déjà bien évolué. On m'a déjà dit que j'ai une attitude d'homme, à cause de mon franc-parler. Un de mes amis m'a dit un jour que j'étais un homme dans un corps de femme !
Ceci dit, l'année dernière au centre Pompidou, l'exposition Elles, de par son titre, révèle que la polémique est toujours d'actualité.

Que vous inspire Hong Kong et Shanghai et sont-ce des lieux où vous aimeriez peindre sous quelque forme que ce soit ?

J'ai adoré la ville de Shanghai que j'ai découverte quand j'ai participé à la Biennale. C'est une ville pleine de paradoxes qui a subi des bouleversements importants. Je ne connais pas bien Hong Kong mais je suis ravie d'exposer à FEAST Projects sur la proposition de Philippe Koutouzis. Hong Kong prend enfin sa place sur la carte du monde de l'art avec la foire de Bâle qui s'y installe. Je veux que mon univers se propage en Asie.

Et la suite ?

Une autre exposition à New York dans trois semaines à la galerie Haunch de Venison avec des céramiques et des peintures.

Propos recueillis par Eric Ollivier (www.lepetitjournal.com/hongkong.html), jeudi 19 avril 2012


et Feast Projects présentent

MARLENE MOCQUET
Du vendredi 20 avril au samedi 26 mai
Du mardi au samedi, de midi à 19 :00 et les autres jours sur rdv
Galerie Feast Projects, www.feastprojects.com
Unit 307, 3/F, Harbour Industrial Centre,
10 Lee Hing Street,  Ap Lei Chau, Hong Kong

A lire aussi :
PLAYGROUNDS ? Les photographes jouent dans la ville
ARRETS DE JEU ? Quand Danse, Sport et Emotions s'entrelacent

Tous les événements du French May sont sur le petitjournal.com.
Rendez-vous sur notre agenda

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.