Édition internationale

MARÉE NOIRE – BP s'englue et pourrait bien couler

Confronté à l'une des pires marées noires de l'histoire, British Petroleum fait une nouvelle tentative pour arrêter la fuite de brut dans l'Atlantique. Si celle-ci s'avérait non concluante, le géant pétrolier pourrait bien signer son arrêt de mort

BP lancera une nouvelle tentative de colmatage de la fuite dans les prochains jours (AFP)


Colmatage, endiguement, couvercle, la compagnie britannique BP aura tout essayé face à la marée noire. Tout, ou presque.
Mais, pour l'heure, les opérations s'avèrent inutiles et les Américains ont perdu confiance dans la manière dont la crise environnementale est gérée, par BP et par l'administration américaine. Depuis le 22 avril et l'explosion de Deepwater Horizon, la plate-forme pétrolière dans le Golfe du Mexique, plusieurs millions de litres de brut s'écoulent tous les jours dans l'Atlantique, sans que l'on sache exactement combien. British Petroleum annonce 5.000 barils, alors que certains experts évoquent jusqu'à 100.000 barils, soit 15,9 millions de litres de pétrole par jour. Selon le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, BP ''paiera les dégâts jusqu'au dernier centime''. Mais face aux nombreux échecs du groupe, peut-être serait-il enfin temps pour le gouvernement de reprendre la main ?


Nouvelle tentative

Les fuites n'ont pu être colmatées comme prévu, et le couvercle d'acier de 12 tonnes s'est avéré un échec. L'étouffement par le haut, le ''top kill'', est donc la nouvelle solution envisagée par le groupe britannique. Elle consiste à injecter dans le puits des fluides de forages lourds pour colmater les fuites, puis du ciment pour obstruer le puits. BP estime entre 60 et 70% les chances de réussite de cette tentative de colmatage. Le géant pétrolier a déjà perdu environ 25% de sa valeur boursière, soit près de 50 milliards de dollars, depuis le début de la catastrophe, et les opérations lui auraient déjà coûté 760 millions de dollars.


Les plus concernés s'impatientent
Les côtes de la Louisiane sont souillées du brut qui se déverse à 80 km du continent. La marée noire a notamment des conséquences désastreuses sur la pêche, désormais interdite dans une vaste portion du golfe. L'état de catastrophe naturelle a été déclaré lundi dans les Etats de Louisiane, du Mississippi et de l'Alabama. Une centaine de kilomètres de rivage ont déjà été touchées. Et si le gouvernement américain s'obstine à répéter que la responsabilité en incombe seulement à BP, Bobby Jindal, le gouverneur de Louisiane estime que les garde-côtes et la compagnie ont trop tardé à fournir le matériel nécessaire : ''Il est manifeste que les ressources indispensables à la protection de nos côtes ne sont toujours pas là : barrages, écumeuses, aspirateurs, barges, nous manquons de tout ça. Le pétrole reste là, attendant d'être nettoyé et chaque jour qui passe sans qu'il le soit, les marais meurent un peu plus''. Il a donc déclaré que les concernés allaient réquisitionner trente bateaux loués par le géant pétrolier, mais non utilisés.


Pression sur le gouvernement

Une enquête menée par CNN auprès de 1.023 personnes montre que 51% des Américains sont mécontents de la façon dont la situation est gérée par les pouvoirs publics. Or, la marée noire est en train de devenir un enjeu politique pour le gouvernement en vue des élections de mi-mandat en novembre. Barack Obama pourrait bien décider de reprendre les choses en main, sans pour autant que son administration s'avère plus efficace que l'une des plus grandes entreprises de la planète.


Nombre d'experts pensent que la marée noire du Golfe du Mexique aurait déjà éclipsé les répercussions de ce que l'on tenait pour la pire catastrophe pétrolière de l'histoire américaine. L'accident de l'Exxon Valdez de 1989 en Alaska avait déversé 41 millions de litres de brut. Si les estimations des experts s'avéraient justes, Deepwater Horizon aurait déversé déjà 400 millions de litres de pétrole dans l'Atlantique.
Lauriane Rialhe (www.lepetitjournal.com) mercredi 26 mai 2010


En savoir plus :


Notre article, LOUISIANE ? La marée noire a atteint les côtes
Notre brève, MAREE NOIRE ? BP recherche solutions, même farfelues

Le Monde, Marée noire : les errements de BP exaspèrent Washington et la Louisiane
L'Express, La Maison blanche maintient la pression sur BP
Le Parisien, La marée noire: une "crise existentielle" pour BP


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