Édition internationale

VIH : l’Espagne lance une injection tous les deux mois, une première en Europe

L’Espagne franchit un cap dans la prévention du VIH en devenant le premier pays d’Europe à financer une PrEP injectable tous les deux mois. Plus simple à suivre que la pilule quotidienne, ce traitement pourrait améliorer l’adhérence et réduire significativement les nouvelles infections, dans un contexte où l’épidémie reste active.

vih espagnevih espagne
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 14 avril 2026

 

C’est une avancée majeure dans la lutte contre le VIH. L’Espagne devient le premier pays européen à financer une PrEP injectable, administrée tous les deux mois. Une évolution notable dans l’arsenal préventif, à l’heure où l’épidémie, elle, continue de circuler.

Baptisé Apretude, ce traitement développé par ViiV Healthcare repose sur le cabotégravir à action prolongée. Il ne s’agit pas d’un vaccin, mais d’un outil de prévention destiné aux personnes séronégatives les plus exposées. Dans les faits, une injection intramusculaire, réalisée à l’hôpital, qui vient remplacer la contrainte du comprimé quotidien.

 

VIH : avec l’injection PrEP, un traitement plus facile à suivre

Depuis 2019, la PrEP orale s’est installée en Espagne, avec plus de 34.000 utilisateurs. Efficace, oui, mais à une condition : ne pas décrocher. Son efficacité repose sur une condition essentielle : une prise régulière, sans faille. Un défi pour de nombreux patients.

C’est précisément là que l’injection bimestrielle change la donne. Dans les essais cliniques, l’adhérence dépasse les 90 %, bien au-dessus de celle observée avec les comprimés. Et surtout, quand le choix est laissé, beaucoup penchent pour cette option.

Pour les soignants, cette alternative met des mots sur une réalité moins visible : suivre un traitement tous les jours n’a rien d’évident. Fragilités psychiques, rythmes de vie chaotiques, usage de substances… autant de facteurs qui compliquent l’observance. L’injection, elle, contourne en partie ces obstacles et sécurise, au passage, la prévention.

 

Une efficacité confirmée

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans les essais cliniques, le traitement réduit le risque d’infection de 66 % chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et les femmes transgenres, et jusqu’à 88 % chez les femmes cisgenres, comparé à la PrEP orale.

Mais c’est hors laboratoire que l’impact se confirme. Sur plus de 7.000 utilisateurs suivis à l’international, l’efficacité dépasserait les 99 %. De quoi renforcer l’intérêt pour cette approche.

Côté tolérance, le tableau est plutôt rassurant. Pas de signal de toxicité notable, notamment sur les plans rénal ou osseux. Les effets secondaires, eux, restent généralement limités à des réactions au point d’injection, légères, et souvent transitoires.

Un enjeu de santé publique toujours pressant : malgré les progrès médicaux, le VIH reste une réalité bien présente en Espagne. Entre 145.000 et 150.000 personnes vivent avec le virus, et plus de 3.000 nouveaux diagnostics sont enregistrés chaque année — soit près de neuf par jour. Plus inquiétant encore : plus de la moitié des cas sont détectés tardivement, compliquant la prise en charge et augmentant le risque de transmission. Dans ce contexte, renforcer la prévention est une priorité affichée, en ligne avec les objectifs de ONUSIDA, qui vise à atteindre zéro nouvelle infection d’ici 2030.

 

Un investissement stratégique pour le système de santé espagnol 

Au-delà de l’enjeu sanitaire, les autorités avancent aussi un argument budgétaire. Selon les estimations, l’arrivée de cette PrEP injectable pourrait permettre d’économiser jusqu’à 46 millions d’euros en trois ans, en limitant les nouvelles infections et les coûts qui en découlent.

Le traitement est désormais pris en charge par le système public pour les personnes à qui la PrEP orale ne convient pas — contre-indications médicales, difficultés d’adhérence, situations de vie peu compatibles avec une prise quotidienne.

Avec ce choix, l’Espagne prend une longueur d’avance en Europe sur le terrain de la prévention. Une étape de plus, sans triomphalisme : le VIH circule toujours. Mais avec, désormais, un outil supplémentaire, plus souple, plus adapté à certains parcours, et peut-être, à terme, plus efficace.

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.