Édition internationale

Anna López Estela (Albert School): "L'Espagne devient un hub clé pour l'IA & la data"

À la tête du développement espagnol d'Albert School, Anna López Estela pilote aujourd'hui l'implantation et la croissance de l'école française à Madrid. Son parcours mêle ingénierie, stratégie et développement international. Diplômée d'HEC Paris après une formation initiale d'ingénieure, elle a évolué dans plusieurs environnements internationaux avant de rejoindre Albert School pour porter son expansion espagnole.

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Anna López Estela, directrice générale d'Albert School en Espagne / DR

Son parcours professionnel l'a notamment conduite chez Amazon, comme "Launch Program Manager" et "EU Strategy Program Manager", une expérience qui a fortement marqué sa façon d'aborder les questions d'organisation, de croissance et d'exécution. Elle y découvre une culture centrée sur les données, la rapidité de décision et l'amélioration continue. "Chez Amazon, j'ai beaucoup appris sur l'exécution, sur la capacité à prendre des décisions rapidement et à construire des systèmes qui peuvent évoluer", confie-t-elle. Une approche qui réapparaît aujourd'hui dans sa manière de concevoir le développement d'Albert School en Espagne.
 
"L'Espagne est un pays qui attire énormément de talents internationaux", observe la directrice générale. Pour Albert School, l'Espagne ne représente pas seulement un nouveau marché, mais un point d'ancrage stratégique dans un écosystème européen où la demande pour des profils hybrides business-data-IA progresse rapidement. "L'idée est de développer à la fois le talent local espagnol et d'attirer des étudiants internationaux, notamment européens, qui voient l'Espagne comme une destination d'études attractive", précise Anna López Estela.
 
Le projet s'est matérialisé à Madrid à travers une phase de lancement volontairement agile, installée initialement dans un espace de coworking. Une logique de test qui fait directement écho à certaines méthodes apprises dans des groupes technologiques internationaux. "Nous avons commencé dans un environnement plus flexible pour comprendre les attentes des étudiants et des familles. Le retour a été très positif", souligne-t-elle. L'école vise désormais une montée en puissance progressive avec un objectif annoncé : atteindre environ 1.000 étudiants en Espagne d'ici 2030.

 
"Nous voulons faire de Madrid un campus d'excellence en data et IA"

Au-delà de la croissance, c'est une véritable stratégie d'implantation qui se dessine. Madrid constitue aujourd'hui le premier hub, tandis que Barcelone apparaît déjà comme une extension naturelle à moyen terme. "Quand je suis arrivée, il y avait déjà une vision Madrid dans le business plan. Barcelone est clairement dans la suite logique", indique Anna López Estela. Cette approche n'est pas sans rappeler les environnements qu'elle a connus auparavant : identifier un marché, tester des hypothèses puis accélérer progressivement. "L'objectif est de construire un campus d'excellence, pas seulement une extension d'une école existante", explique-t-elle.
 
L'école élargit également son champ d'action au-delà des étudiants en formation initiale avec une offre d'executive education destinée aux entreprises. "Les entreprises madrilènes ont un vrai besoin de formation sur la data et l'IA appliquées au business. C'est un axe majeur pour nous", observe-t-elle. L'ancrage local passe aussi par une présence active dans l'écosystème espagnol : participation au Mobile World Congress à Barcelone, hackathons, conférences et rapprochements avec des établissements scolaires français implantés en Espagne. Pour Anna López Estela, l'ADN français d'Albert School constitue une porte d'entrée naturelle auprès de certaines communautés internationales présentes dans le pays.

"Les compétences de demain seront hybrides : AI, business et exécution rapide"

Au cœur du modèle pédagogique se trouve une conviction forte : les compétences évoluent aujourd'hui plus vite que les structures académiques traditionnelles. "Le monde change trop vite pour que les syllabi [programmes de cours] restent figés. Nous les adaptons en permanence", explique Anna López Estela. Cette vision fait directement écho à certains enseignements tirés de ses expériences précédentes dans le secteur privé. "On ne peut pas continuer à enseigner quelque chose que les étudiants n'utiliseront plus demain", souligne-t-elle.
 
Albert School structure ainsi son enseignement autour de quatre piliers : mathématiques et logique, data et intelligence artificielle, business et humanités appliquées. Cette dernière dimension occupe une place importante dans sa vision de l'éducation. "Comprendre l'éthique, la géopolitique ou l'impact sociétal de l'IA est aussi important que savoir manipuler les données", insiste-t-elle. L'approche est largement construite autour de projets concrets et d'une exposition rapide au monde professionnel. Les étudiants réalisent des stages obligatoires dès les premières années et travaillent sur des problématiques appliquées. "Nous voyons des étudiants capables de résoudre des problèmes très rapidement et de comprendre immédiatement l'impact business de leurs analyses", relève-t-elle.
 
Pour elle, la compétence différenciante n'est plus uniquement technique. "Les entreprises nous parlent beaucoup de vitesse d'exécution. Savoir utiliser les données, comprendre les enjeux business et être capable d'agir rapidement devient déterminant", analyse Anna López Estela.

"Revenir en Espagne après Paris a donné du sens à mon engagement"

Le parcours international d'Anna López Estela éclaire aussi son approche du projet. Après près de huit années passées à l'étranger, notamment à Paris, elle fait le choix de revenir en Espagne pour participer à la construction de cette nouvelle implantation. Avant de rejoindre Albert School, elle envisageait d'ailleurs de poursuivre durablement sa vie en France. "J'avais même envisagé de demander la nationalité française", raconte-t-elle avec le sourire.
 
Cette expérience d'expatriation nourrit aujourd'hui sa lecture des mobilités étudiantes et professionnelles. Elle connaît personnellement les enjeux liés aux parcours internationaux, aux changements culturels et aux opportunités qu'ils créent. "Paris m'a beaucoup apporté, autant sur le plan professionnel que culturel", explique-t-elle. Son expérience lui a permis de découvrir d'autres méthodes de travail, d'autres cultures d'entreprise et de construire un réseau international qu'elle mobilise aujourd'hui dans ses fonctions.
 
Mais le retour en Espagne répondait à une autre ambition : contribuer directement au développement d'un projet éducatif dans son pays d'origine. "Revenir en Espagne après toutes ces années pour participer à ce projet avait beaucoup de sens pour moi", conclut-elle. À travers Albert School, Anna López Estela défend une vision de l'enseignement à l'intersection de la technologie, du business et de l'adaptabilité. "Le vrai enjeu n'est plus seulement d'apprendre un métier, mais d'apprendre à évoluer avec le changement", résume-t-elle.

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