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Mort du “boucher de Mondragón” : retour sur l'histoire sanglante de l'ETA

La mort de Jesús María Zabarte Arregui, surnommé le “boucher de Mondragón”, ravive le souvenir des années les plus sombres de l'ETA. Figure emblématique de l'organisation terroriste basque, il incarne l'évolution d'un mouvement créé sous la dictature franquiste qui deviendra, après le retour de la démocratie, l'un des groupes les plus meurtriers d'Europe. Retour sur près de soixante ans de violence, jusqu'à la dissolution de l'ETA en 2018.

Photo d'un graffiti du logo d'ETAPhoto d'un graffiti du logo d'ETA
@wikicommons
Écrit par Inès Desbois
Publié le 4 juillet 2026

ETA : l'histoire d'un des groupes terroristes les plus meurtriers d'Europe 

Le sigle ETA signifie Euskadi Ta Askatasuna, en basque "Pays basque et liberté". C’est une organisation terroriste nationale basque fondée le 31 juillet 1959 par de jeunes nationalistes jugeant le Parti nationaliste basque (PNV) trop modéré face au régime franquiste. Leur objectif principal était de fonder un État socialiste indépendant, regroupant les territoires du Pays basque et de Navarre (l'Euskal Herria). 

Sa devise, "Bietan jarrai" ("continuer dans les deux voies"), se lit dans son symbole : un serpent enroulé autour d'une hache, la "sagesse" politique et la lutte armée réunies dans un même geste. 

À partir de la fin des années 1960, l'ETA entre dans une phase de violence. L'organisation multiplie les assassinats, les enlèvements et les extorsions de fonds afin de financer ses activités et de poursuivre ses objectifs politiques. Le 7 juin 1968, un policier est abattu à Saint-Sébastien : il s'agit du premier assassinat officiellement revendiqué par l'ETA.

Après la mort du dictateur Francisco Franco en 1975, l'Espagne s'engage progressivement sur la voie de la démocratie. Loin de mettre un terme à la violence, cette transition s'accompagne d'une intensification des actions de l'ETA. L'organisation poursuit sa campagne armée pendant plusieurs décennies.

Entre 1968 et 2010, l'ETA tue plus de 800 personnes et blesse des milliers d'autres. Les victimes se regroupent entre les civiles, militaires, policiers et politiques pour la majorité. L'attentat le plus meurtrier de l'organisation reste celui de l'Hipercor de Barcelone, le 19 juin 1987 : une voiture piégée y fait 21 morts et 45 blessés. 

L'ETA prononce sa dissolution le 3 mai 2018, six décennies après sa création. 

 

Photo de trois terroristes d'ETA qui tirent dans les airs
@Wikipedia / DR​​​​​

Qui était le "boucher de Mondragón" ? 

Jesús María Zabarte Arregui est né le 6 octobre 1945 à Arrasate, la ville basque connue en castillan sous le nom de Mondragón. Son surnom, « le boucher de Mondragón », fait d'abord référence au métier qu'il exerçait avant d'entrer dans la clandestinité. Avec le temps, il prend une dimension bien plus macabre au regard des crimes qui lui sont attribués.

Engagé au sein de l'organisation à partir de l'âge de 21 ans, son nom apparaît pour la première fois dans les rapports de police en 1972, lorsqu'il est identifié après un échange de tirs avec la Guardia Civil à Quinto Real, en Navarre. Peu à peu, il gravit les échelons jusqu’à intégrer la direction de l'organisation aux côtés de Domingo Iturbe Abasolo, dit "Txomin". 

Arrêté une première fois en 1973 à la suite d'une opération policière destinée à capturer Jesús Imanol Mitxelena, alias « Oxobi », il retrouve cependant la liberté quatre ans plus tard grâce à la loi d'amnistie de 1977, adoptée dans le contexte de la transition démocratique espagnole.

Seulement, comme la majorité des membres d’ETA, il rejoint l’organisation à sa sortie et se radicalise encore davantage. On lui confie le commandement du commando Donosti, l'un des commandos les plus structurés de l'organisation, qui parvient à échapper à de nombreuses opérations policières et arrestations, ce qui en fait l'un des plus sanguinaires et symboliques de la bande.

Zabarte est finalement arrêté une seconde fois en 1984 lors d'une opération policière à Hernani. La justice le condamne à 615 ans de prison pour sa participation à vingt attentats et à dix-sept assassinats. Parmi les crimes qui lui sont imputés figure notamment l'attentat d'Azkoitia, en mars 1980, qui coûte la vie à José María Piris, un garçon de 13 ans tué par l'explosion d'une bombe.

Il est finalement libéré en 2013 à la suite de l'annulation de la doctrine Parot par la Cour européenne des droits de l'homme, une décision qui entraîne la remise en liberté anticipée de plusieurs anciens membres de l'ETA condamnés à de très longues peines.

Cette doctrine tire son nom d'Henri Parot, un membre de l'ETA condamné à près de 4.800 ans de prison. En 2006, le Tribunal suprême espagnol décide que les remises de peine doivent être calculées sur chacune des condamnations prononcées, et non plus sur la durée maximale d'incarcération de trente ans prévue par le code pénal de 1973. Cette nouvelle interprétation prolonge considérablement le temps passé en détention par les condamnés à de très lourdes peines. En 2013, la Cour européenne des droits de l'homme estime toutefois que l'application rétroactive de cette doctrine viole les droits fondamentaux des détenus. Sa décision entraîne la libération anticipée de plusieurs dizaines d'anciens membres de l'ETA, parmi lesquels Jesús María Zabarte.

 

L'amnistie de 1977 : un tournant pour l'ETA 

L’amnistie a été votée le 15 octobre 1977. Cette loi efface les condamnations liées aux actes politiques commis sous Franco, y compris celles des membres de l'ETA. L'objectif est de tourner la page de la dictature. Une partie des militants basques accepte cette réconciliation et se tourne vers la politique légale.

L'ETA, elle, se divise. Sa branche la plus dure y voit un risque : celui de perdre son influence maintenant que la démocratie est là. Elle choisit donc d'intensifier ses attaques plutôt que de les arrêter. Quelques années plus tard, en 1980, l'ETA enregistre son année la plus meurtrière de toute son histoire. Le combat change aussi de sens. Il ne s'agit plus de résister à une dictature qui n'existe plus, mais de réclamer l'indépendance totale du Pays basque face à l'État espagnol.

Zabarte, lui, choisit cette voie dure. Sorti de prison avec un casier vierge, il retourne dans la clandestinité au lieu de se tourner vers la politique. C'est dans les années qui suivent sa sortie de prison qu'il commet la quasi-totalité de ses crimes.

 

La fin d'un demi-siècle de violence 

Le groupe continue d'exister après l'arrestation de Zabarte en 1984, mais s'affaiblit peu à peu. En 1992, les trois principaux dirigeants de l'organisation sont arrêtés à Bidart, en France. Plusieurs cessez-le-feu sont ensuite annoncés puis rompus, notamment en 1998 et en 2006. 

En 2011, l'ETA annonce l'arrêt définitif de ses activités armées. Elle remet ses armes aux autorités françaises en 2017, puis se dissout officiellement le 3 mai 2018.

Zabarte, lui, sort de prison en 2013 sans exprimer aucun regret. En 2014, une interview où il refuse de qualifier ses actes d'"assassinats" lui vaut d'être poursuivi pour apologie du terrorisme. Il continue d'apparaître publiquement dans les années suivantes, jusqu'à sa mort, le 29 juin 2026.

 

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