Édition internationale

Rachid Benzine, l’homme qui écrivait des livres

A l’occasion de sa venue le 11 février à l’Institut français de Madrid pour la parution de son nouveau roman en espagnol*, rencontre avec Rachid Benzine, "l’homme qui écrit des livres".

Rachid BenzineRachid Benzine
@ Astrid di Crollalanza, DR. / Rachid Benzine
Écrit par Anne Smith
Publié le 22 février 2026

Romancier, politologue, islamologue, dramaturge, essayiste : Rachid Benzine est « tout ça à la fois »  même s’il préfère se présenter comme enseignant-chercheur « parce que ce qui relève de la transmission, de l’enseignement et de la recherche ne me quitte pas depuis 30 ans », précise-t-il. Après Ainsi parlait ma mère, Voyage au bout de l’enfance et Les silences des pères (Grand prix du roman métis 2024) qui explorent l’univers familial avec pudeur, l’auteur franco-marocain revient avec un roman abordant plus spécifiquement la transmission, la mémoire… mais aussi la géopolitique et le conflit israélo-palestinien.

A travers la rencontre improbable d’un vieux libraire gazaoui et d’un jeune photoreporter français, Benzine retrace l’histoire de la Palestine depuis 1948 et rend hommage à la littérature qui accompagne Nabil, le libraire, dans son combat pacifique. A l’instar de Rachid dans sa réflexion humaniste. 

Disponible dans une vingtaine de langues, L’homme qui lisait des livres est le premier roman de Rachid Benzine traduit en castillan. Un véritable coup de cœur d’Annick Lapointe, l’éditrice de la maison Salamandra, qui se réjouit de l’accueil réservé au livre depuis sa sortie auprès des libraires et des lecteurs espagnols. 

 

livre de rachid benzine
@L'homme qui lisait des livres de Rachid Benzine, Roman Julliard. 

 

 

Ici ou ailleurs, qu’importe !

Né au Maroc, vivant en France, de double-nationalité, de double-culture, grand voyageur, quel est votre rapport à l’ailleurs ? 

Rachid Benzine : Lorsqu’on est enfant de l’immigration, on est toujours « traversé ». J’ai traversé des frontières, je me suis laissé traverser par la culture française, par la langue des religions (le christianisme, le judaïsme), je me laisse traverser par toutes sortes de lectures ainsi que par les rencontres. Quels que soient les seuils que nous traversons, nous devrions toujours nous demander comment ils nous altèrent, nous donnent soif de connaissances, nous changent, nous enrichissent…

 

Vous ressentez donc davantage un sentiment de ˝traversée˝ que d’appartenance ?

La traversée est toujours liée à des appartenances, qui sont certes de plus en plus mêlées, concentriques. La question de l’appartenance, de l’identité, du pays auquel on appartiendrait est, selon moi, un faux problème. Mieux vaut se poser la question : l’identité, qu’est-ce que ça fait ?

 

rachid benzine en train de dédicacer un livre à l'institut français de madrid
@Anne Smith

 

Le poids des mots

L’homme qui lisait des livres est votre premier roman traduit en castillan. Le titre français, référence à L’homme qui plantait des arbres de Giono, est devenu El librero de Gaza. Pesez-vous chaque mot quand vous écrivez ? 

J’aime à penser que les mots n’existent pas uniquement pour signifier ou représenter quelque-chose mais que la langue, le langage sont là pour impacter le réel. Par exemple, en travaillant récemment sur le mot du Coran kalam - souvent traduit par "parole" -, j’ai découvert qu’il signifiait ˝entailler˝ à l’origine. Une vraie parole nous entaille, nous ouvre à autre chose. C’est ainsi que les grands textes nous touchent…

 

el librero de gaza
@El librero de Gaza, de Rachid Benzine, narrativa salamandra.

 

La littérature, une patrie portative

A propos de grands textes, vous convoquez ceux de Malraux, Shakespeare, Hugo dans ce roman… Votre panthéon personnel ?

Oui, c’est vrai mais si je devais n’en retenir qu’un, ce serait le Livre de Job, un homme qui enchaîne les malheurs et qui demande à Dieu : « Pourquoi moi ? », question universelle que se posent toutes les victimes du monde. Quant aux fameux "Etre ou ne pas être" d’Hamlet, reconnaissez que cette question n’a pas du tout le même impact, en 2026, si l’on est à Madrid ou à Gaza.

 

Vous êtes en lice pour le prix littéraire Montluc Résistance et Liberté. Que vous inspirent ces deux valeurs ? 

Elles sont indissociables de la notion d’obligation. Il n’y a pas de liberté sans obligations. Ce qui fonde une famille, une société, ce sont celles que nous avons les uns envers les autres. 

 

Enfin, qu’appréciez-vous le plus de cette tournée espagnole ?

 Prendre le temps de passer des heures à table ! Les Espagnols ont un rapport au temps qui me correspond. En France, tout le monde court en permanence et cet espace temps me manque. 


Propos recueillis par Anne Smith

* El Librero de Gaza, ed. Salamandra.

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