La Casa de Velázquez a présenté mercredi 4 novembre à Madrid sa nouvelle saison artistique, en présence de ses résidents, de leur marraine Annette Messager et de représentants du monde culturel espagnol. Au-delà des onze mois de création, l'institution française entend faire de la résidence un véritable tremplin, en multipliant les partenariats et les dispositifs d'accompagnement qui permettent aux artistes de poursuivre leur parcours.


Accueillir des artistes, leur offrir un temps de création et des conditions de travail privilégiées, mais aussi leur permettre de rencontrer les acteurs culturels susceptibles de faire vivre leurs projets au-delà de leur résidence : telle est l'ambition portée par la Casa de Velázquez. Mercredi 4 novembre, à Madrid, l'institution a réuni ses nouveaux résidents et un large réseau de professionnels de l'art contemporain pour présenter les grandes lignes de sa saison artistique 2026-2027.
Galeristes, programmateurs, représentants d'institutions culturelles, partenaires territoriaux et artistes étaient conviés à cette rencontre, devenue un rendez-vous annuel de l'Académie de France à Madrid. La cérémonie a également marqué le lancement officiel de la promotion, arrivée en septembre, avec la présence d'Annette Messager, artiste française de renommée internationale et marraine de cette nouvelle génération de résidents.
Pour Nancy Berthier, directrice de la Casa de Velázquez, cette présentation est avant tout une occasion de faire dialoguer les parcours, les disciplines et les générations. Dans son mot de novembre, elle rappelle que "le dialogue est au cœur même du projet de la Casa de Velázquez", entre chercheurs et artistes, mais aussi entre les cultures et les publics.
Une ambition qui se traduit concrètement dans la manière dont l'institution conçoit la résidence : non comme une parenthèse, mais comme une étape structurante dans un parcours artistique.
Quatre villes espagnoles, autant de portes d'entrée vers la création
La promotion 2026-2027 bénéficie notamment de partenariats territoriaux qui permettent à des artistes issus de différentes régions espagnoles de rejoindre l'Académie de France à Madrid. Valence, Saragosse, Santander et Málaga figurent parmi les villes engagées dans cette dynamique.
Ces collaborations contribuent à ouvrir la résidence à des artistes qui ne seraient pas nécessairement issus des circuits habituels de recrutement, tout en renforçant les liens entre la Casa de Velázquez et les territoires espagnols.
Gema Igual Ortiz, la mairesse de Santander, présente lors de la cérémonie, a tenu à souligner l'importance de cette coopération. Pour la ville, soutenir un artiste en résidence ne revient pas seulement à financer un séjour à Madrid. Il s'agit aussi de participer à la construction d'un parcours, en donnant à un créateur les moyens de se consacrer pleinement à son travail pendant plusieurs mois.
Ces partenariats illustrent une volonté plus large de la Casa de Velázquez : inscrire son action dans un écosystème culturel espagnol, tout en conservant sa vocation internationale.
Des institutions culturelles invitées à découvrir les artistes
La présentation de la saison artistique ne s'adresse pas uniquement aux résidents. Elle constitue aussi un moment privilégié pour rencontrer les professionnels qui pourront accompagner les artistes dans la suite de leur parcours.
La présence de représentants d'institutions culturelles et de structures de programmation répond à cette logique. En découvrant les artistes dès les premiers mois de leur résidence, ces acteurs peuvent nouer des relations, identifier des projets et envisager de futures collaborations.
La visite des ateliers, organisée à l'issue des discours, a prolongé cette dynamique. Les professionnels invités ont ainsi pu découvrir les espaces de travail et échanger directement avec les artistes sur leurs recherches en cours.
Pour Claude Bussac, directrice artistique de la Casa de Velázquez, cette rencontre constitue une première étape dans un calendrier de rendez-vous qui se déploie tout au long de l'année. Parmi les temps forts figurent les portes ouvertes de février, les « Nocturnes » et l'exposition finale, organisée en fin de saison. La programmation se prolonge également hors les murs, à l'image du concert prévu le 31 mai au musée Reina Sofía, qui mettra en lumière le travail du compositeur en résidence Matias Rosales.
Les plasticiens Amaia Bregel, originaire de Santander, Antonio Ovejero, de Valencia, Natalia Cardoso, de Málaga, Ira Torres, de Saragosse, mais aussi Maxime Bagni, Laura Carralero, Anaïs Lelièvre, Brice Robert, Alexandra Serrano, Amélie Royer, Maxime Verdier et Thomas Buswel, la vidéaste Sofia Bohdanowicz et le « bailaor » David Coria sont les nouvelles figures de cette saison culturelle, qui court de septembre à juillet. Ce dernier prend le relais de Paula Comitre pour la deuxième résidence chorégraphique accueillie par la Casa.
Ils côtoieront d'autres artistes accueillis pour des séjours plus courts, dans le cadre de conventions avec des festivals, des institutions ou des structures culturelles. Littérature, artisanat d'art, cinéma ou arts de la scène : ces collaborations permettent de faire circuler les artistes et les pratiques au sein d'un réseau élargi. L'enjeu est de faire de la résidence un espace vivant d'échanges, où les artistes peuvent confronter leurs regards, enrichir leurs processus de création et développer des liens durables avec le milieu culturel.
Après la résidence, accompagner les projets dans la durée
La question de l'après-résidence occupe une place centrale dans le dispositif de la Casa de Velázquez. "Nous pensons que c'est important pour les artistes, non seulement de leur donner un moment idéal pour travailler pendant un an, mais aussi de ne pas les laisser après dix mois", a souligné Claude Bussac lors de la présentation.
L'institution dispose notamment d'un fonds d'aide à la production, qui permet aux artistes de poursuivre les projets initiés pendant leur séjour et de les inscrire dans de nouvelles collaborations. Des dispositifs de soutien post-résidence contribuent ainsi à faire émerger des expositions, des spectacles ou des projets de création dans d'autres lieux. La Casa de Velázquez s'appuie également sur des réseaux de diffusion et de soutien à la création contemporaine, comme le réseau BOVILA, qui accompagne des artistes, chercheurs et designers passés par des résidences en France.
Cette politique d'accompagnement se traduit par des collaborations avec des institutions culturelles espagnoles et françaises, qui peuvent accueillir les artistes après leur séjour madrilène.
Une institution bicéphale, entre création et recherche
Cette saison artistique s'inscrit dans l'identité singulière de la Casa de Velázquez, institution française fondée en 1928, dont le centenaire approche. Elle articule deux vocations : la création artistique, portée par l'Académie de France à Madrid, et la recherche en sciences humaines et sociales, développée au sein de l'École des hautes études hispaniques et ibériques (EHEHI).
Cette coexistence nourrit un dialogue quotidien entre artistes et chercheurs, dont Nancy Berthier rappelle l'importance dans son mot de novembre. "Recherche et création forment les deux versants d'un même élan vital", écrit-elle.
La présentation de la saison scientifique aura lieu en mars 2027, selon un calendrier distinct de celui de la saison artistique. Les rythmes de production des chercheurs, dont les travaux s'inscrivent dans des temporalités différentes, justifient cette présentation à mi-parcours de leur résidence.
La cérémonie de mercredi a toutefois donné un aperçu de cette dimension transversale, avec la présence de Javier Moscoso, philosophe, historien et chercheur au CSIC, parrain de la promotion scientifique.
Cette articulation entre art et recherche constitue l'une des singularités de la Casa de Velázquez. Elle permet de faire dialoguer les disciplines, de croiser les approches et d'inscrire la création contemporaine dans une réflexion plus large sur l'histoire, les sociétés et les cultures.
Une saison qui se construit dans et hors les murs
La nouvelle saison artistique se déploiera dans un contexte particulier pour la Casa de Velázquez. Les travaux de réhabilitation engagés depuis plus d'un an se poursuivent jusqu'au printemps, dans le cadre de la dernière phase de transformation des espaces de l'institution, à l'approche de son centenaire.
Ces travaux, qui affectent temporairement certains lieux d'exposition, n'ont pas interrompu la programmation. Ils ont au contraire conduit les équipes à réinventer certains formats et à renforcer les collaborations avec les institutions partenaires.
Les artistes pourront ainsi présenter leurs projets dans différents lieux, en Espagne comme à l'international, tandis que les dispositifs de soutien à la production et à la diffusion continueront à accompagner leur travail.
La saison 2026-2027 s'ouvre donc sur une ambition qui dépasse la seule résidence : faire de la Casa de Velázquez un lieu de passage, de rencontre et de transmission, où les artistes trouvent non seulement un espace pour créer, mais aussi les interlocuteurs et les réseaux nécessaires pour faire vivre leurs projets dans la durée.
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