Quitter une carrière de direction pour suivre un projet familial à l'étranger. Apprendre une nouvelle langue à plus de cinquante ans. Reprendre sa place dans une communauté en s'engageant bénévolement. À Madrid, Cécile Mallet entame un nouveau chapitre. Élue présidente de Madrid Accueil, elle apporte à l'association une solide expérience du management, acquise au fil d'un parcours professionnel marqué par la responsabilité, l'adaptation et le goût de l'engagement.


Lorsqu'elle évoque son parcours, Cécile Mallet parle moins de réussite personnelle que d'équipes à accompagner. Juriste de formation, spécialisée en droit social, elle s'oriente très tôt vers les ressources humaines. À seulement 25 ans, elle prend déjà des responsabilités importantes au sein du groupe Elior avant d'occuper des postes de direction. Mais ce qui l'a le plus marquée n'est pas la progression hiérarchique. "J'ai vraiment développé le talent d'embarquer des équipes avec moi", confie-t-elle.
Cette capacité à fédérer trouve un terrain d'expression particulier lors de sa reconversion vers le secteur médico-social. Après plusieurs déménagements liés à sa vie familiale, elle choisit de se former à la direction d'établissements médico-sociaux à l'École des hautes études en santé publique. Dans la Drôme, pendant plus de dix ans, elle pilote des structures accueillant près de 900 résidents et mobilisant quelque 500 salariés. Incendie meurtrier dans une résidence, épisodes climatiques extrêmes, pandémie de Covid-19 : les crises se succèdent. "Je n'ai jamais autant travaillé de ma vie que pendant cette période-là", se souvient-elle. Ces années forgent une conviction durable : la réussite repose avant tout sur la confiance accordée aux équipes et sur la capacité à donner du sens à l'action collective.
Changer de pays pour mieux se réinventer
L'expatriation madrilène est née d'un projet familial mûrement réfléchi. Après des années de mobilité professionnelle et de "célibat géographique" imposé par les affectations de son mari militaire, le couple souhaite vivre une nouvelle aventure ensemble avant que leurs enfants ne quittent le foyer. L'Espagne s'impose comme une évidence. Madrid, en revanche, est une découverte.
Arrivée en 2024, Cécile Mallet se retrouve confrontée à un défi inattendu : redevenir débutante. "Au début, j'avais l'impression d'être un poisson rouge dans un bocal. Les gens me parlaient et je ne comprenais rien", raconte-t-elle. Sa priorité est immédiate : apprendre l'espagnol. Depuis son installation, elle suit des cours plusieurs fois par semaine afin de gagner en autonomie et de mieux comprendre la société qui l'accueille. Une démarche qui dépasse la simple maîtrise linguistique. "Pour moi, c'est une façon de m'immerger dans le quotidien des Espagnols", observe-t-elle. Cette expérience fait écho aux nombreuses transitions qu'elle a déjà traversées. Paris, Nice, le Pays basque, la Bretagne, la Drôme : chaque territoire a été l'occasion de reconstruire des repères. Madrid ne fait pas exception.
Madrid Accueil, une évidence devenue engagement
Avant même son arrivée en Espagne, elle adhère à Madrid Accueil. L'association devient rapidement un point d'ancrage essentiel. "Se recréer un groupe d'amis, c'est important parce que notre famille n'est pas là", souligne-t-elle.
Au fil des activités, des visites et des rencontres, elle découvre le fonctionnement d'une structure qui accompagne chaque année des centaines de familles françaises dans leur installation. Très vite, elle passe du statut d'adhérente à celui de bénévole en rejoignant Madrid Accueil Pro.
Lorsque l'ancienne présidente, Sophie Brunaud, lui propose de prendre la relève, la réflexion est rapide mais sérieuse. "Je me suis dit que j'avais quelques compétences à mettre au profit de Madrid Accueil", explique-t-elle. Son regard de professionnelle identifie immédiatement les enjeux. Derrière les plus de 500 activités proposées chaque année à plus de 440 familles adhérentes, il y a une réalité incontournable : le bénévolat. "L'enjeu, c'est de toujours alimenter cette machine à bénévoles", résume-t-elle.
Madrid Accueil élit une nouvelle présidence et fixe ses priorités pour 2026
Professionnaliser sans dénaturer l'esprit associatif
À la tête de Madrid Accueil, Cécile Mallet ne souhaite pas révolutionner une association qui fonctionne déjà bien. Son ambition est plutôt de consolider l'existant tout en préparant l'avenir. Sa méthode s'inspire directement de son expérience de dirigeante : s'appuyer sur les compétences, accompagner les équipes et favoriser la transmission. Une approche qui a guidé la passation progressive menée avec sa prédécesseure et qui orientera également son mandat. Parmi ses priorités figurent le renouvellement des bénévoles, la diversification des activités et la capacité à répondre à des profils d'adhérents toujours plus variés. Nouveaux arrivants, jeunes actifs, familles installées de longue date ou retraités : chacun doit pouvoir trouver sa place au sein de l'association.
"Nos adhérents sont polymorphes", rappelle-t-elle. "L'idée, c'est que tout le monde trouve dans la proposition de Madrid Accueil un intérêt." Cette vision s'incarnera dès la rentrée avec la cinquième édition de La France à Madrid, prévue le 26 septembre. Un rendez-vous que la nouvelle présidente souhaite rendre encore plus vivant et interactif. Pour celle qui affirme ne pas voir la présidence comme une ligne supplémentaire sur un CV, l'enjeu est ailleurs. "Je le prends vraiment comme un engagement avec un sens de l'intérêt commun", insiste-t-elle.
Après avoir consacré sa carrière à accompagner des organisations et des équipes dans des contextes parfois complexes, Cécile Mallet ouvre aujourd'hui une nouvelle parenthèse. Une parenthèse bénévole, mais portée par la même conviction : les projets les plus solides sont toujours des aventures collectives.
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