Signé à Barcelone en janvier 2023 par Emmanuel Macron et Pedro Sánchez, le traité d'amitié et de coopération entre la France et l'Espagne vient de franchir une étape majeure au Congrès espagnol. Bloqué pendant plus d'un an par des oppositions politiques et des débats constitutionnels, ce texte stratégique se rapproche désormais d'une ratification définitive.


Il aura fallu plus de trois ans pour que le traité de Barcelone sorte de l'impasse. Mercredi 11 juin, la commission des Affaires étrangères du Congrès espagnol a approuvé le traité d'amitié et de coopération entre l'Espagne et la France, ouvrant la voie à un nouveau vote en séance plénière dans les prochains jours.
Le texte avait pourtant connu un sérieux revers en mai 2025. À l'époque, le Parti populaire (PP) et Vox avaient voté contre, tandis que plusieurs autres formations s'étaient abstenues, provoquant son rejet. Cette fois-ci, l'évolution des positions de certains groupes parlementaires a permis son adoption en commission par 20 voix contre 17.
Pour les gouvernements français et espagnol, ce vote constitue bien plus qu'une simple formalité parlementaire. Il marque une avancée dans la construction d'une relation bilatérale appelée à jouer un rôle croissant au sein de l'Union européenne.
Quand les Pyrénées cessent d’être une frontière politique
Malgré une frontière commune de plus de 600 kilomètres et des échanges économiques parmi les plus importants d'Europe, la France et l'Espagne ne disposaient jusqu'ici d'aucun traité d'amitié comparable à ceux que Paris entretient déjà avec l'Allemagne ou l'Italie.
Le traité de Barcelone vise à combler ce vide. Ses 36 articles couvrent l'ensemble des grands domaines de coopération : politique européenne, diplomatie, défense, sécurité, justice, énergie, industrie, transports, culture, éducation ou encore recherche.
Le texte prévoit notamment l'organisation régulière de sommets bilatéraux, la création de groupes de travail spécialisés sur les questions migratoires et sécuritaires, ainsi qu'un renforcement de la concertation entre les deux pays avant les grandes échéances européennes.
Pour les territoires frontaliers, l'accord doit également faciliter la coopération dans les Pyrénées et accélérer plusieurs projets d'infrastructures stratégiques.
Le grain de sable du traité de Barcelone
Si le traité suscite autant de débats en Espagne, c'est principalement en raison d'un article précis.
Le texte prévoit qu'un membre du gouvernement français puisse être invité à participer périodiquement à une réunion du Conseil des ministres espagnol, et réciproquement. Une disposition inspirée de mécanismes déjà appliqués par la France avec certains de ses principaux partenaires européens.
Le PP et Vox considèrent toutefois que cette mesure pourrait entrer en contradiction avec la Constitution espagnole, qui définit strictement la composition du gouvernement.
Pour tenter de lever ces objections, les ministres des Affaires étrangères des deux pays, José Manuel Albares et Jean-Noël Barrot, ont signé au printemps dernier un accord d'interprétation précisant que ces participations se dérouleraient « en marge » des réunions officielles du Conseil des ministres, lors d'échanges distincts des délibérations gouvernementales. Une clarification qui n'a toutefois pas convaincu l'opposition conservatrice, laquelle continue de dénoncer un problème juridique et constitutionnel.
Une coopération stratégique pour l'énergie, les transports et la défense
Au-delà de la controverse politique, le traité répond à des enjeux très concrets.
La France est aujourd'hui le premier client de l'Espagne et l'un de ses principaux fournisseurs. Les échanges commerciaux entre les deux pays dépassent ceux que l'Espagne entretient avec l'ensemble du continent américain. Plus de 300.000 Espagnols vivent en France et près de 150.000 Français résident en Espagne.
L'accord doit aussi servir de cadre politique à plusieurs projets stratégiques, notamment dans le domaine énergétique. Parmi eux figure H2Med, le futur corridor européen d'hydrogène vert reliant Barcelone à Marseille, considéré comme l'un des projets les plus ambitieux de la transition énergétique européenne.
Le traité prévoit également un renforcement des interconnexions électriques, des infrastructures de transport, de la coopération industrielle et des échanges dans des secteurs d'avenir comme l'intelligence artificielle, les technologies vertes ou la cybersécurité.
En matière de défense et de sécurité, il prévoit la création d'un Conseil franco-espagnol de défense et de sécurité ainsi qu'un approfondissement de la coopération face aux menaces communes.
La dernière ligne droite avant la ratification
À Paris, le dossier est suivi de près. L'Assemblée nationale française a déjà ratifié le traité en mars 2025. Son rejet initial par le Congrès espagnol avait suscité une vive incompréhension parmi les responsables français, certains évoquant alors une situation « sans précédent ».
Ces dernières semaines, plusieurs représentants du gouvernement français ont publiquement plaidé pour son adoption, rappelant que cet accord dépasse les alternances politiques et concerne la relation stratégique entre les deux pays.
Pour Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l'étranger, il s'agit avant tout d'un accord « de pays à pays », appelé à structurer durablement la coopération franco-espagnole.
Si le vote prévu prochainement en séance plénière confirme l'avis de la commission parlementaire, le traité franchira une étape décisive vers son entrée en vigueur, même si plusieurs étapes institutionnelles restent encore à accomplir.
Plus de trois ans après sa signature dans la capitale catalane, le traité de Barcelone pourrait ainsi offrir un cadre inédit à une relation franco-espagnole déjà essentielle sur les plans économique, politique et humain. Pour les quelque 150.000 Français installés en Espagne et les centaines de milliers de citoyens qui vivent, travaillent ou étudient de part et d'autre des Pyrénées, cette ratification pourrait aussi favoriser une coopération plus fluide dans des domaines aussi concrets que les transports, l'énergie, l'enseignement ou les projets transfrontaliers.
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